Il fait un jour à éviter les plaintes

Il fait un jour à éviter les plaintes.
De peur qu’elles n’en engendrent d’autres. On sait que ces bêtes copulent entre elles, enfantent des abîmes. Alors au lieu d’user ses pensées sur la toile cirée des emmerdes, il est temps de passer l’éponge. Et vlan, comme dirait l’autre. Se remettre à table et sucer les petits bonheurs jusqu’à la moelle.
Il fait un jour à éviter les plaintes.
  • 21.8.19

Il fait un jour à boire du vin sans fin

Il fait un jour à boire du vin sans fin.
Un jour où le noir s’étend du dehors vers le dedans. Où les idées frôlent d’autres idées bien plus dangereuses. Jeu d’ombres distillées, fraîchement sorties de l’alambic à pensées. Où l’on peut voir en cinémascope une morne et longue plaine dérouler un vent fatigué avant d'arriver devant ce grand canyon rouge prêt à nous rompre le cou. Une sorte de voyage à faire monter le taux de mélancolie dans le sang.
Il fait un jour à boire du vin sans fin.
  • 17.8.19

Clair comme l’eau du puits

Entre deux orages d’été, par un temps de serpillère mouillée, tu rinces le trottoir d’une eau claire tirée d’un puits imaginaire. Tu redresses les géraniums ébouriffés par le vent, jettes sur eux un regard de compassion. Le rouge fané des fleurs chamboule tes rêves. Le ciel en colère renverse l’horizon. Te voilà le cœur javel, les pieds dans l’eau et un grêlon coincé dans la gorge, à ressasser le beau temps d’hier et les harmonies du ciel.

Un voile dans les yeux, tu fixes l’arc-en-ciel dans le caniveau. Tu balaies les scories d’un passé qui persiste à fixer les couleurs de manière identique. Le trottoir sera bientôt sec et ne reflètera plus rien que le vide de tes pensées désordonnées. Le grêlon tombera dans ton ventre et fixera le fiel. Jusqu’au prochain grondement où l’espoir reviendra, clair comme l’eau du puits.

05/07/2014
  • 16.8.19

Au bord

On est au bord,
dans un état liquide.
Le temps semble plat.
On teste nos réflexes
un pas vers l’autre,
un bras levé,
un regard qui dit,
juste
pour être ensemble,
pour vivre un peu plus,
pour qu’existe l’instant
par ce que nous sommes.
  • 12.8.19

Il fait un jour plein de la lumière des autres

Il fait un jour plein de la lumière des autres.
La lueur des gens heureux que l’on voit au fond des yeux venir manger nos visages ; celle lueur-là aime à se balader sans heurt parmi les autres dont l’humeur tombe trop souvent comme des paupières lasses
Elle résiste à toutes les épreuves, au mauvais temps qui va et qui se pose sur nos joues mais aussi aux petits abandons qui longent les routes et toutes les tristesses qui les traversent.
Il faut s’attarder près d’elle, en prendre régulièrement des surdoses, s’y exposer longtemps pour recharger les sourires.
Il fait un jour plein de la lumière des autres.
  • 11.8.19

Il fait un jour à chercher sa bouée

Il fait un jour à chercher sa bouée.
Un autre jour, une autre nuit avec leur même port où s’amarre le mystère. De longs bateaux au large, tous feux allumés et cette bouée qui frissonne à peine entre les deux.
Le port et la bouée : voilà l’image ou du moins ce qu’il en reste dans l’humidité des draps après ce rêve orageux.
Il fait un jour à chercher sa bouée.
  • 7.8.19

Vague relevé estival #1

Plage de Palavas-les-flots
5 août 17h30, température de l’air 27°, de l’eau 22°, soleil voilé.

