Nos vies lampamouettes


On habitait des cages en plastique juste au-dessous du ciel. Au balcon, des visières automatiques rouges orangées se baissaient dés que le gros jaune crevait la nappe de brume qui recouvrait le monde. On vivait dans des anfractuosités composites, avec des tubas greffés sur nos branchies lesquelles avaient depuis plusieurs décennies remplacé nos nez, bouches et oreilles. 
Depuis, nous n’entendions plus rien, ne sentions plus rien et nous nourrissions exclusivement de petites alluvions recrachées par les lampamouettes, animaux hybrides nés de l’accouplement de la mouette et du feu lampadaire désormais inutile. 

Nous n’étions pas malheureux, juste légèrement nostalgiques. Nous avions réussi à survivre, tout le monde s’en contentait. Au crépuscule quand le black-out tombait sur nos têtes comme un couperet nous privant d’air, chaque alvéole de chaque immeuble de plastique durci se repliait automatiquement pour éviter la chaleur tournante qui embrasait la terre. La température montait très vite, chargée de sucs acides et quelques infortunés qui ne disposaient pas de l’équipement nécessaire cramaient entièrement, fondus sur le trottoir pour le grand plaisir des avides lampamouettes de nuit qui lapaient les pavés jonchés de corps visqueux devenus pourritures.

C’était notre lot, notre choix aussi. Celui de vivre à Fukushima Bay.