Château de sable

On n’a plus grand chose à offrir
à l’enfant qui vient jusqu’à nous
gonfler son envie de vivre
si ce n’est ce sourire un peu las
de le savoir sur nos pas
à chercher la joie
dans le grand plat de la vie.

On n’a plus grand chose à offrir
depuis qu’il ne saute plus
sur nos genoux,
depuis qu’il a pris le parti
d’être plus grand que nous.
Dans quelques années, il verra
ce château de sable qui vit en nous.
  • 25.5.19

Vraiment peu

On accueille
devant sa porte
les refrains du printemps.

Le ciel
enfin bleu
caresse nos espoirs.

Il en faudrait
vraiment peu
pour s’aimer vivre.

Écrire un regard
et laisser la lumière
tenir ses promesses.
  • 22.5.19

Vagues anciennes

On voit la mer
changer de temps,
changer de rôle.
On voit s’arrondir nos dos,
souvenir des vagues anciennes
et quand elle perce
à jour nos complaintes,
on voit rouler
sur nous toutes les pertes.
  • 20.5.19

À tâtons

On entend un enfant à l’étage,
son rire courir dans la pièce,
puis l’eau couler dans son bain.

Quand le rire glisse vers les pleurs,
on sait la bouche pleine de savon,
la mousse dense qui pique l’œil.

On sait ces instants aveugles
à chercher à tâtons la main
d’une mère plutôt qu’une serviette.
  • 18.5.19

De nous

Et oublier
de nous
ce que nous sommes

De nous,
la singularité
passée à la trappe.

De nous,
ce qui fait joie,
légèreté et sincérité.

Déchirer le contrat,
recommencer.

15h43 #AuBureau
  • 16.5.19

Balancement

Toujours ce balancement
intérieur, extérieur.

D’une part, nos têtes vides
qui disent Oui bien sûr
et pensent Non vraiment.

De l’autre, la cime de l’arbre
qui dans son déhanché
dit à la rue Oui mais non

Calmez-vous.

16h32 #AuBureau
  • 15.5.19

Tsss Ouille Pong Floc Ouiii

Parler une langue
que tout le monde comprend
même si pour ce faire
on doit convoquer
borborygmes
et onomatopées
pour faire passer le message
Tsss Ouille Pong Floc Ouiii
et ne pas terminer ses...
Laisser le corps s’exprimer.

13h07 #AuBureau
  • 14.5.19

On joue

On joue des stores
pour ajuster nos humeurs.

On joue des épaules
pour garder nos places.

On joue des sourires
pour cacher nos douleurs.

On joue toujours
à être quelqu’un d’autre.

Tandis qu’autour,
on cherche en nous
ce qui n’est pas du jeu.

16h14 #AuBureau
  • 13.5.19

Quelque angoisse

Il y a des jours comme ça
où l’on voudrait juste caresser
le vent qui passe sur les nuages.
Faire glisser nos doigts
comme dans des cheveux fous,
pour calmer le ciel
et ses atermoiements.
Mais voilà quelque angoisse
nous impose ses règles,
nous laisse croire
qu’on ne sait pas voler.
  • 12.5.19

Un peu de soi

On a encore reçu
des pelletées
de vent
sur nos visages ouverts.

Cette année,
mai est une langue
gouailleuse
qui dévore tout nuage.

On aimerait
entendre nos voix
dans ce tumulte,
y glisser un peu de soi.
  • 11.5.19

Gogo

Il faudrait se rendre
à l’évidence et ailleurs,
un peu plus loin,
hors de nos zones intimes,
pour comprendre
que chacun ne se bat
que pour lui,
que l’unité « corporate »
prônée par certains
n’est qu’un instrument marketing
pour gogo élevé à trop peu
d’assurance de soi.

15h50 #AuBureau
  • 10.5.19

Regard perdu

Grands pins et lilas
par la fenêtre
balancent leurs longs bras.

Regard perdu
à fouiller leur ouvrage,
à la recherche d’inspiration.

Au dedans, les paupières expirent
sous les fausses collines vertes
des économiseurs d’écran.

