Les odeurs de tabac brun

image Les odeurs de tabac brun me reviennent, toujours les mêmes sensations quand je croise un tireur de mégot sans filtre. Le même faciès ridé et tanné de soleil, le visage marqué et de belles valises sous les yeux. A croire que les goldos sont toutes attachées aux commissures des mêmes gueules cassées. Des années qu’elles se fument, qu’elles dégagent le même parfum saumâtre, qu’elles enflent les vêtements de leur tanin et collent du jaune aux murs et aux doigts. Et les mêmes gestes et comportements perpétuels qui accompagnent le fumeur de tabac brun. La tape sur le dos de la main pour tasser la tige. Collé à la langue, le filet rebelle de tabac craché dans un plissement bref des lèvres. Et souvent, coincée derrière l’oreille, la suivante en attente du cérémonial.

Toujours une silhouette similaire, la voix ronflante et la gouaille altière. Le fumeur de tabac brun apparaît daté d’une autre époque révolue, il appartient à la génération de mon géniteur, de mon clopeur de goldos. C’est lui la référence qui perpétue l’odeur, qui la rend aussi tenace, aussi reconnaissable et de souvenir aussi caricatural : la fumée fixée aux mailles de ses nippes qui faisait fragrance de sa personnalité, son index jauni à l’ongle rongé, les quatre murs de sa chambre aux fleurs caramel et sa manie de rassembler avec son petit doigt le tabac perdu sur la table de nuit .

illustration

10 commentaires:

  1. Tout un cérémonial... Important le tabac perdu sur les coins de table.o)

    RépondreSupprimer
  2. Tu le dis bien et finalement, c'est très rock attitude :)

    RépondreSupprimer
  3. Luc > oui, hein, même qu'on peut le garder pour s'en rouler une 21ième.

    Isabelle > Un peu obsessionnel quand même.

    Kouki > euh, rock, t'es sûre ?

    RépondreSupprimer
  4. Mai approche, une année sans tabac. Honnête délivrance. Ton texte m'a fait faire un chin-chin cérébral avec moi-même! ;)

    RépondreSupprimer
  5. et ce sont les mêmes qui disent "un" clope et non "une" clope...

    RépondreSupprimer
  6. Gueule cassée et autres compliments… Hum, bon. Je retourne me fumer une gauloise sans filtre. Je me demande si je vais RT ?

    RépondreSupprimer
  7. La rouge > 1 an ! Félécitations Minouch' :)

    Aléna > ah bon, jamais entendu "un" clope moi !

    Le coucou > oooh! je caricature et puis pour moi y en a qu'un fumeur de gauloises ! ;)

    RépondreSupprimer
  8. Mon grand père avait une gauloise vissée dans la moustache (style fournie), où il y avait un arrondi brûlé de la forme de la cigarette. Son gilet était constellé de cendres. Ah, les index jaunis, toute une époque.

    Snake

    RépondreSupprimer
  9. De mon papa, je conserve l'image de la Gitane papier maïs toujours éteinte entre ses lèvres et la délicieuse odeur de miel du tabac qu'il choisit plus tard. Cette odeur est indéfectiblement liée à lui. Il m'est même arrivé de suivre un homme qui fumait ce tabac là. Je marchais, nez au vent, humant chaque souffle de sa pipe. Il a dû croire que j'étais folle:-)

    RépondreSupprimer