La case manquante par Kwetchou

image La chaleur, les ordinateurs, les téléphones, les voix graves ou suraiguës : c’est le tumulte sur ce plateau. Le plus souvent je ne capte pas ce chahut, je suis dans ma bulle, mon bouclier phonique sélectif. Je n’entends que quelques sons, mon nom, certains bons mots, des informations intéressantes voire des solutions. Le reste disparaît de mon monde de labeur.

Mais là, cette après midi, il fait plus chaud, les bruits chuchotent fort et gras juste pour moi, stridents, agaçants. Je mets mes mains sur mes oreilles, les coudes sur le bureau, l’air de réfléchir, ça ne marche pas. La cacophonie reste entière, plus moite encore et rythmée par le son du sang qui passe dans mes tempes. J’en peux plus.

Il est temps de faire une pause.

Je me lève, traverse le plateau à grands pas, le couloir, passe devant la salle à café. Personne. Ouf ! J’entre. Enfin le calme, le silence, je respire mais la chaleur est là encore. Le distributeur de boisson fraîche ronronne.

Le distributeur, je le regarde, au milieu des boîtes colorées. Il y a deux rangées de huit petites bouteilles d’eau, toutes identiques. Je semble choisir et pourtant je sais déjà que mon choix est fait. Je prendrais celle qui n’est ni au milieu ni tout à fait dans l’angle, celle là, la 5E. Allez savoir pourquoi, c’est MA bouteille : 5E c’est comme un code secret entre moi et la machine.

Je glisse ma monnaie et tape mon code, la machine le reconnaît et enclenche son mécanisme. Je regarde sidérée, les spirales avancent, vides et inutiles, pas de "blong" à la fin de leur course laborieuse, pas de bouteille, rien, le silence…

Aujourd’hui j’ai acheté une case vide et ça m’a fait réfléchir. Aujourd’hui j’ai acheté une case vide et depuis plus rien, comme un blanc…

Texte envoyé et rédigé par Kwetchou, contact amie sur facebook.