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Saveurs à venir

Il passe par des chemins cabossés, par d’étroits sentiers qui ceignent la montagne en colimaçon. C’est l’automne qui monte en feuilles mortes et jonche son parcours d’un tapis moelleux. La bute haute sent le cuivre et il s’enfonce en elle comme du vert de gris. En marche pataude, il gravit péniblement la pente. Ses godillots de sel lui arrachent quelques plaintes rentrées dans la mâchoire. Ses pieds cagneux lui font mal. Il lutte et traine sa carcasse usée jusqu’à fureter dans les coins sombres et humides. Un reste de fraîcheur du matin lui caresse l’échine lorsqu’il se baisse pour la première fois au pied d’un chêne noué jusqu’à la gorge. Il sort son vieil opinel gravé des initiales de son père qu’il planque dans la poche arrière de son bleu de travail. Il se met à gratter la terre comme un épagneul cherchant son os et soulève sous les fougères des odeurs de pain d’épices à l’orange. Ça lui caresse les naseaux et lui donne un sourire de vainqueur.

Fléchi au ras de la tourbe, il déterre de mauvais tubercules aux formes tarabiscotées par le temps et les rhizomes de l’arbre centenaire. Il cogne la lame sur des cailloux grèges, certains ronds et polis comme des œufs à coudre. Il en gardera quelques-uns qu’il posera sur la poutre de la cheminée entre un bibelot en étain et le portrait sépia de son père. Quelques suées viennent le surprendre et lui donnent un frisson dans le dos. La forêt silencieuse l’abandonne à sa recherche ; ce chêne-là ne sera pas le bon.

Plus loin, à la cagne d’un soleil de septembre qui pointe aux frondaisons, un genévrier lui parle au nez. Planté sur un petit plateau calcaire, la touffe verte luisante attire l’œil du vieux cueilleur. Le buisson dense tombe sa plèbe jusqu’au sol gardant dans son creux et à son pied l’humide nécessaire à la gratte de l’opinel. Il grimpe encore jusqu’à l’atteindre, tombe à genoux comme le chien à l’arrêt devant son gibier. Le couteau taille les branches basses pour découvrir un foyer de terre meuble. Une à deux saignées suffisent pour découvrir le graal : deux belles et grosses truffes greffées de terre ocre, deux beaux champignons du Caroux siamois de tous leurs corps.

Le vieil homme se relève en portant droit au ciel sa victoire en trophée. Le vent d’autan se lève et soulève une poignée de feuilles mortes qui viennent se coller à ses jambes. L’air se fait tournoyant comme si la fête était partagée par la nature. Au mitan de la journée, il redescend au village revigoré par son trésor, dans un sourire figé pleines lèvres d’où goutte l’eau qui emplit sa bouche des saveurs à venir.


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Melon bas et parapluie oubliés.

Sur son étagère entre des pulls à col roulé et des bas de soie, sont posés un chapeau melon et un parapluie.

L’hiver en haut de forme est passé, le printemps a serré des sanglots dans les travées et aux portes de l’été, John Steed s’en est allé. Tara King en cuir sur la porte des WC et Purdey à son flingue accrochée ont pleuré le flegme du dandy décalé. J’ai pris le melon quelques mois plus tôt, l’ai oublié dans un train sur une banquette glacée. J’ai arpenté les rues, Emma Peel à mon bras enamourée, pour remplacer mon couvre-chef égaré. Quelques mètres après, j’ai acheté un parapluie en solde dans une échoppe siglée en anglais. On a dansé tous les deux sur de la musique branchée, Christine and the queens pour mettre dans notre histoire pop de l’électricité. Tous les deux lancés dans une parodie des Avengers, on a posé pour des photos jamais regardées. 

Sur son étagère face à un tableau de Klimt et quelques posters abimés, sont posés un chapeau melon et un parapluie.

Le retour en mémoire est immédiat quand repasse en boucle les images de Macnee nous saluant du chapeau avec son sourire pincé. Icône de l’écran cathodique, il traverse les histoires des mauvais garçons qui veulent se donner de la respectabilité. So british en fil de vie, je l’ai croisé ce jour-là dans une salle surchauffée, costume bien taillé et nœud de cravate Windsor ajusté. Emma l’a même embrassé. Paraît même qu’ils ont couché. Mais la série est trop pudibonde pour vraiment le penser. Les deux héros enfin rassemblés, c’aurait pu être un happy end enflammé.

Sur son étagère, derrière le rideau bleu nuit qui sépare la chambre du salon, sont peut-être encore posés un chapeau melon et un parapluie.

Je ne sais pas bien ce qu’il faut penser de ce bal masqué improvisé. Cette madeleine que sont John Steed et ses acolytes débridées. J’ai juste aimé un instant m’envoler, me pendre au cou de mon héroïne de série télé, et gaussant mon ego jouer au plus élégant des amants.

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Il parle peu

Il parle peu. Son regard dit dans le jaune l’espoir qui a fui. Il peine à voir le monde, étriqué dans sa chemise bleu. Petit homme drapé dans son ignorance, il ne voit couler sur lui que des poncifs brossés par d’autres. Ces autres au cercle restreint qui font sa pluie et son beau temps autour d’un pastis ou d’une bière. Du reste, il s’en fout. Des cols blancs qu’il exècre, des artistes qu’il ne connaît pas, de la culture dont il ne connaît que la terre glaise.

