En haut dans sa chambre

En haut dans sa chambre, à l’entendre brailler, parler tout seul, en vouloir à la terre entière. Seul. A l’écouter marcher dans le couloir qui le mène aux toilettes, le pas lourd et hésitant, la main qui tâtonne sur la rampe surplombant l’escalier, et la toux en échos qui éclate sur le haut plafond. Entendre, voir, imaginer le rugueux qui pèse dans sa gorge, les glaires remontantes, s’étonner de sa pisse qui coule des plombes au creux de la cuvette. A ne pas le voir, dans mes yeux fermés serrés, ne pas entendre, ne pas écouter ce que je ne devrais pas, ce que je ne veux pas.

En haut dans sa chambre, à m’agacer de sa télé trop forte pour masquer ses flatulences, ses humeurs rances, ses atermoiements : je descends, je descends pas, je dis quoi, j’ai rien à dire. A ne plus vouloir monter cet étage pour pisser à mon tour. A en crever d’attendre, la peur au corps de le rencontrer sur le seuil de l’escalier, d’affronter nos regards croisés, gênés de faire comme si. Seuls. A attendre que ces va-et-vient cessent, que ses quintes s’estompent, que le son gueulard du film du dimanche soir ne me parvienne plus, qu’il dorme ou fasse mine de. 

En haut dans sa chambre, à ne plus comprendre pourquoi il vit reclus, reconnaître sa tête et le sens de ses choses. A ne plus savoir l’agencement de sa piètre vie : son lit, ses sopalins collés, ses goldos consumées sur la table de nuit et le papier peint grosses fleurs qui fuit. Juste à l’imaginer alité, au détour d’une porte entrouverte, d’une œillade rapide dans sa geôle à la sortie des cabinets et vite redescendre les marches de l’escalier deux à deux. Seuls. A ne pas vouloir sentir l’odeur de la mort qui rôde et enduit les murs.