Soutenir les ombres

Il fait un jour à soutenir les ombres. 
Nous devrions courir après les arbres. Les sauver des cueilleurs et des bûcherons. Préserver les longues branches que le vent balance. Nous devrions nous liguer contre les climatiseurs. Courir nus dans les prés jusqu’à ce que la soif nous étreigne. S’allonger et dans l’ombre d’un saule pleureur attraper ton sourire. 
Il fait un jour à soutenir les ombres.

2019
  • 16.7.25

Le bout de ses souliers

Il fait un jour à regarder le bout de ses souliers. 
Un jour qui sent les petites blessures de l’enfant. La nuit à midi, une honte qui peu à peu nous envahit. Plus un mot ne peut sauver les heures qui passent. Et ça provoque comme une mauvaise ivresse. Le souffle court. Inspirer est une marche, expirer un escalier sans fin. Y penser est une bombe. On pourrait mourir là, écraser par soi-même. On espère juste que le ciel s’ouvre pour quitter ses pieds. 
Il fait un jour à regarder le bout de ses souliers.

2020
  • 11.6.25

La lumière des autres

Il fait un jour plein de la lumière des autres. 
La lueur des gens heureux que l’on voit au fond des yeux venir manger nos visages ; cette lueur-là aime à se balader sans heurt parmi les autres, dont l’humeur tombe trop souvent comme des paupières lasses. Elle résiste à toutes les épreuves, au mauvais temps qui va et qui se pose sur nos joues mais aussi aux petits abandons qui longent les routes et toutes les tristesses qui les traversent.
Il faut s’attarder près d’elle, en prendre régulièrement des surdoses, s’y exposer longtemps pour recharger les sourires. 
Il fait un jour plein de la lumière des autres.

2019
  • 28.5.25

Cueillir des ronces

Il fait un jour à cueillir des ronces.
Juste pour le plaisir de l’égratignure. La peau éraflée pour à nouveau se sentir vivre. On pourrait couper à travers bois, piétiner fourrés et bauges avec la crainte d’un sanglier tapi sous les hautes herbes. On serait heureux de sentir nos corps réagir à l’approche d’une clairière. Nos mains en sang mais nos cœurs feux de joie.
Il fait un jour à cueillir des ronces.

2020
  • 22.5.25

Écosser

Il fait un jour à écosser des haricots.
Midi surplombe la table de la cuisine. Le soleil par la fenêtre tente de se frayer un chemin dans les rideaux. Il faut tirer le mauvais, clic et clic dans le silence. Quelques insectes se prennent dans le papier tue-mouches. Maman et moi à regarder plus haut que de nos yeux. À s’échanger des paroles molles sur le tapis de cosses. Compter les bouts de nos vies dont on n’a jamais rien dit. 
Il fait un jour à écosser des haricots.

2020
  • 14.5.25

Ressac

Il fait un jour à renouer avec le ressac. 
Ce paquet lourd jeté à la mer qu’est le corps parfois. Malmené par la tête qui dodeline au vent, part et redresse sans cesse. Jour de tempête entre les oreilles où rien ne s’efface mais où tout bouscule. Des douleurs d’enfant cognent à la porte avec leur masque en forme de sourire. Ça va, ça vient et quand ça vient, ça va. On se dit ça quand la vague passe, la langue pleine de sel. 
Il fait un jour à renouer avec le ressac.

2019
  • 7.4.25

Il fait un soir à écouter de la pop douce.

Il fait un soir à écouter de la pop douce.
Voyez de quoi il s’agit ? Certains l’appelle « slow pop », musique au tempo lent mais sûr, saturée de graves mais légère comme de la mousse et sucrée, si sucrée qu’à force d’ingurgiter ces morceaux plein de glucides, on se dit que nos esgourdes font choper du diabète, du sucre du sucre jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la dépression, jusqu’au suicide. Mais on continue parce que le sucre, c’est bon. La pop douce et lente ! Enfin, ça ne peut pas faire de mal ! Bon anti-dépresseur et moins ravageur que la bibine. Puis, à ma connaissance, on compte peu de suicides liés à la consommation de mauvaises musiques.
Il fait un soir à écouter de la pop douce.
  • 1.3.23

Il fait un jour à laisser l’été suivre sa ligne

Il fait un jour à laisser l’été suivre sa ligne.
Lentement, sous l’ombre d’un petit pont, un piaf du bec se déplume en regardant les rares promeneurs passer sur la berge. On voit sur la rivière la ligne d’un pêcheur qui tremble dans les vapeurs du ciel. Plus loin, sur les talus, des arbres ont soif et dressent leurs bras chétifs pour implorer le grand pardon. De l’eau sous cet été de tôle brûlante ! Il en faudrait à foison pour étancher les lueurs fauves qui traversent nos fronts. On regarde l’oiseau, la rivière, les arbres et la saison s’épouiller. 
Il fait un jour à laisser l’été suivre sa ligne.
  • 9.7.20

Il fait un jour à tenir le paysage debout

Il fait un jour à tenir le paysage debout. 
On doute de notre regard. Des îlots de réalité qui le composent. Les points et les lignes qui tiennent le tout ensemble ont des tremblements. Petit séisme dans l’appréhension de ce qui se dresse devant nous. Il faut retenir nos langues qui auraient vite fait d’expliquer les petites erreurs du réel. Il y a trop peu d’arbres qui traversent la ville pour nous rassurer. Rien que ce trou sur le trottoir ne présage rien de bon.
Il fait un jour à tenir le paysage debout.
  • 29.6.20

Il fait un jour à doubler par la droite

Il fait un jour à doubler par la droite. 
Je m’autorise à brûler les feux pour me retrouver seul au croisement des ombres, près d’un saule frémissant comme une rivière. Je  peux doubler la mise en laissant la nostalgie, goutte à goutte, s’effacer dans le mouvement de l’arbre. Stop. Je retire les mots superflus pour qu’un silence prenne place dans les racines. La pensée va sur les pentes, oublie la route et les codes de bonne conduite. Plus rien d’autre que l’air grisant de l’accélération du rêve, pied au plancher du temps. 
Il fait un jour à doubler par la droite.
  • 28.6.20

Il fait un jour à regarder le bout de ses souliers

Il fait un jour à regarder le bout de ses souliers
Un jour qui sent les petites blessures de l’enfant. La nuit à midi, une honte qui peu à peu nous envahit. Plus un mot ne peut sauver les heures qui passent. Et ça provoque comme une mauvaise ivresse. Le souffle court. Inspirer est une marche, expirer un escalier sans fin. Y penser est une bombe. On pourrait mourir là, écraser par soi-même. On espère juste que le ciel s’ouvre pour quitter ses pieds. 
Il fait un jour à regarder le bout de ses souliers.
  • 26.6.20

Il fait un jour à écosser des haricots

Il fait un jour à écosser des haricots.
Midi surplombe la table de la cuisine. Le soleil par la fenêtre tente de se frayer un chemin dans les rideaux. Il faut tirer le mauvais, clic et clic dans le silence. Quelques insectes se prennent dans le papier tue-mouches. Maman et moi à regarder plus haut que de nos yeux. À s’échanger des paroles molles sur le tapis de cosses. Compter les bouts de nos vies dont on n’a jamais rien dit. 
Il fait un jour à écosser des haricots.
  • 24.6.20