La plage est clairsemée de serviettes avec différentes personnes humaines posées dessus.
Ces serviettes dessinent des formes : en étoile, en carré, en rond. Toutes sortes de figures semblent possibles.
Les personnes posées sur les serviettes ont un corps muni de quatre membres, comme on pouvait s’y attendre. Chaque membre évolue en fonction de l’activité du corps. Les pieds bougent peu tandis que les mains sont très actives et dévolues à différentes taches relativement communes sur la plage : tenir un livre ou un téléphone étant les deux plus répandues.
À l’extrémité haute des corps. une tête aléatoirement coiffée d’une casquette, d’un chapeau ou avec des cheveux de couleur et de longueur variables.
On peut observer que certaines personnes quittent momentanément leur serviette pour se rendre à l’intérieur de la mer à proximité. Les pieds, ici, ont une grande importance puisqu’ils semblent jouer un rôle de traction pour amener le corps jusqu’à l’eau. Une fois dans l’eau, le corps disparaît presqu’entièrement. On note cependant que la tête reste majoritairement hors de l’eau, qu’elle dispose d’un couvre-chef ou pas.
Une fois dans l’eau, il est important de mentionner que le corps semble encore se mouvoir compte tenu du déplacement des têtes que l’on peut apercevoir au gré des vagues. Toutefois, le mode de déplacement depuis mon poste d’observation n’a pas pu être identifié à ce stade de l’étude.
Il n’en reste pas moins que le corps sort de l’eau comme il est entré, à l’aide de la force motrice des deux pieds effectuant à tour de rôle des pressions sur le sable, d’abord à l’intérieur de l’eau puis sur la terre ferme afin de rejoindre sa serviette.
On peut alors s’assurer, une fois que la personne a regagné sa serviette, de la véracité du théorème : tout corps plongé dans l’eau ressort mouillé.

J’en étais là de mes constations sur l’étude de l’humain en été sur le bord de la plage qu’une sphère rouge, certainement composée de quelque matière plastique dure, vînt heurter ma tête suspendant, par la violence du choc, la poursuite de mes retranscriptions.
  • 6.8.19

Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit

Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit.
Dans l’attente de pouvoir s’entendre, je fixe le front de l’aube. Je lui intime d’apaiser son feu pour éteindre le vacarme du jour.
Je sais qu’elle n’en fera rien. Que je devrais être forteresse au milieu des mers d’ombre pour ne plus entendre les vociférations du monde.
Et je sais, encore aujourd’hui, que prendre ta main s’avèrera la meilleure île.
Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit.
  • 5.8.19

Le béal

Au village, je me demande
si coule encore ce ruisseau
couleur olive qui longeait
la rue droite vers la rivière.

On le nommait : le béal.
Simple canal d’irrigation,
de Besal ou Bial en Occitan,
langue qui coule dans nos bouches.

Au village, je me demande
si des enfants y font encore
naviguer ces petites embarcations
faites de feuilles mortes et de souvenirs.
  • 4.8.19

Il fait un jour à s’allonger sous les mandariniers

Il fait un jour à s’allonger sous les mandariniers. 
Parce que le fruit rond et doux. Le jus dans la bouche et l’ombre sous les branches.
À la fois douceur et âpreté. 
Parce qu’aussi et surtout Babx et sa chansons entêtante dans laquelle il accompagne Omaya s’endormant paisiblement sous les mandariniers. La ritournelle trotte dans ma tête comme la mort dans sa lancinante terreur, si bien qu’elle en devient pure beauté. Parce que la mort, la guerre et deux boutons de rose qui font écho aux deux trous rouges du Dormeur du val.
Il fait un jour à s’allonger sous les mandariniers.

-



A savoir plus sur l'origine de la chanson : https://poussiere-virtuelle.com/omaya-chanson-babx/
  • 2.8.19

Il fait un jour à fuir vers l’enfance

Il fait un jour à fuir vers l’enfance.
« L'enfance contient les ruines du futur », disait Pirotte qui très vite arrêta de fréquenter sa mère qui ne comprendrait rien à ses rêveries poétiques. Mais l’enfance, il la garda en grande sœur de route.
Comme lui, fuyons la mère et gardons l’enfance. Arrosés de pluie et de vin, tapons des pieds dans les flaques. Égarons nos crottes de nez sous les tables. Giflons l’adulte puis embrassons-nous sur la bouche pour la première fois au fond d’un bois. 
Il fait un jour à fuir vers l’enfance.
  • 31.7.19

Qui l'eût grue

Sur le toit du bureau
à fumer ma cigarette
et le soleil au plus haut.