16h37 #AuBureau
  • 9.5.19

Bonnes pratiques

Vous devriez vous référer
au guide des bonnes pratiques.

Le nouveau en version 6.1,
la 6.0 étant obsolète.

Les pratiques d’hier
ne sont plus les bonnes.

C’est noté mais sachez-le :
je suis souvent impraticable.

17h53 #AuBureau
  • 6.5.19

La couleur du jour

Le vent prend dans ses bras
les plis et replis de la mer.

La couleur du jour
pourrait être mauve
si on s’attardait
sur les couches de suie
laissées par la nuit.

La couleur du jour
pourrait être fauve
si on prenait le vent
dans nos bras,
si on le plaquait sur le sable.
  • 5.5.19

Si ce n'est

Mes pensées bougent
d’un coin à l’autre de la pièce.

Quelqu’un passe sur mon regard,
vague silhouette grise.

Le monde s’agite autour de moi
mais rien où fixer mon esprit.

Si ce n’est cette mouche prise
entre la vitre, la colère et mon souffle.

13h40 #AuBureau
  • 3.5.19

L'ombre qui grandit

Un rayon de soleil
sur le coin
d’un bureau vide

comme si on voulait
souligner l’absence :

Ici manque
un individu
à son poste

— regardez l’ombre qui grandit.

Empressez-vous
de la combler avant
qu’il ne soit trop tard.

16h15 #AuBureau
  • 2.5.19

Ondulation

Si on regardait les jours
défiler sous les arbres,

s’abriter des ombres
que les branches agitent,

ce serait rendre
nos vies plus rassurantes,

débarrassées de tous
les soleils qui aveuglent,

ici au calme précieux
de l’ondulation du temps.
  • 1.5.19

Se faire silence

Au-delà du bruit,
il faut se faire silence.

À l’intérieur,
ne plus penser à rien,
laisser la place
à l’imprévu vagabond.

A l’extérieur,
agir comme un automate,
travailler à la chaîne
tout ce qui peut se huiler.

16h58 #AuBureau
  • 30.4.19

À répandre

La désuétude éclate
sous les bureaux où
s’entassent nos vieux papiers.

Ici on coule dans la masse
toute vacuité comme vérité
à répandre jusqu’à l’infini.

En résultent tonnes de feuillets,
notes et diagrammes fragiles,
obsolètes dès qu’ils touchent le sol.

16h25 #AuBureau
  • 29.4.19

Silence orphelin

Sur la mer ce matin,
un voile de brume
aussi léger
qu’un battement de cil.

La proue d’un bateau au loin
creuse le silence orphelin
des goélands partis
rejoindre quelque naufrage.

Brisure du temps,
souvenirs éparpillés
sur le tapis du salon,
encore du sable sous les dents.
  • 27.4.19

Vieille rue

Une nouvelle fois, le jour a recouvert la rue de lumières. Allumeur de vie, fossoyeur des ombres, le voilà guilleret qui parcourt les trottoirs à vouloir encore gagner sur les mélancolies. Il y parvient, parfois. Les belles heures, au plus haut du soleil, sont pour lui. Mais, la plupart du temps, personne n’est dupe de ces agissements. Tout cela n’est qu’un masque pour nous cacher les affres de la rue ; pleine d’une durée accablante et déprimée par l’usure de la pierre, elle ne se pare que de dentelles factices. Qui voudra bien y voir, démontera la supercherie, dénichera dans ses recoins, le cancer qui la ronge.
Toi, vieille rue qui se maquille, outrancière et improbable, veule et mensongère, tu retourneras à la nuit qui est ton véritable monde, celui des passages étroits et des impasses, des murs que l’on ne franchira jamais, des portes qui n’existent pas. 

  • 26.4.19

À la faim

À partir de dix-huit heures,
on se demande si on mange ici,

au bureau,

car c’est l’heure
où la faim pointe les ventres.

Je réponds que non,
je mange chez moi,
merci bien,
c’est gentil de proposer,

comme tout bon
misanthrope mondain*

18h35 #AuBureau

*C’est ainsi que se qualifiait le regretté Jean-Pierre Marielle
  • 25.4.19

Trop haut

Au vent qui pousse
des cris d’orfraie,

on répond avec
des claquements de porte.

