Space invader

image C’est une tache de soleil, qui bouge autour de moi : le reflet d’une montre, d’un téléphone aux touches miroir ou d’une barrette à cheveux qui, à la faveur d’un mouvement involontaire, va chercher à cueillir mon attention, s’amuser de moi. Elle tourne, figure de feu en deux dimensions, saillante quand elle touche les angles, elle s’effile, se gonfle puis se dégonfle au survol des masses sombres ou dans la transparence des objets. Elle flâne, régresse, toupille, on dirait qu’elle me cherche des noises, celle-là ! Protéiforme véhicule dans l’air, elle s'égaye de son camouflage à deux balles. Elle se change en fusée lunaire, en « space invader » aux pattes velues ou en « crop circle » en plein dans mon champ de vision. Parce que c’est bien ça qu’elle cherche, cette bestiole virtuelle, cette luciole de plein jour : elle en veut à mon œil, elle veut m’atteindre, m'exploser la pupille pour aveugler ma route, alors elle joue à cache-cache avec mon corps pour passer de l’ombre à la lumière en une fraction de seconde. Elle flotte sur ma tête, parcourt mon front dans une danse tribale, se frotte à mes sourcils et dégaine ses fils d’or de sale bête qui agace. Mais elle n’est pas seule, elle est manipulée de loin par des forces obscures. Elle s’agite grâce à des téléguides armés qui gloussent dans l’espace pour trouver l’angle et la bonne distance qui permettront d’ajuster le tir et taper dans le mille. Le mouvement est précis, je suis cerné, la cible est identifiée, il n’y a plus qu’à stabiliser. Allo la base, feu ! Et elle s’écrase sur mon œil, me titille l’iris et rabat mes paupières sous le picotement de quelques larmes. Objectif atteint, vous pouvez désarmer. Victorieuse, la tache de soleil se pâme un instant derrière les volets et disparaît à jamais sous de grands éclats de rire dans l’ombre.

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