Mère

MèreLes mains serrées contre son corps, elle attend. Elle est mère et attend. Quoi ? Qu’il revienne, qu’il soit à l’heure, qu’il soit heureux. Elle attend et plus elle attend, plus elle s’angoisse, plus son corps s’agite et plus elle essaye de le bloquer, de maîtriser ses soubresauts de l’intérieur, de cadenasser cette angoisse naissante. Il est arrivé quelque chose, quelque chose qui l’empêche de rentrer, car il devrait être rentré à cette heure-ci, ce n’est pas normal qu’il ne soit pas rentré, et cette danse des boyaux continue, elle la maintient dans l’état, ne desserre pas les dents, fait parcourir son corps de sombre litanie, sa tête gorgée de toutes les horreurs possibles, tout est imaginé, un accident, il est blessé, il est mort et personne pour prévenir, et la culpabilisation s’enfonce dans les doigts qui se contractent, dans la gorge qui se noue. C’est sa faute, son entière faute, et la responsabilité sienne se serre dans les yeux, se pleure dans le dedans. Elle souffre de, elle souffre dans, elle souffre de ne pas pouvoir faire, de ne pas pouvoir agir, aller vers, rescousse, mère, jupe, protection, filiation, aliénation. Et finalement tombé du jour, il rentrera le sourire ingénu.

illustration : David Godblatt