Courants d’air
dans nos oreilles,

témoins affligés
de notre vie de peu,

on va causer trop haut
jusqu’à vingt heures.

16h30 #AuBureau
  • 25.4.19

Sous le mascara

Relevant la tête
de son téléphone,
lequel lui sert de miroir,

ma collègue me dit,
dans un sourire
un peu triste :

Mon liner
est mieux tracé
que mon avenir.

Poésie fugace
et minimale
passée au mascara.

19h34 #AuBureau
  • 24.4.19

Gargouilles

Autant s’y faire,
nous ne sortirons pas d’ici.

Notre vie professionnelle
n’intéresse personne.

Faire carrière
ne veut plus rien dire.

Sinon à casser les pierres
des murs invisibles
qui nous emprisonnent.

Nos têtes tapent dessus :
autant le savoir, ils rient tous
comme des gargouilles.

10h47 #AuBureau
  • 24.4.19

Je griffe

Je suis derrière toi à griffer tes cheveux. Mes ongles ont durci avec les années. A force, ils sont devenus de véritables peignes à chasser les angoisses. Je griffe, masse et biffe le temps sur ta crinière folle. J’ai les doigts enroulés dans un poème. J’en tisse quelques vers tandis que s’allonge ta nuque au fur et à mesure que ma main traverse ton crâne. Je peigne et tu es le métronome. Chaque passage donne la note et la cadence, de la fourche à la pointe. Gestes maintes fois repris, gestes imprimés dans nos mémoires, gestes de retrouvailles quand les mots s’épuisent à trop vouloir dire. Je griffe, tu tends le cou. Je griffe, tu lèves les épaules. Jamais compris comment ces gestes sont venus à moi, pourquoi ils sont devenus rituel. Ils sont là spontanés, descendus de l’instinct animal, besoin primaire que personne ne pourra plus jamais nous retirer. 
  • 22.4.19

Pas vraiment

On se reproche des choses
qui n’existent pas vraiment.

On suppose des choses
qui n’existent pas vraiment.

On dit des choses
qui n’existent pas vraiment.

On pense des choses
qui n’existent pas vraiment.

On finit des choses
qui n’existent pas vraiment.

On cherche des choses
qui n’existent pas vraiment.

On écrit des choses
qui n’existent pas vraiment.

On subit des choses
qui n’existent pas vraiment.

En définitive, on sait qu’ici
on n’existe pas vraiment.

17h03 #AuBureau
  • 19.4.19

Rebelles

Aussi bien que moi,
ma collègue de gauche
et mon collègue de droite

savons que nous avons
en commun cette colère
rebelle sur les tâches ratées,

que nos petites frustrations
enfouies sous nos enfances
ne nous quittent jamais

mais, nous n’en dirons rien
trop occupés que nous sommes
à jouer aux adultes responsables.

15h08 #AuBureau
  • 18.4.19

Soupirs

Entre écrans et claviers
passent quelque soupirs,

songe du jour
qui prépare la nuit.

ou

agacement d’un rien
qui détoure les tensions.

Rien ne dit vraiment
ce qui se trame dans nos têtes.

Souffler est un effacement.

17h55 - #AuBureau
  • 17.4.19

Voilà tout

Il fait gris aujourd’hui
autour des bureaux.

Une odeur d’encre
sort des imprimantes
et se mélange à celle
d’un printemps bancal
qu’on aperçoit à peine
à travers nos vitres sales.

Il fait gris aujourd’hui
autour des bureaux.

Et ce gris nous tire
sa moue graisseuse
dont personne n’a envie
de connaître la source
même si on le sait tous :
c’est lundi, voilà tout.

18h12 #AuBureau
  • 15.4.19

Tout amour bu

On verra

tomber
les fruits des arbres
sans que rien
ne les remplace,

s’allonger
la crête des montagnes
pour découvrir
un ciel noir infini.

On verra

disparaître
tous les crépuscules
pour laisser place
aux cendres du monde,

s’étourdir
la stridulation des cigales
évanouie de notre souvenir
comme un mensonge d’enfant.

