Un peu couillon

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Il est sympa ce petit jeune là. Si, tu sais bien, le reporter des troquets là ! Ah ! Tu te rappelles. Et bien regarde donc la trombine qu’il m’a fait cet imbécile, c’est lui qui m’a pris l’autre jour au bistrot. Oui, oui, c’est moi là ! Souris bien fort qu’il m’a dit avant d’appuyer sur le gros bouton rouge de sa bête là. Alors, tu vois, j’ai souris du mieux que j’ai pu, ai l’air un peu couillon quand même, tu trouves pas ? Non ? Ah t’es gentille toi. Moi j’trouve que je lui écarquille un peu trop les bajoues au petit jeune, que ça me fait une tête de Mickey ce sourire là. Mais bon… Ah oui, tu trouves que j’ai de beaux yeux toi ? Ecoute, c’est parce que tu sais, c’est un brave gars le petit jeune, alors quand il vient au bistro avec son gros appareil là, qu’il me raconte un peu sa vie de photographe, tout ce qu’il trouve chez les gens simples, dans les portraits costards qu’il leur taille et bien tu vois, tout ça, ça me rend heureux alors les yeux, ils suivent. Ils trompent rarement les yeux, tu le sais bien toi ça hein ? Avec ton regard de biche pas farouche et tes grosses prunelles sous cils qui badinent l’air, que même je m’y perds dedans chaque fois que tu me lorgnes d’un peu trop prés. Oh rougis donc pas ! Tu sais bien que t’es belle, ma douce.

illustration : Lutz Dille

6 commentaires:

  1. Un poème écrit mine de rien, riche de chaleur et de connivences implicites. Une tranche de vie offerte d'un trait de fusain.

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  2. les vieux ne parlent plus ou alors seulement du bout des yeux...

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  3. ces tronches... magnifiques!

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  4. Et c'est mieux que des logorrhées délirantes

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