Dans le foyer

C’est encore des instantanés, des miettes, des images gueules ouvertes. Un père aux allures de fantôme hantant pensées au repos d’une vie où le manque, même s’il se fait de moins en moins prégnant, fait encore surgir des historiettes à la pelle. 

L’hiver dans la maison familiale, les cheminées, seuls foyers de chaleur, ronronnent, dans la cuisine, dans le salon. Deux points rouges dans le vide froid, deux brasiers où brûlent les angoisses de chacun. On les évite quand on peut, on les lorgne comme des faux-semblants quand ils se font trop présents. Ils nous parlent en crépites de nos mots tus, singent des langues qu’il faudrait qu’on délie. C’est lui qui les allume avec de petits morceaux de ceps de vignes soigneusement arrangés pour que le feu prenne, pour le lourd silence cesse. C’est lui qui ajoute, une fois les flammes au plus haut, le rondin de bois sec, celui qui aura la lourde charge d’occuper les pièces, de dégager en douce incandescence nos mutismes étouffants.
Et toute la journée, il fera le tour de nous, sans nous voir, tout à ses flammes à contenir, au brasier à entretenir. Sans trop consommer de matières, économe de tout, les bûches longues coupées et les billots de bois lourds écorcés doivent durer, chauffer mais ne pas envahir de flammes ostensibles. Son bois ramassé en stères et élagué à la taille du foyer doit cramer lentement pour fournir la meilleure chaleur. Dans cette quête de douceur, dans cette recherche de bien-être, à couvrir l’hiver et l’humidité de la vieille maison, sa course inconsciente vers nous est déviée par nos regards lointains, nos exaspérations communes à voir ce père si attaché à brûler alors qu’autour tout est refroidi.