On verra

défaillir
les plus beaux chants
étouffés par le silence
parcourant les plaines,

mourir
les grands feux de joie
dans les clairières
envahies d’herbes hautes.

On verra

tout ça
et bien plus encore
quand nos étés finissant
tout amour aura été bu.
  • 13.4.19

Aucun son n'en sortira vainqueur

On entend
les murmures
sous le tintement
des téléphones

Des voix graves
qui se battent
avec les plus aiguës
— aucun son n’en sortira vainqueur.

C’est le moment de l’abandon,
l’heure de laisser flotter
les pensées trop vives.

Dans le bourdonnement,
le temps de réinventer
quelque rêve.

15h16 #AuBureau
  • 12.4.19

Proactivité

Il serait bon que
vous soyez proactif.

(c’est-à-dire ?)

Que vous anticipiez
vos réactions pour
être plus efficaces.

(sourires comme pleurs ?)

C’est validé, n’ayez crainte
de prendre les devants

et si vous échouez
nous couvrirons vos arrières.

(ou pas)

16h44 #AuBureau
  • 11.4.19

Un peu de sel

On reçoit
des notes internes,
informations pour tous.

Histoires pauvres
vendues comme
fortes valeurs ajoutées

Parfois, on aimerait
se les arranger
avec une pincée de folie.

Un peu de sel,
un peu de soi
un rien de poésie.

18h25 #AuBureau
  • 10.4.19

Gestion des aléas

Les paysages s’effondrent
sous un ciel menaçant.

Mutations,
regroupements,
transferts,
mutualisation,
gestion des aléas.

Le langage écrase
à chercher des synonymes

pour dire la bienveillance
à ceux qui n’y croient plus.

16h07 #AuBureau
  • 9.4.19

Minimum retraite

On compte
nos chances de survie

comme on compte
nos points retraite.

On cherche
un minimum jeunesse.

Selon nos indices,
le sable ou la pierre.

15h28 #AuBureau
  • 8.4.19

Junkie

La rue est une junkie. Elle se traîne souvent parterre les soirs de mauvais voyage, snifant les restes de vapeur d’un pot d’échappement. La rue rampe et erre sans fin à la recherche de sa dope. Élevée depuis son jeune âge aux particules fines, elle guette, à chacun de ses coins, le dealer motorisé qui lui fournira sa dose pour la journée ou parfois même que pour une seule heure, quand elle a la malchance de ne trouver sur sa route qu’un de ces nouveaux véhicules hybrides équipés de filtres et gavés d’électricité.
La rue n’est qu’une pauvre droguée. Elle cherche notre énergie fossile comme un chien truffier sa perle. Les murs sont badigeonnés de son haleine carbonée, de son crack qu’elle s’injecte en intra-venelles.
Et nous, on ne voit rien. On continue à l’alimenter jour et nuit. Et lorsque, parfois, on aperçoit son corps endormi, soumis aux soubresauts du manque, on passe notre chemin en appuyant sur l’accélérateur.
  • 6.4.19

La boîte à messages

On aimerait
comprendre
la boîte à messages,

ces mots en copie
cachée
qui ne nous concernent pas,

savoir qui se tait
derrière ces formules :

merci pour votre retour,
bien à vous,
très cordialement.

On aimerait répondre
bisous à toi
mais on n’ose pas.

15h40 #AuBureau
  • 5.4.19

Ronde

Autour des bureaux,
des hommes debout.

Des marcheurs
qui braillent
au bord des sourires,

libres et fiers
de leur position.

Chefs,
petits chefs,
sous-chefs,

ronde des ordres,
          des supervisions,
          des egos,

nous toisent,
nous : les assis
exécutants aveugles.

16h28 #AuBureau
  • 4.4.19

Miroir

On regarde plus l’écran
qu’on ne se regarde.

Miroir de toutes nos craintes,
nouveau sable pour l’autruche.

Parfois on lève la tête,
les yeux rougis par la honte.

Animaux pris dans les phares,
on ne pense plus qu’à nos terriers.