En face, deux grandes grues
balafrent le bleu peroxydé,
elles tremblent légèrement.

À moins que ce soit moi,
mon regard qui tremble
quand j’aperçois cet oiseau perché.

Moineau ou hirondelle,
trop loin je ne sais dire,
peut-être est-ce une petite grue.

Grue sur grue, ce serait incongru.

13h44 #AuBureau
  • 30.7.19

Il fait un jour à oublier ses clefs quelque part

Il fait un jour à oublier ses clefs quelque part.
Ou plutôt un jour à faire semblant d’oublier ses clefs quelque part et se retrouver seul dans la ville. Un dimanche où les rues sont sans lumière aux vitrines, où les stores sont baissés, sans consommation possible autre qu’un verre à une terrasse de café. Un jour à oublier d’avoir fait semblant d’oublier. Un jour à se faire croire que tout peut recommencer ailleurs, sans rien à devoir rouvrir. Un dimanche où il serait doux d’à nouveau te rencontrer.
Il fait un jour à oublier ses clefs quelque part.
  • 28.7.19

De l’autre côté d’un décor de cinéma

Tu sais, parfois, j’ai envie d’aller me perdre de l’autre côté d’un décor de cinéma.
Ça me prend les jours de pure perte, quand je ne sais plus pourquoi je me suis levé ni si ça vaut vraiment le coup de se coucher. Ces jours-là, il y a toujours un soleil plus blafard que les autres jours, un vent qui fait semblant de souffler et des heures qui semblent tourner à l’intérieur d’une montre molle. Là, je croise un clochard assis sur un trottoir ou quelqu’un qui s’y rapproche et derrière lui, je le vois, ce décor de cinéma dans lequel je voudrais rentrer.
Ça peut être un vieux mur effrité ou une vitrine clinquante de supérette ou encore je ne sais quelle clôture qui encercle un parc où il fait bon se promener mais aussi – et je dis ça parce que c’est cela qui revient le plus souvent – le mur de ma chambre derrière lequel je pense toujours à toi.
  • 26.7.19

Il fait un jour à chasser le Dahu

Il fait un jour à chasser le Dahu. 
Prenons nos rêves pour des bêtes sauvages. L’imaginaire comme seul poids sur nos ailes. À flanc de montagne, allongeons les chimères. Moquons-nous de la peur qui se dresse. Chatouillons nos angoisses pour rejoindre l’animal dans ton regard, celui que l'on n’a jamais pu capturer. 
Il fait un jour à chasser le Dahu.
  • 25.7.19

Quand je suis entré dans ce bar

Quand je suis entré dans ce bar, j'ai bien senti venir le traquenard. Ils étaient deux, accoudés au zinc en train d'écluser un gorgeon. A leurs yeux bordés de rouge vif et de larmes sèches, j'ai bien vu qu'ils n'en étaient pas à leur première tournée.

Un étranger qui entre dans un troquet d'habitués, c'est un chien dans un jeu de quilles. Soit il se fait accepter d'entrée de jeu et c'est le strike, soit il se la joue limonade au citron et il peut s'assurer une soirée à jouer la cible au jeu des fléchettes.

Par chance, la limonade me donne des ballonnements alors que le whisky me calme les convulsions intérieures.
Je fus accepté dès le premier verre comme un des leurs, même si eux tournaient au petit jaune sans glaçon. D'entrée, la parole fut libérée et les agapes liquides pouvaient débuter. 
Au fil des heures, mes yeux commencèrent eux aussi à pleurer des larmes sèches, de celles qu'on coule que pour nous et qu'on garde sous les paupières au cas où on aurait besoin de pleurer plus tard. Parce que pleurer pour les deux gaillards, c'était pas mentionné sur l'ardoise.

