Embouchage en cours

La bouteille d’eau
sur la table en formica rouge
chauffe lentement
sous la flammèche de bougie
qu’un rai de lumière dessine,
en fuyant des volets entrouverts.
J’entame une sieste qui bouchera le jour.
  • 27.6.26

Flemme

Cet air au piano
qui sort de la rue
pour monter les étages,
s’arrêter à la fenêtre,
badiner un peu 
avec un reste de nuit,

cet air au piano qui, 
après avoir sucé leurs lobes,
me saute dans les oreilles,
pourrait bien être 
le meilleur prétexte
pour se recoucher.
  • 24.6.26

Un appétit d’oiseau

Poser ici un ou deux mots
comme des coups de bec. 

Pareil à cette pie sur les toits,
chercher la graine qui nourrit,

même s’il ne faut manger 
qu’un jour sur deux.
  • 21.6.26

Économie de marché

Un papa grand,
encore plus grand,
de par sa petite fille 
juchée sur ses épaules. 

Tu sais, l’argent, le temps,
ce n’est pas la même chose :
l’agent vient, part, revient,
le temps part et ne revient pas. 

La petite fille de répondre :
Oui, et nous, chance !
on a les deux… mais, papa,
le temps, ça coûte combien ?
  • 19.6.26

Un jour à sauter dans un nuage

Un jour à sauter dans un nuage. 
Agrippé au bleu du ciel,
à la recherche de l’oasis blanche,
se laisser dériver au gré du vent,
trouver le bon, le gros, le moelleux
avec un goût de vanille épicée.
Y plonger tête la première,
goûter, dormir, goûter, dormir…
Et ne plus redescendre
que pour raconter l’histoire
à ses petits-enfants.
  • 19.6.26

Métamorphose

Se trouver là 
au-dessus des toits 
à observer les contours 
des tuiles au soleil,
leur air blasé,
leur teint de terre cuite. 

Se trouver là
à tordre le cou,
en avant, en arrière,
à droite puis à gauche,
vaguement songeur, 
dans la mollesse du jour. 

Se trouver là 
abattant des idées,
tout en roucoulant
des bajoues
comme un pigeon,
sans même en être surpris.
  • 12.6.26

Au bout, tout au bout

Où va se loger la voix 
qui porte les mots ?
Dans l’interstice, l’entre-deux,
même quand on parle seul,
où va se cacher la voix 
que j’ai sur le bout de la pensée ?
  • 7.6.26

Paradoxe

Parfois on peut être
immensément heureux
pour un simple mot
qui tombe au bon moment.
Au point d’espérer
qu’il ne finisse jamais de tomber.
  • 5.6.26

Avant de rompre le charme

L’air est doux, 
les oiseaux bectent le ciel.
Le café passe 
dans un feulement de chat.

Le pain de mie conserve
une humeur stable.
Le beurre doux
continue d’être tendre.

Il doit exister une mélodie
pour piano qui dit la douceur
d’un petit-déjeuner,
avant que l’on se mette
à tanner les pensées.
  • 3.6.26