Ça aurait pu être bucolique

Une oreille attentive aurait pu,
sous la rumeur de la mer,
entendre les battements de cœur
de cette adorable coccinelle
venue se poser sur le bras
de ce non moins adorable garçon,
avant que ce dernier ne l’écrase,
hilare, d’un revers de main.
  • 10.7.26

Avant le grand embrasement

Quatorze heures avant l’embrasement,
une sonate pour piano de Mozart
tente de rafraîchir l’air tandis que
sans allant, dans mon esprit tourne
le  mange-disque rouge de mon enfance,
avec des sautes d’humeur dont Amadeus
aurait fait des merveilles symphoniques.
  • 9.7.26

Entre deux eaux

Sous l’ombre d’un petit pont, 
un piaf du bec se déplume
en regardant les baigneurs.
Sur la rivière la canne d’un pêcheur
tremble dans les vapeurs du ciel.
Les arbres de soif lèvent les bras
pour implorer le grand pardon.
Je regarde l’oiseau, la rivière,
les arbres et la saison s’épouiller. 
Un jour à laisser l’été suivre sa ligne.
  • 9.7.26

La complicité des détails

Le hululement de la chouette accompagne un étrange crissement de pneu. L’odeur d’asphalte cuit suit les contours d’un trottoir. Le fracas d’un portail métallique réveille les oiseaux. La voix étouffée d’un stentor résonne au loin comme un orage.

Les hirondelles semblent se liguer contre la chouette. Le démarrage en trombe d’une voiture n’attend pas la fermeture du portail. Un chien, à petits coups de pattes, s’étonne de la décomposition du trottoir. La colère du stentor approche. Il va pleuvoir
  • 7.7.26

Faire semblant d’oublier

Un jour à oublier ses clés,
ou mieux : un jour à faire semblant
d’oublier ses clés quelque part,
et se retrouver seul dans la ville. 

Un dimanche où les rues 
se ferment à tout imaginaire, 
où les stores baissés tirent 
vers le haut le gris des murs. 

Un jour à oublier d’avoir fait 
semblant d’oublier, à se faire 
croire que tout peut recommencer,
sans rien devoir rouvrir. 

Un dimanche où il serait doux
d’à nouveau te rencontrer.
  • 5.7.26

Presque rien

Samedi tôt sur une terre d’été,
la ville s’offre une respiration. 
Deux hommes de la voirie 
nettoient les rues à grands jets
d’eau retombant en bruine
sur mon passage. 

Samedi tôt sur une terre d’été,
l’odeur d’urine de la veille
donne un léger haut-le-cœur ;
je n’ai pas de monnaie 
à donner au clochard 
couché sur un banc. 

Samedi tôt sur une terre d’été,
le livreur Deliveroo, allongé
sur le parvis de l’église, et moi
portons la même casquette ;
une occasion pas si fréquente
d’échanger nos sourires.
  • 4.7.26

Goût de lune

Le jour n’a pas fini
de frotter sa figure et le trottoir
a des fourmis dans le pavé. 

Lentement le quartier s’éveille. 
Une fenêtre s’ouvre puis une autre 
comme les doigts d’un poing serré. 

Il reste un morceau de lune 
coincé dans ma bouche 
et la nuit me parle encore.
  • 4.7.26

Divine idylle

Le rideau et le vent
vivaient un parfait amour
sous le nez d’une fenêtre
qui, battants ouverts,

cherchait leur attention
par ses va-et-vient,
tout en faisant scintiller 
ses jolis carreaux au soleil.

Mais rien ne vint troubler
l’idylle éolienne et textile,
gonflant de fierté le rideau,
et le vent, de passion.
  • 4.7.26