En revanche, après le dixième verre ou peut-être s'agissait-il du douzième, le flot de leurs paroles perdit le sens de la retenue en même temps que la prononciation des voyelles — un peu comme quand votre correspondant au téléphone passe sous un tunnel. La conversation vira de bord, des sentiments profonds surgirent du fond des verres comme s’il s’agissait de la partie immergée d'un iceberg.
L'un d'eux évita le naufrage en demandant la note au patron. L'autre, noyé dans ses consonnes, ne fit aucun cas de la demande de son camarade ni de mon état, accroché à mon tabouret comme à la poupe d'un bateau en pleine tempête. Et d'un coup sec, il tapa sur le comptoir : « Bon maintenant, hips, allons au bois dégager les écoutilles ! ».

24/07/16
  • 24.7.19

Il fait un jour à sauter dans un nuage

Il fait un jour à sauter dans un nuage.
Agrippé au bleu du ciel, corps à la recherche de l’oasis blanche. Se laisser dériver par l’humeur du vent. Trouver le bon, gros et moelleux avec un goût de vanille un peu épicée. Y plonger tête la première. Goûter, dormir, goûter à nouveau etc. Et ne plus redescendre que pour raconter l’histoire à ses petits-enfants.
Il fait un jour à sauter dans un nuage.
  • 23.7.19

Que me dit cette vague

Que me dit cette vague
qui s’échoue à mes pieds
comme une bouche de chien ?
Que veut-elle exprimer
qui n’a jamais été dit ?
Qu’est-ce qui la rend si singulière
pour que je m’y attarde ?
Violence ou beauté ? Les deux ?
Ou bien est-ce simplement
parce qu’elle est la dernière.
  • 21.7.19

Il fait un jour à s’assoir sur un banc

Il fait un jour à s’assoir sur un banc. 
Un banc au milieu d’un parc avec ses pigeons qui se disputent quelques quignons de pain. Un banc à lire. Un banc à regarder l’ordinaire se dérouler, nous rouler dessus. Ignorer pour un temps les batailles et ne pas penser à la métaphore qu’affichent les pigeons affairés à se prendre le bec, comme nous le faisons trop souvent. Un banc à chercher des éclaircies à qui parler. 
Il fait un jour à s’assoir sur un banc.
  • 19.7.19

On n'a pas tout compris #3

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- Faut-il s’inquiéter quand il y a inscrit « néant » sur la feuille ?
- Il refuse l’EAS. Fais-le partir en W.
- On va compter les points à l’arrivée.
- C’est pas moi ! C’est un préop !
- Fais-moi un RHR fictif.
- Il n’y a pas d’incident d’origine.
- On en parle parce que sinon on va se retrouver avec des oignons à Narbonne.
- Toulouse me demande si tu as des chambres ?
- Ce serait bien que les GOF se parlent entre eux.
- Ce n’est pas ma faute si j’ai une marche mal montée.
- On devait pourtant rentrer une patte sur deux.
- Zut ! J’ai du hors-quai en queue !
- J’entame ma treizième FÉM de la journée.
- Et 18 personnes en rupture pour Marseille !
- On va reconstituer les JS.

14h07 #AuBureau
  • 18.7.19

On a rouvert les fenêtres

On a rouvert les fenêtres
pour que l’air balaie nos visages.

De la rue on entend des voix
sous le murmure du tramway.

Une mouette égarée s’offre
une pause sur le toit d’en face.

Un enfant éclate de rire
et un ballon de baudruche.

Il ferait presque doux.

15h58 #AuBureau
  • 17.7.19

Il fait un jour à soutenir les ombres

Il fait un jour à soutenir les ombres. 
Nous devrions courir après les arbres. Les sauver des cueilleurs et des bûcherons. Préserver les longues branches que le vent balance. Nous devrions nous liguer contre les climatiseurs. Courir nus dans les prés jusqu’à ce que la soif nous étreigne. S’allonger et dans l’ombre d’un saule pleureur attraper ton sourire. 
Il fait un jour à soutenir les ombres.
  • 16.7.19

