Partir d'ici #JourSansE

Tout à sa transpiration,
il sarclait son lopin à cailloux
sachant qu’un jour il partirait.

Partir d’ici
où un mauvais plant habitait sa chair,
où tout buisson ourdissait son chagrin.

Là-bas, il irait la voir dans son pays,
là où un flux divin incitait l’outil,
là où au travail l’amour s’unirait.

#JourSansE
  • 13.3.18

Dans un grand halo #JourSansE

Au loin, un point brillant dans un grand halo l’attirait. Son corps par l’attraction chuta dans un trou sans fin. Il filait sans bruit fixant son pouls sur sa vision. Son parcours fut long mais il finit par aboutir aux abords d’un lac où un point plus grand, mais toujours aussi brillant, donnait au pays un noir si profond qu’à sa chair à jamais la nuit s’attacha.

#JourSansE : Les utilisateurs du réseau social sont invités à tweeter sans utiliser la lettre « e », en hommage au roman de Georges Perec « La Disparition ». Un défi à l’initiative du réseau d’éducation Canopé. En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2018/03/13/joursanse-twitter-joue-a-georges-perec_5270222_4832693.html#DOTuusjH4Q6czur6.99
  • 13.3.18

Les silhouettes

clip_image002Photo : Louise imagine

Voilà des heures que je rôde dans cette gare. Perdu. Je crois que je suis perdu. Je croise des gens bien sûr, des silhouettes pour le moins, des paires d’yeux accrochés aux murs qui ne me voient pas. Enfin ils doivent me voir puisque je les voie mais ils ne me regardent pas. Je suis perdu et tout le monde s’en fout. Il faudrait que je leur parle, que je leur demande mon chemin, que de ces regards vides et perdus je tire quelque chose, un croisement qui dans un éclair dirait : oui, je suis perdu, aidez-moi, indiquez-moi la sortie, le quai, la porte que je cherche. Mais rien, je ne parviens pas à percer leur espace.

On dirait qu’ils glissent sur le sol, leurs corps se meuvent mais eux non. Vraiment, ils ont l’air ailleurs, les idées suspendues aux panneaux, la tête dans les flèches de direction arrimées aux poutrelles. Des silhouettes vides. Maintenant elles me font peur ces silhouettes décharnées et elles me perdent. Je suis perdu parce que ce sont elles, ectoplasmes animés, qui me désorientent. Aucune ne marche dans le même sens, elles grouillent, surgissent de plus en plus vite, quand une part, l’autre arrive ; lorsqu’une accélère et me double, une autre m’évite de justesse dans un frôlement d’épaules imperceptible. C’est un manège fou dans un ordre si abscons que, oui, c’est elles qui me perdent. Elles me compriment les sens. Je n’ai plus aucun repère. Je n’arrive pas à lire les panneaux, les indications sont écrites en arabesques molles. Et puis de toute façon, ce sont les silhouettes qui tournent devant moi que je voudrais lire, déchiffrer, et comprendre. Leur demander mon chemin, parler à quelqu’un de l’intérieur qui, dans des gestes précis et une voix serviable, me guiderait pour sortir de ce ballet aliénant. Mais rien, je n’y arrive pas.

Je finis par renoncer mais sortir de ce cirque d’ombres devient capital. Echapper à cette abstraction s’impose à moi. Je ne veux et ne peux pas être une silhouette de plus, présent mais invisible à l’autre. Je dois vérifier. Je dois trouver un endroit vide pour reprendre mes esprits, me retrouver là où personne ne pourra me toucher. Vérifier. Je prends la première allée et la suis, peu importe où elle me mènera. Je marche sans notion de temps, dans des pas de coton. J’ai envie d’accélérer mais je ne sais pas vraiment si je le fais. Vérifier. J’avance, je crois. Plus je marche moins il y a de silhouettes autour de moi. Dix, cinq, trois deux, une puis plus rien. Le vrai vide. L’impasse. Au fond un angle, vingt mètres carré isolés, une cabine photomaton. Vérifier. Je m’assois, tire le rideau, quelques pièces et je déclenche l’objectif. Dans l’œil de la caméra, du blanc, rien que du blanc et le flottement du rideau derrière moi. Je n’existe plus.

Ce texte est ma participation au jeu d'écriture n°6 du blog à mille mains. Le principe du jeu est simple : à partir de cette photo, chacun(e) écrit un texte et le publie sur son blog. La seule contrainte est de s'inspirer de cette photo. Les textes peuvent prendre la forme, le style, la longueur que vous souhaitez.


  • 7.4.11

La boussole

Nouveau jeu d’écriture proposé par Frédérique Martin sur son billet Dix petits négres. Il s’agit comme les quatre mots de Samir de placer des mots imposés dans un court texte. Mais ici, ce n’est pas n’importe quels mots puisque ce sont dix titres de nouvelles, textes finalistes du concours 2005 de la nouvelle francophone éditée. Les dix titres imposés sont donc :
  • Intérieur Nord
  • Trouvé dans une poche
  • L’entracte
  • L’écharde du silence
  • Un clown s’est échappé du cirque
  • Carbowaterstoemp et autres spécialités (coriace, celui là !)
  • Les citées perdues
  • Le bleu des voix
  • L’angoisse des premières phrases.
  • La neige gelée ne permettait que de tous petits pas

image Très étonné, je roulais dans mes doigts une boussole trouvée dans une poche. Sur sa tranche, était inscrit la mention « Carbowaterstoemp et autres spécialités », objet publicitaire d’un restaurant flamand, me disais-je. Je ne suis jamais allé dans un tel établissement, ce qui renforçait fortement mon effarement. Je continuais à la rouler dans ma paume cherchant dans ma mémoire une odeur de carbonates belges. Plus je vrillais plus son aiguille tournait, à une vitesse vertigineuse, ne se posant sur aucun des pôles. J’arrêtais, elle continuait. Déclinatoire de mon intérieur nord, sud, est ou ouest : elle aurait été placée là pour guider mes errements intimes. Géographie imprécise, s’il en est. J’en oubliais la recherche de sa provenance. Mes yeux, pupilles dilatés, suivaient ses mouvements frénétiques tandis que la rotation de l’aiguille provoquait un aliénant murmure strident. Plusieurs tours vers la droite puis vers la gauche, je tournais la tête comme un clown qui s’est échappé d’un cirque.
Elle s’arrêta brusquement entre deux marques, entre l’ouest et le sud. J’étais happé par son magnétisme et sous l’écharde du silence, je me frayai un chemin imaginaire à la faveur de l’entracte qu’elle voulut bien m’accorder. Comme pour l’angoisse des premières phrases ou celle des premières fois, j’étais pétrifié mais je sentais que de cette direction, allaient s’ouvrir pour moi le champ des possibles, une carte nouvelle me permettant une réorientation, hors de toutes les citées perdues que j’avais tant parcourues. L’aiguille m’indiquait simplement le sens de la vie, de ma vie hors de toute notation scientifique cartésienne. La neige gelée ne permettait que de tous petits pas, avec cette indication, elle réchauffait ma route et me permettait des enjambées de géant. J’étais excité par cette découverte et même si le bleu des voix qui enflait ma tête d’azur limpide n’était que pure folie, j’étais transporté de bonheur.

  • 30.6.10