Des lendemains

Au jour le jour ? Non basta, ça suffit ! On parlera des lendemains car tu peux le dire. Ce mot – lendemain – n’est plus écorché dans ta bouche comme si tu disais un gros mot. On dira le jour et le suivant. Avec morgue mais sereins, on ne comptera plus. On s’inscrira au futur, dans une maille élastique avec, dans l’horizon, l’extension de nos luttes.

Ici et maintenant ? Non, ferme-la ! Le temps ne s’accroche pas au présent. On ne peut pas ne pas voir plus loin. On ne peut pas ne pas vivre. On répètera. On ne peut pas ne pas lâcher. Et les jours en ricochets sans peur de la redite. Et les mots qui font du bien sans qu’on les galvaude. Tu voudras qu’on se taise mais on parlera encore, de nos corps à nos têtes.

Carpe diem ? Non, non de non ! On conjuguera sans grammaire, au débotté comme tu délires quand on est soûls. On dansera aussi bien qu’hier, sur les tables d’un bouge en petits pas chassés ou un pogo suranné sur les tapis épais d’un palace, sans que jamais on ne craigne le grand écart qui maltraite. On n’aura pas peur. On grandira à longue vue et on fera la nique à l’horloge. 

Vivre comme si on devait mourir demain ? Non mais tais-toi ! On parlera des lendemains, même des plus glauques. De la mort dans la vie. De la nôtre mort et de celle des autres qui nous fera mordre la bile. Des souvenirs douloureux qui serrent la gorge comme des joies anciennes qui tirent les larmes. On en fera matière à vivre heureux. On écrira sur des post-it jaunes les mots qui manquent à nos bouches et dans le temps qui veut nous lester, on mettra le poids de nos futurs composés.

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