Le parasol

Le vent secoue le parasol.
De la cour remontent des odeurs
de viande et de poisson grillés,
de crème solaire au lait épais.
Le vent retourne le parasol.
Baleines à l’air, son squelette s’ébroue.
De la mer remontent le rire des enfants,
le claquement des bouées sur l’eau,
le rebond des ballons,
le bruit des raquettes
et la chaleur qui crie sous les casquettes.
Tout un lot de souvenirs de tous les étés
comme un parasol tombé dans ma tête.
  • 14.7.19

On n'a pas tout compris #2

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- Je monte le sillon et je te rappelle.
- On le fait W dans la marche.
- Ah ça y est ! Ils donnent les dépêches.
- Est-ce que vous connaissez la longueur d’un 3 caisses - 4 caisses ?
- Toulouse ne peut pas couvrir de Narbonne à Carca.
- Il y a un trou dans la raquette.
- Tu le commandes en rade à Nîmes.
- On va produire des difficultés de production.
- Cet accélérateur digital permettra de gagner du temps.
- Attention, les évolutions ne sont pas couvertes.
- Pour le 712, tu fais toujours ta coupe ?
- Non, j’ai pas de réserve.
- C’est du BGC, chérie !
- On va transborder au 506.
- Tu fais la rotation ou tu restes sur place ?

15h29 #AuBureau
  • 12.7.19

Repriser

Malgré la fatigue des gestes,
les renoncements mal assumés,
le désarroi qui parfois affleure,
ne pas toucher le bleu du fond.

Faire avec les fissures de l’âme
comme si on reprisait nos frusques,
chercher l’aiguille dans la botte,
ne pas avoir peur d’espérer.

14h27 #AuBureau
  • 11.7.19

La rue se gondole

On dirait bien que le rue se gondole au soleil. On voit au loin son chemin se vriller sur lui-même comme une vis sans fin. C’est l’effet du soleil, un mirage dans nos yeux. Sûrement mais pourtant, la rue souffre aussi bien, aussi mal que nous. De la chaleur et de bien autres affections.
La terre qui la porte garde la mémoire des températures, du temps qu’il fait comme du temps qui va. Sous ses pierres, une immensité de pensées fiévreuses accumulées en autant de strates qu’elle a de douleurs. On dirait bien que la rue se gondole sous l’effet de la somme de tout ce qu’elle a perdu – du très chaud jusqu’au très froid, du très dur jusqu’au très doux – et qui restera irremplaçable.
  • 10.7.19

Personne ne voit

Personne ne voit
ces légers tremblements
sous nos paupières
entre deux francs cillements,
entre deux respirations.

Personne ne voit
ce fourmillement du rêve
quand le cœur ne suit plus
son mouvement quotidien,
quand il sort de nos corps.

14h22 #AuBureau
  • 9.7.19

Il fait un jour à s’énerver comme un chat maigre

Il fait un jour à s’énerver comme un chat maigre.
Tout est à ras de peau. La fleur, longtemps qu’elle est fanée. Les nerfs se pelotent entre les oreilles à chaque mot qui y entre. Il suffit de dire Bonjour pour que la paranoïa s’installe : pourquoi Bonjour ? Et pourquoi il serait pas bon mon jour ? Tu crois peut-être que le tien sera meilleur que le mien ! Tu veux m’encourager ou juste me signifier que ton jour est le plus beau ?
D’accord, calme-toi et embrasse un arbre.
Il fait un jour à s’énerver comme un chat maigre.
  • 8.7.19

Avant le sommeil

L’été bâille sous un ciel de lait.
J’entends râler les caravanes
et à l’intérieur des voitures,
la fatigue trimballe des corps
aussi blancs que le ciel.
Au fond du bruit, des remuements
que la saison affectionne :
quelques insectes sans eau,
des brindilles crissent,
un chien hirsute jappe mollement
et cette vague plus véloce
que les autres
les observe chuchoter.
Il n’en faut pas plus
pour que le sommeil m’écrase.
  • 7.7.19

