L'autorue

3.6.18

Une jeune femme à côté d’un chien. Le trottoir les promène dans un sens puis dans l’autre. Ils glissent sans bruit. Le chien parfois espère s’arrêter pour un besoin élémentaire mais il est emporté par le sol qui défile sous ses pattes. La jeune femme, elle, ne tente même pas de résister.
Je ne sais pour quelles raisons la rue est devenue autonome comme un tapis roulant. Déjà plusieurs semaines que je constate cela. La rue roule seule. Qu’elle porte sur son dos une jeune femme avec son chien ou toute autre personne ou animal. Même les automobiles sont devenues de simples mobiles sur une autorue. La mainmise que désormais la rue détient sur tout déplacement pose tout de même un sérieux problème de liberté. Par exemple, lorsque je sors dans la rue, inexorablement, du lundi au vendredi, elle me transporte vers mon lieu de travail, que je le veuille ou non, tandis que le week-end, elle marque toujours un temps d’hésitation ; elle doute de la destination vers laquelle elle veut me rendre puis essaye toutes les directions, droite, gauche, revient sur ses pas, semble avoir perdu tout sens de l’orientation. Exactement comme elle balade en ce moment cette pauvre jeune femme et son chien d’un trottoir à un autre.

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