Col ouvert et poitrail en bataille, il est le mâle aux poils brunis et à la peau caillée par le soleil. Le terrien dans sa superbe. Il parle peu. Sa vie est dans le travail, dans la sueur qui coule sur son échine. C’est la seule valeur promise au repos du brave. Il bêche, courbé en pont, pour que les autres reconnaissent sa résistance à l’effort, son absolu dévouement à la tâche. L’ingrat labeur qui lui donne consistance est l’axe autour duquel vire son cercle d’amis, eux-mêmes en proie à la dévotion stakhanoviste.

Il parle peu. Les charabias sont pour les femmes qui n’ont rien à faire de leur journée. Les mots ne sortent pas de sa bouche. Il les entend dans sa tête, les comprend mais ne veut pas les faire siens. Ils ne sont pas de son monde de solitaire qui est une gangue silencieuse avec pour seul compagnon le bruit sourd de la terre et du vent. Sa langue ne parle que lorsque l’acide l’assaille, que les mots ont trouvé un chemin qui paralyse son apparente quiétude. Alors la parole se fait colère, jet de pierres sur ceux qu’il aime. Il ceigne son orgueil du schiste de sa terre et s’effrite en insultes rocailleuses.

Il parle peu mais ses yeux disent toujours à sa place la bonté que les mots contredisent. Pour lui, ce n’est pas l’humour mais la colère qui est politesse du désespoir. Le regret infini de n’être qu’un homme né dans le fiel d’une terre qui lui a tout donné et tout repris.

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Tour de France des Visages #TFV #LesVisages – départ dans 1 mois

Chers visages,

Dans un mois, je verrai vos premières trombines bronzées ou pas, souriantes ou pas, traits tirés ou mines enjouées, pétant la forme ou asphyxiés par une piqûre de moustique tigre. Va savoir. En tout cas, le roadtrip se prépare. J’ai lavé mes caleçons, repassé mes chemises à fleurs et prévu du déodorant en masse : l’hygiène, c’est important. J’ai aussi fixé un calendrier. Calendrier qui vaut ce qu’il vaut puisqu’il va dépendre de vos disponibilités et des carences routières, aussi. Bref, voici les dates auxquelles je me trouverai dans vos contrées. Par MP facebook, tweets, mails, sms, commentaires sous ce post, télégrammes, télex, fax ou message minitel, faites-moi savoir si ces dates vous conviennent.

Bien à vous,
Christophe.

PS : J'ai dû, la mort dans l'âme, supprimer Nice du parcours. Niçoise, je te jure que j'aime quand même la salade.


  1. Départ : 25/07
  2. Danielle Carles : 25/07
  3. (Frédérique Martin), Murièle Modély, Anna de Sandre et Jean-jacques Marimbert : 25/07
  4. Youssef Guennad :26/07
  5. Marianne Desroziers : 26/07
  6. Edith Masson, Christine Saint Geours, Dominique Boudou et Brigitte Giraud : 27/07
  7. Rose de Miremont : 28/07
  8. Jany Pineau, Anne Niedlispacher : 29/07
  9. Gaël : 30/07
  10. Michel Brosseau : 30/07
  11. Odile Lafond, Christophe Grossi, Mathilde Roux, André Rougier, Astrid Waliszek, Catherine Baumer, Thierry Roquet, Emeline Bravo, Monique Thierry et Béatrice Voirin : 31/07, 01/08 et 02/08
  12. Cathy @tulisquoi : 03/08
  13. Jean-Claude Goiri et Isabelle Flaten : 04/08
  14. Franck Queyraud : 04/08
  15. Eric Alario : 05/08
  16. (Philippe Reguillon : 05/08)
  17. Jeanne : 05/08
  18. Jean François : 06/08
  19. Lidia Badal : 07/08
  20. Marlène Tissot : 07/08
  21. Isabelle Damotte : 07/08
  22. Caroline Gérard : 08/08
  23. Retour : 08/08

Mise à jour de la carte au 25/06



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Envie de mordre

Je n’ai jamais connu l’envie de mordre dans le vif. D’arracher à la vie le sang qui me ferait virer de bord, changer de cap pour embrasser la vie. Et aujourd’hui, à grandes enjambées, alors que la dégénérescence est lancée, voilà que ma jeunesse revient me flanquer un coup de rein. La jeunesse et des jeunesses, des remembrances en forme d’actualités, des adolescences d’autres, des plus vieux que moi, des images monochromes d’années folles, des musiques surannées d’avant moi comme si mon siècle n’était plus capable de me porter à satiété. Je compose un kaléidoscope qui colle à ma vie, avec ses reflets opaques et ses couleurs vives, un décor flou qui s’accorde à ma vue et à mes envies vintage.

C’est l’humeur du temps, disent certains. La grande roue des modes qui tourne et vire. On invente plus rien, on fait du neuf avec du vieux.  Soit. Que le souvenir fasse beauté autour de moi, qu’il m’engage sur de nouvelles routes avec l’alcool d’un Kerouac ou la verve d’un Hemingway ou qu’il me laisse sur place comme un contemporain, un Esnault à m’en disloquer. Peu importe pourvu que je vive en poésie, sombre ou enjoué, Tom Waits dans les oreilles, Ella en complainte ou Clementine en suspension. Je ne me veux plus qu’en précipitation lente à diffuser mon envie de vivre en saccade de tweets par la tête ou en délectation paresseuse d’un recueil d’Anna de Sandre. Je veux mordre la neige.

Une photo publiée par Christophe Sanchez (@chsanchez) le

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