#todoliste hors série sur photo de @cjeanney

 

photo @christine jeanney


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  • Penser entre chien et loup évidemment et à toutes autres paraboles, comparaisons, métaphores bucoliques et animales. Pourquoi le chien, pourquoi le loup et pas un chat tout aussi inquiétant au crépuscule et une hyène – non pas la hyène c’est trop déchirant pour le tableau.
  • Penser le beau, c’est sûr, et l’exprimer de et avec l’émotion qu’il se doit et tout à coup dans l’échelle des images hypnotiques y voir autre chose dans cet invariable empilement de couleurs comme un gros sandwich, un hamburger long avec ses strates de ciel, de fromage-soleil fondu dessus-dessous - et sourire à l’évocation stupide.
  • Et jusqu’où les arbres vont-ils percer comme ça, à force de monter, de trancher le ciel en plusieurs couleurs ? Même un qui essaie de dépasser les nuages, l’idiot, encore un ego à la dure écorce.
  • Avoir une envie irrépressible de long cheese bacon puis se dire quand même que tant que les crépuscules seront aussi beaux et qu’il y aura des personnes pour les capturer, tout n’est pas encore complètement foutu.

Clin d’œil aux #todoliste (liste de 4 choses à faire sur photo offerte) de Christine Jeanney. C’est tous les jours jusqu’à la fin du siècle et c’est ici.

  • 17.9.11

Une minute dans le supermarché de @cjeanney

image Au rayon charcuterie, un vieil homme aux épaules carrées, visage élimé, deux barquettes de jambon cru dans les mains…

Il doute, c’est sûr. Il n’a pas l’allure d’homme à faire les courses tous les jours. Il pèse, soupèse, regarde l’étal, ses mains puis le jambon entre ses doigts crochus. Découénnés, par quatre, par six, il ne sait pas. Maman prendrait lesquels déjà ? Maman, c’est sa femme. Il l’appelle toujours ainsi mais son prénom, c’est Simone. Il l’appelle Maman, c’est une douceur, aussi un peu de l’enfant qui reste en lui. On peut le voir encore dans la lueur de ses yeux bleus.

Lui, c’est André mais Maman l’appelle Dédé. Une chance d’avoir un nom qui se diminue, c’est plus doux. Il continue ses courses, toujours hésitant le Dédé. Beaucoup trop de choix, il se dit à chaque arête où il accroche son caddy. Alors, il se laisse avoir, succombe aux promotions. Les sardines sont en tête de gondole, il en prend cinq boites.

A la caisse, il a un regard pour Laetitia. C’est marqué sur son tailleur noir avec des lettres en relief. Faut dire qu’elle est jolie Laetitia et Dédé, il aime les jolies filles. Elle lui rend son sourire édenté quand elle bippe les dix paquets de mi-cho-ko au caramel dur.

Il rentre maintenant, il habite à deux pas dans un grand immeuble au troisième étage sans ascenseur. Dans l’escalier, il croise Monsieur Huot que le salue sans un mot en soulevant son chapeau brun d’un mouvement suranné. Maman l’attend, un tissu mouillé serré autour du front. Maman est migraineuse depuis toujours et aujourd’hui, faire les courses elle ne peut plus. Son travail à elle c’est ouvrir les sacs et puis ranger soigneusement, dans le frigo, dans le placard de la cuisine. C’est son dernier boulot à Simone, Dédé ne sait pas faire, il se trompe tout le temps de place. Les bonbons, trop de bonbons et Simone gronde Dédé avec un ton de maman :

__ Ce n’est pas pour toi ça, tu le sais, avec ton dentier !
__ Je les suce juste, Maman, je fais attention…

Clin d’œil à Christine Jeanney et à son recueil de nouvelles « Une heure dans un supermarché » paru fin septembre aux éditions quadrature, disponible dans toutes les bonnes crémeries et notamment chez bibliosurf. A lire aussi, le billet que consacre Brigitte Célérier à la critique de ce livre.

  • 5.10.10