La femme au balcon XVII

22.2.22

Les volets sont fermés. Les volets de ses deux fenêtres qui donnent sur le salon et la cuisine. La voilà à nouveau partie mais cette fois-ci, les volets clos m’en informent. Je n’ai pas à m’inquiéter. Évidemment, je ne sais pas combien de temps cela va durer. Si son absence sera brève ou plus longue.
Elle a laissé le cendrier plein sur le balcon, posé sur sa caisse en bois. Je vois les petits bouts de mégots marrons qui dépassent. Quelques-uns sont rehaussés de rouge, marqués par ses lèvres qui ont tiré sur les cigarettes de l’après-midi ou du soir. Le matin, elle ne sort pas maquillée. Le matin, elle fume au saut du lit, le visage plein de nuit et les cheveux encore en bataille avec les mauvais rêves. 
Je pourrais compter les mégots qui dépassent du cendrier mais ça ne servirait à rien, puis ils sont trop nombreux serrés les uns contre les autres à attendre qu’elle revienne pour les vider de leur prison.
Je regarde la rue qui fait mine de ne pas voir les volets fermés, le balcon vide, la plante sèche en face de la caisse en bois. J’entends la rumeur glisser sur le pavé : et si le cendrier n’était jamais vidé ? Et si elle ne revenait pas ?

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