On n'a pas tout compris #1

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- J’attends que la journée remonte et te rappelle.
- Je fais La roue tourne et je m’en vais.
- À la voie 4, tu ne peux ranger que deux fois deux engins ?
- Je te fais le Must mais tu me le devras.
- Il faut vigiler l’Aubrac.
- On va attendre la PS comme l’espoir.
- Attention, ça génère de la PHQ !
- On coupe à Narbonne.
- On force à Nîmes.
- Tu penses pas qu’il vaut mieux le laisser ouvert le 250 demain ?
- Vérifie tous les A4 pour les Grau-du-Roi.
- Première porte de queue, côté mer.
- À partir de Béziers, ils sont deux dessus.
- La patte cassée : on fait le 206 dessus.
- On fait Avignon en US.
- On fait des intermédiaires ou pas ?
- En opérationnel, on renforce pas ça.

16h03 #AuBureau
  • 5.7.19

Histoire de bureau

On raconte des histoires de bureau,
quelques blagues dont on prend
plaisir à resucer le souvenir,
juste des sourires pour s’offrir
une pause dans la journée.

Tout le monde connaît la chute,
certains même la révèle avant la fin.
Ça rajoute un sourire aux sourires.
Il nous plaît de rire de nous-mêmes,
d’oublier pourquoi on est encore là.

16h38 #AuBureau
  • 4.7.19

Il fait un jour à faire sauter les frontières

Il fait un jour à faire sauter les frontières. 
On pose des barrières sans s’en rendre compte. Même si elle ne sont que voiles, elles n’en sont pas moins frontières. Frontières que sont nos manières de se vêtir ou se dévêtir, de parler, de rire, de pleurer, de s’aimer, de voir et d’entrevoir. Barrière que c’est d’être. Le monde et nous à distance. Heureusement, il y a toujours ton regard qui m’approche. 
Il fait un jour à faire sauter les frontières.
  • 3.7.19

Prendre le temps

Prendre le temps
(comme si on pouvait le saisir)
revient à s’acharner
à vivre aussi follement
qu’un poème prétentieux,
à vider sa tête des parasites,
en somme à rester sourd
à tout ce qui est trop pour l’homme
en cherchant ailleurs
ou dans une autre réalité
ce qui pourrait le sauver.
  • 2.7.19

On pourrait

On pourrait ignorer
au moins quelques secondes
ce désespoir qui file
entre les tables.

Rentrer nos têtes,
attendre que ça passe,
se faufiler entre les foudres
de ce soleil qui tuent nos nuques.

Arrêter de croire
que tout est perdu,
tendre un peu d’optimisme
entre les branches de nos arbres morts.

On pourrait.

19h04 #AuBureau
  • 1.7.19

Il fait un jour à tailler les oreilles du drame

Il fait un jour à tailler les oreilles du drame.
Sous la colère, des pavés de gloire oubliée. Tout le monde y va de sa présence sur une terre de plus en plus petite. Retirons nos gros sabots, étendons nos jambes sur le sable chaud. Parlons de cette goutte d’eau qui sèche sur ton cou.
Il fait un jour à tailler les oreilles du drame.
  • 30.6.19

Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée

Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée. 
Mais la rosée n’existe plus depuis que les petits matins sont livrés au sommeil. Surgit dès lors l’envie entêtante d’un long champ couché sur l’aurore, d’un ciel miroir à ses herbes humides, de terre verte entre les orteils, de mantes religieuses sur le dos pour seule dévotion. Que du vert où se baigner, l’esprit abandonné à une chanson d’été. 
Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée.
  • 26.6.19

Écrire ici

Écrire ici s’apparente
à écrire à la table d’un bistrot
avec le tintement des verres,
les éclats de rires,
l’intensité des voix
aussi variable qu’est
notre attention au monde.
Écrire ici est comme
écrire dans un zoo humain
où chacun semble vivre
en se fichant éperdument
des autres animaux.
Écrire ici, contraint à rattraper
les mots, à les rassembler
dans un panier percé,
procure souvent un doux vertige.

13h55 #AuBureau
  • 26.6.19

Scoliose

On aimerait s’allonger,
soulager les corps
qui assis se tordent
dans l’attente d’une scoliose.

La maladie nous parle
de folies, de vieillesse
qui compte les points
retraite comme des coups.

