La vigne du pêcher

L’arbre est maigre, planté au milieu de la vigne, les racines engoncées sous un amas de pierres blanches. Il tangue au froid, il vire au vent. Noir d’écorce grenée de veines bleuies, comme calciné depuis des siècles, il étend de frêles branches courbées en bec. Le soleil frappe sa gangue par secousses violentes, lui offre un jus à vivre mais, à le voir ainsi penché sur la vigne, il est mort de corps. C’est un cadavre dans une lande de vigne où plus rien ne pousse qui puisse nourrir un homme. La nature mange la terre, la suce par le dedans.

L’hiver, le givre couvre l’arbre d’un drap de nuit. Durant des mois, il est en mort clinique, contraint dans une morgue où la sève suce un linceul. Le printemps le réveillera, lui inoculant une chaleur en intraveineuse, le laissant misérable arbre revenu des défunts, seul à tirer la force pour engendrer sa floraison. S’il pouvait bouger, il s’arracherait les racines plutôt que d’offrir ces rares olives de velours enfantées dans le supplice. Les pêches de vigne sont si malingres qu’elles ne tiennent pas aux branches, bousculées par la bise permanente, elle tombent sur les souches et s’éclatent sur la terre sèche. 

A la fin de l’été, l’homme viendra vendanger la vigne de son maigre fruit. Il s’arrêtera près du pêcher pour cueillir l’offrande gorgée d’amertume. Il y trouvera quelque sucre miraculeux, une peau ferme des vents, une chair fauve et un goût de glacis en bouche. Il partagera le fruit à l’Opinel comme un péché d’orgueil, en fera son caviar sur le désespoir d’une nature épuisé.

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