Et soudain le silence

Et soudain le silence. Là où on ne l’attendait pas, à l’endroit même où personne ne croyait qu’il put exister. La rue et ses ruades, le trottoir claquant des talons et l’avenue suante de carbone, la route et son bitume craquelé noir de bruit. Et pourtant, il est arrivé, sans prévenir, a barré la route de part en part. Deux plots de silence, un blanc, un rouge au travers de la route comme pour nous dire, à nous les bruyants, je m’installe ici, pour un temps, pour un rien, pour une paix éphémère.

Et nous dedans, autour, sur le pavé éberlués automobilistes devenus piétons. Marcheurs aveugles de bruit, sourd à la quiétude soudaine. L’endroit nous a changé d’espace, nous propulse désormais dans un irréel passage. Par un vortex imprévisible, il a plongé nos vies dans le calme et nous rappelle combien nous sommes le bruit, combien c'est nous qui causons le vacarme et non la rue, le trottoir, l’avenue, tous ces espaces vierges de bruit que l’on accuse de tous les tapages. La ville et ses nuisances. La ville et ses pollutions sonores. Elle ne possède rien, la ville, elle n’émet aucun son la ville quand on l'épargne de nos présences agitées, quand on la vide de nos déchets ronflants.

Demain, la rue, le trottoir, l’avenue redeviendront bruit, retourneront ancre dans nos vies, bruits réconfortants, identification du lieu par le bruit que nous générons malgré nous. Et soudain le silence ne sera plus et nous serons rassurés.

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