18h40 #AuBureau


  • 3.4.19

Ambitions

On sait nos ambitions
plongées dans du formol.

Bocaux dans nos esprits
où flottent de doux cadavres.

On sait là le souvenir ronger
les derniers os du rêve.

16h10 #AuBureau
  • 2.4.19

L'alerte

Près de nous
les quais de béton
où les trains crissent.

Plus loin,
les annonces en gare
par la voix d’un robot.

Entre deux,
l’attente d’une alerte
qui nous dira quoi écrire.

18h15 #AuBureau
  • 1.4.19

Typex

Tu rehausses un peu le miroir
pour te voir plus haut,

pour oublier le trop long
des années de rides.

Tu effaces au Typex, qu’il reste
un peu de blanc sur le manque,

puis reprises maille
par maille le tissu des rêves.
  • 31.3.19

Grand barnum

Ce matin, la rue pareille à celle d’hier. Aplats d’ombres et de lumières, bruits et scènes se répétant ab libitum. Dans ce grand barnum, une gomme géante efface des silhouettes tandis qu’une main en réinscrit d’autres dans le même jeu.  Apparition, disparition. Nous ne sommes dans la rue que des comédiens évanescents évoluant entre la vie et la mort. Un corps en remplace un autre dans la danse macabre des jours.
Une nuit, peut-être, tout disparaîtra. Une nuit, peut-être, tout a déjà a disparu. Ce que l’on voit aujourd’hui de la rue n’est probablement qu’une copie d’une ancienne rue disparue. Ombres et lumières d’une fiction. Acteurs, actrices sur les trottoirs d’une comédie noire. Seul le décor persiste, immuable densité dans l’air que chacun badigeonne de ses couleurs. 

  • 31.3.19

Si peu

Discussion impromptue
entre deux bureaux.

De celles dont personne
ne retient le contenu

Paroles vides échangées
pour tendre le lien social.

Que l’on relâche vite
fatigués de si peu à dire.

16h56 #AuBureau
  • 29.3.19

Ennui flagrant

On aurait vite fait
de confondre
notre ennui
avec de la paresse

s’il n’était flagrant
que nos tâches
mal réparties
creusaient des trous

si profonds
dans nos envies
que plus personne
ne pouvait remonter.

14h30 #AuBureau
  • 28.3.19

Trois fois huit

Les jours défilent,
mercredi tient son rang.

Sans trop y croire,
car ici la semaine n’existe pas.

Nos présences, une à une,
défilent sans aspérités.

Trois fois huit, l’horloge
servile ne se plaint jamais.

18h05 #AuBureau
  • 27.3.19

Bâillements

Milieu d’après-midi
autour d’un café noir.

Certains touillent,
les yeux par la fenêtre.

D’autres étendent
leurs jambes sous les bureaux.

Beaucoup tuent l’ennui
par des bâillements chroniques.

Le jour taille du sombre
dans une matière molle.

16h45 - #AuBureau
  • 26.3.19

Issue

Les ombres grimpent sur le mur
tandis que le couloir s’allume.

Les néons ronronnent
comme des tue-mouches.

Des pas pressés sur le lino
couvrent des petites morts.

Face à nous, les écrans bleus
cherchent une issue possible.

17h00 #AuBureau
  • 25.3.19

Les rumeurs

La rue traîne des rumeurs. L’une sur l’autre, s’empilent les mauvaises paroles. Si on observe bien, depuis les trottoirs, on peut voir une brume épaisse divaguer. Une brume de mots vils mêlés, de verbes hauts et au travers, on distingue à peine les hommes et les femmes mutilés par les rumeurs de la rue. 
On serait tentés de ne pas voir. De passer à côté, absents. D’oublier les rumeurs une fois qu’elles sont passées par les gueuloirs, périmées et remplacées par des rumeurs nouvelles. Mais la rue en garde le souvenir indéfiniment, jusque dans ses entrailles : rumeurs vieilles pourrissant dans les boyaux d’autres. Et ainsi de suite. Vases communicants, les unes sur les autres qui s’enfantent.
  • 24.3.19