Mon Gégé

Mon GégéRevenir ? Vous me demandez si je veux qu’il revienne, l’autre là ? C’est ça ? J’ai bien compris ? Mais vous vous foutez de ma gueule ou quoi ? Vous voulez que je vire jobarde ou bien ? Qu’il reste où il est ce malotru, serai capable de le renvoyer à coup de tatane moi, j’vous le dis comme j’le pense ! Et puis des années qu’il est parti, alors pourquoi donc qu’il reviendrait aujourd’hui, hein, j’vous le demande ?

Ah vous ne savez pas, vous non plus, voyez, aucune raison qu’il revienne. Va-t-en savoir où il est rendu aujourd’hui, dans un sale état en tout cas qu’il doit être ; pour sûr, ce doit pas être beau à voir, déjà qu’il avait une gueule qu’on avait pas envie de faire revenir en court-bouillon alors pensez, aujourd’hui, vingt ans après, doit être buriné de partout, mon Gégé.

Non, laissez-moi tranquille. Gégé c’est plus Gégé maintenant. C’est foutu, râpé, il a laissé passer le coche, comme on dit. M’a ratatiné le palpitant cette andouille, vous savez, avec sa donzelle là, de trente ans son aîné qu’il était. Pensez ! Elle a dû s’enfuir depuis des lustres, qu’est-ce qu’elle allait foutre avec un baltringue pareil ? Pschitt, ça a dû faire pschitt dés la première occase cette histoire. Ni une, ni deux, ni vu, ni connu j’t’embrouille, elle a dû me le retourner façon blinis le Gégé. Non, non, veux plus le voir, veux plus en attendre parler de cui-là.

Sinon, pourquoi vous êtes là, vous ? Vous avez des nouvelles de mon Gégé, il est pas mort au moins ?

illustration : Mario Giacomelli