Mamé au corps qui tombe

Tu œuvres dans la souillarde
à dégager le fatras
amassé par le temps.

Sur la table se posent
ta voix, ta colère,
ta vie de gabatch. 

Mamé au corps qui tombe
à la peau élastique,
au cœur de tombe. 

Tu ranges des siècles,
des casseroles sans queue,
des marmites et poêles de rouille.

— tu souffres de tant de poids.

2020
  • 29.1.26

Vue sur mer

Tracer un trait à la verticale de l’horizon,

pour couper ciel et mer en quatre.



Laisser l’œil s’agiter dans un des carrés,

entre l’oiseau et son ombre.



Goûter le sel sur le bord de la fenêtre

en regardant le vent jouer avec les rideaux.



Vouloir saisir les ailes d’un papillon

puis s’endormir entre deux vagues.
  • 26.1.26

J’ai une personne dans le couloir

J’ai une personne dans le couloir. Le couloir est très long. La personne est loin au bout du couloir. Elle marche vers moi qui marche vers elle. Je connais la personne, la personne me connaît. Elle me sourit. Je lui souris. Elle lève la tête au plafond. Elle accélère légèrement son pas. Je regarde à droite puis à gauche. Les cloisons n’ont rien de particulier sur quoi appuyer le regard. J’accélère légèrement mon pas. Je sautille. Elle met les mains dans les poches. Je passe ma main dans les cheveux. Elle se pince les lèvres. Je toussote. Elle sifflote. Le couloir est très long. Nous marchons. 

Calculer la probabilité de collision au moment du croisement. Hésiterai-je à droite ou bien à gauche ? Elle dira Bonjour alors que je dirai Salut, ou bien l’inverse ?
  • 17.1.26

De loin en loin

Je cherche toujours la fenêtre qui apaise, un coin bleu où ranger ma peine ;
j’y vois de loin en loin la forêt qui protège, sa clairière et son feu de bois, ce supplément de chaleur que seul ton corps accompagne, simplement pour garder un équilibre entre deux fatigues, avant le redoux et la grande coulée de neige.

2018
  • 11.1.26

Mantra de janvier

S’astreindre à regarder
autrement ce qui se présente
pour tenir à distance le quotidien. 

Ajouter une humeur badine
sur l’hiver derrière la vitre ;
sourire au vieil homme qui vient,
à la chaleur d’une poignée de main. 

Maintenir le clown en soi pour éviter
la surchauffe des sentiments,
se lever et vivre autrement.
  • 7.1.26

Je pose la question

Un reflet passe sur l’étang
l’image de soi, en soi tremble.

Ondulation vers le large
et le passé lentement s’efface.

Que garde de nous
la mémoire de l’eau ?

2018
  • 3.1.26