Faites vos jeux Présents La cour joue avec la poussière comme si elle découvrait le vent. Le cri d’un enfant lance un échoqui frappe les murs et le souvenir. J’écris leur jeu, juste pour sauverce qui reste d’oiseaux dans ma tête. 31.5.26
De passage Présents Un arbre balancesa vieille tête hirsuteau-dessus de l’alléepleine de monde.Ce geste lent, distrait,donne à la foule animéequelque chose de tout à fait provisoire. 28.5.26
À jeun Présents Près de la tasse à café,un trou de cigarette sur la nappe,ce matin a la gueule de bois,les yeux trop ouverts sur l’enfance. 28.5.26
Nouveau-né Présents Mon œil suit le mouvementdu vent qui soulève un drap,lequel ne tenant qu’à un filressemble à un poumonou à un cœur dont on fêteraitle premier battement. 28.5.26
Ce qui nous porte Présents Six heures, je me lève ;sur le palier un bruit de clés,mon jeune voisin rentre se coucher.Est-ce encore,dans le lait caillé du matin,la même terre qui nous porte ? 28.5.26
Allez, souris ! Présents Soudain une joie arrive– avec son museau, on la diraitqui gratte pour annoncersa présence, comme un rongeurcraintif avec un air de campagneque je ne lui connaissais pas. 20.5.26
Ouvrir Soliloques Le printemps éclateet je ne sens rien des fleurs, des abeilles,de leurs amours. Je ne sens rien,pas même les pollenscharriés par le vent de mai.Rien, mis à part peut-être cette tension sur la nuquequi me dit de lever le nez, d’ouvrir au souffle un paysage. 20.5.26
Méthode Ouais bon… Présents Laissez-moi êtrelégèrement amuséde tout ce qui inquiète,divise, fatigue et pleurede par le monde :un sourire me suffit. 20.5.26
Tenir l’animal Présents Sentir le jour paresseux,la figure de travers, comme si la nuit n’avait pasterminé son Meccano.Aucun oiseau pour piaillerni cloche pour sonner,pas plus de chaleurque de flâneur en poésie. Faudra tenir le jourentre les crocs, serrer fortl’animal qui rumine, penser aux lendemains. 14.5.26
Que le spectacle commence Présents Une fourmi entreprendde faire le tour d’une capsulede bouteille Heineken. La voilà qui file du H au Ncomme un tour des pôlesen moins de cinq secondes. J’attends la prochaine fourmi,concurrente et challenger :cinq secondes, temps à battre !Même si elle ne vient pas,Il n’y aura pas aujourd’hui meilleure attente. 12.5.26
Variations Présents La lumière s’est posée sur le balcon, une lumière d’automne fatiguée. J’ai allumé la lampepour lui tenir compagnie ;elle a ouvert ses gros yeuxde chien sans paupières,comme si elle allait mourir. Une lumière de pluiemais il ne pleuvait pas. 12.5.26
Temps de chien Présents Des gouttes de pluieoubliées par l’averse d’hier tombent au ralentisur un chien couchésous un bosquetalors que le soleil déroule un arrière-plan couleur papier mâché ;j’ai soudain envie de ralentir et d’aboyer. 8.5.26
Pendant que je lis Présents Un petit air frais, un ciel bleu le roucoulement d’un pigeon,les frappes sèches d’un marteau,le tintement d’une cloche au loin ;un silence vient ensuite, viteeffacé par la pétarade d’une auto. Le marteau remplacé par une scie,la fraîcheur disparaît l’air de rien,le pigeon laisse sa place à une pie,le bleu du ciel vire au blanc, laissedes verres faire l’apéro sous cloche ;vendredi passe sous ma fenêtre. 8.5.26
Petit embarras Présents L’enfant veut jouerà cache-cache,à moins que ce ne soitpapi qui l’ait voulu,qui ait insistépour que l’enfant comptependant que lui se cachetout près derrière un platane.L’enfant tourne les talonspour rejoindre au loin maman ;papi reste derrière l’arbre.Je le regarde, lui souris,pour qu’en lui la gêne se cache. 1.5.26