Tenir l’animal

Sentir le jour paresseux,
la figure de travers, 
comme si la nuit n’avait pas
terminé son Meccano.

Aucun oiseau pour piailler
ni cloche pour sonner,
pas plus de chaleur
que de flâneur en poésie. 
 
Faudra tenir le jour
entre les crocs, serrer fort
l’animal qui rumine, 
penser aux lendemains.
  • 14.5.26

Que le spectacle commence

Une fourmi entreprend
de faire le tour d’une capsule
de bouteille Heineken. 

La voilà qui file du H au N
comme un tour des pôles
en moins de cinq secondes. 

J’attends la prochaine fourmi,
concurrente et challenger :
cinq secondes, temps à battre !

Même si elle ne vient pas,
Il n’y aura pas aujourd’hui 
meilleure attente.
  • 12.5.26

Variations

La lumière s’est posée 
sur le balcon, une lumière 
d’automne fatiguée. 

J’ai allumé la lampe
pour lui tenir compagnie ;
elle a ouvert ses gros yeux
de chien sans paupières,
comme si elle allait mourir. 

Une lumière de pluie
mais il ne pleuvait pas.
  • 12.5.26

Temps de chien

Des gouttes de pluie
oubliées par l’averse d’hier  
tombent au ralenti
sur un chien couché
sous un bosquet
alors que le soleil 
déroule un arrière-plan 
couleur papier mâché ;
j’ai soudain envie 
de ralentir et d’aboyer.
  • 8.5.26

Pendant que je lis

Un petit air frais, un ciel bleu 
le roucoulement d’un pigeon,
les frappes sèches d’un marteau,
le tintement d’une cloche au loin ;
un silence vient ensuite, vite
effacé par la pétarade d’une auto. 

Le marteau remplacé par une scie,
la fraîcheur disparaît l’air de rien,
le pigeon laisse sa place à une pie,
le bleu du ciel vire au blanc, laisse
des verres faire l’apéro sous cloche ;
vendredi passe sous ma fenêtre.
  • 8.5.26

Petit embarras

L’enfant veut jouer
à cache-cache,
à moins que ce ne soit
papi qui l’ait voulu,

qui ait insisté
pour que l’enfant compte
pendant que lui se cache
tout près derrière un platane.

L’enfant tourne les talons
pour rejoindre au loin maman ;
papi reste derrière l’arbre.
Je le regarde, lui souris,

pour qu’en lui la gêne se cache.
  • 1.5.26