Demain il fera jour

Quand s’abat la fatigue, sa lassitude d’être le besogneux, lui le méritant, le suant, il s’ébroue comme un chien, gratte sa tête poussiéreuse et remet son labeur au lendemain, le regard perdu sur l’horizon. Puis il grommelle en rendant sa casquette à la terre, qu’il trouve basse, très basse. Il porte une main au bas de son dos que le tiraille. Il a mal aux reins, ça l’esquinte. Se baisser pour ramasser ses outils le renfrogne, creuse les rides de son visage. Son front ravine et un rictus nerveux découvre ses dents jaunies par le temps du travail, mégot perpétuel aux lèvres. 

Quand s’abat le crépuscule, il compte depuis quelle heure il est là, à fouler les terres mortes de l’hiver, à sarcler la vigne ou à lui tailler les crêtes. Depuis sept heures du matin, au moins. Un temps trop long qu’il sait dévoué à d’ingrates tâches - une croix qu’il porte sur son pauvre dos. La seule pensée de ces longues heures rajoute de la fatigue à la fatigue, l’étreint et l’absout d’arrêter maintenant. Dans ses yeux, la nuit qui s’avance se porte fière. Elle s’offre en sauveur de l’ascète. Demain il fera jour. Il dira ça, demain il fera jour, les deux poings vissés au bassin, comme pour invoquer le dieu du temps de lui en donner encore et encore. Du temps pour se casser les reins.