Envie de mordre

Je n’ai jamais connu l’envie de mordre dans le vif. D’arracher à la vie le sang qui me ferait virer de bord, changer de cap pour embrasser la vie. Et aujourd’hui, à grandes enjambées, alors que la dégénérescence est lancée, voilà que ma jeunesse revient me flanquer un coup de rein. La jeunesse et des jeunesses, des remembrances en forme d’actualités, des adolescences d’autres, des plus vieux que moi, des images monochromes d’années folles, des musiques surannées d’avant moi comme si mon siècle n’était plus capable de me porter à satiété. Je compose un kaléidoscope qui colle à ma vie, avec ses reflets opaques et ses couleurs vives, un décor flou qui s’accorde à ma vue et à mes envies vintage.

C’est l’humeur du temps, disent certains. La grande roue des modes qui tourne et vire. On invente plus rien, on fait du neuf avec du vieux.  Soit. Que le souvenir fasse beauté autour de moi, qu’il m’engage sur de nouvelles routes avec l’alcool d’un Kerouac ou la verve d’un Hemingway ou qu’il me laisse sur place comme un contemporain, un Esnault à m’en disloquer. Peu importe pourvu que je vive en poésie, sombre ou enjoué, Tom Waits dans les oreilles, Ella en complainte ou Clementine en suspension. Je ne me veux plus qu’en précipitation lente à diffuser mon envie de vivre en saccade de tweets par la tête ou en délectation paresseuse d’un recueil d’Anna de Sandre. Je veux mordre la neige.

Une photo publiée par Christophe Sanchez (@chsanchez) le

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