16h16 #AuBureau
  • 25.6.19

Il fait un jour à mordre du bois

Il fait un jour à mordre du bois. 
Tant de possibilités entre terre et ciel que les bras m’en tombent et mes jambes coupées dansent d’un dernier soubresaut. Voilà le tronc à abattre. À filer la métaphore forestière, je me perds dans la clairière. 
Il fait un jour à mordre du bois.
  • 25.6.19

Il fait un jour à retenir les vagues

Il fait un jour à retenir les vagues.
Des crabes avancent en marche avant. Tout fout le calme. Le vent est mort. Vive le vent ! On peut approcher du bord du monde, seulement si on le veut. L’eau est verte comme une prairie. La plage est morte. Vive la plage !
Il fait un jour à retenir les vagues.
  • 24.6.19

Il fait un jour à repeindre nos visages

Il fait un jour à repeindre nos visages.
Des yeux roulent et se lèvent dans le ciel. Un peu de bleu, un peu de vert pour rehausser le gris qui empoisonne. Un tableau réussi se juge à l’émotion qu’il provoque. Ici rien ne surprend le vol des goélands sur le fade des terrasses. Ton sur ton, la mer bave sur le ciel. Il n’y a plus qu’à inventer des paysages parallèles, inviter la montagne à se baigner, main dans la main avec quelques rêves.
Il fait un jour à repeindre nos visages.
  • 23.6.19

Écume

Le ciel
toujours le ciel
nargue la mer.

Échange de bleu
sous le regard moqueur
des vagues.

Écume d’yeux
enclins à battre
toutes les mesures.

On restera là
ni trop près ni trop loin
à essuyer les larmes.
  • 22.6.19

Taisez-vous !

Cet oiseau fou
qui crie dans ma tête
quand le grondement des voix
autour de moi monte,
voix contre voix gagne et monte
comme monte une migraine
comme l’animal guette sa proie.
Taisez-vous !
Je ne sens plus battre le vide,
je ne m’entends plus me taire.

15h19 #AuBureau
  • 21.6.19

Épeler

Il y a toujours ce trou
d’où le vide remonte.

Vacuité du mouvement
des doigts sur le clavier.

Les regards s’épuisent,
ne se croisent même plus.

J’épelle quelques mots
que je n’écrirai jamais.

16h39 #AuBureau
  • 20.6.19

Nique la police

Par la fenêtre,
toujours ce regard errant.

Le mur d’en face
et ses graffitis qui flottent.

Reflets de mes mirages,
gentille excursion dans l’irréel.

Et ce « nique la police »
qui danse sur une mare de soleil.

16h27 #AuBureau
  • 19.6.19

Condamné

Tout est condamné
à rester sourd.

Il va de nos envies
comme de nos désillusions.

On avance sans
croire au chemin.

Nos corps aveugles
sous raison bâillonnée.

15h30 #AuBureau
  • 18.6.19

Pixels

On écrit des mots identiques
sur des écrans formatés.

Écriture si impersonnelle
qu’on ne sait jamais qui écrit.

Qui dit quoi au travers
de ces pixels sans âme

alors que peu à peu
meurent nos paroles.

16h08 #AuBureau
  • 17.6.19

Manège

Le soir tombe
sur une première ombre,
laquelle le snobe en filant
sous un rayon de soleil.

De l’autre côté du balcon
on aperçoit le même manège,
à qui sera le plus rapide
pour tirer les vers du jour.
  • 16.6.19

Regardons ailleurs

On apure peu à peu
ce trop plein de tensions.

Il se peut qu’à un moment
nous soyons heureux.

La semaine fait craquer ses doigts,
regardons ailleurs.

Vendredi est un seau,
le vider et la joie reviendra.

15h10 #AuBureau
  • 14.6.19

Bulles intimes

On se cale
sur les battements
de l’autre.

Nous, l’autre
et l’espace ouvert,
la ventilation régule nos valvules.

L’arythmie nous guette,
on la prévient
en resserrant nos bulles intimes.

17h46 #AuBureau
  • 13.6.19