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Jour 5-6 – Lacanau, Saintes, Nantes, Orléans, Paris #roadtrip #TFV #LesVisages

La pluie fine à Lacanau Océan dès le réveil, un dix-huit degrés qui réveille et une nuit seul à apprécier les rencontres passées ces quatre premiers jours. De l’émotion aussi à la lecture du billet de Dominique Boudou. Elle me tire au matin un sourire avec quelques sanglots dans la gorge quand je relis les mots bienveillants de cet auteur qui me touche tant. Je remballe ma sensibilité dans la trousse de toilettes et reprends la route à treize heures après avoir pris quelques embruns d’océan près du Kayok, restaurant surplombant la plage. 
Arrivée à Saintes en milieu d’après-midi où je rejoins Rose dans son charmant appartement lumineux. Un café et la discussion s’anime, légère et insouciante. Au mur, une photo de mains en noir et blanc attire mon oeil. Un artiste que connaît bien Rose, de ces artistes d’un autre temps, amis des stars des années cinquante et soixante. Rose me parle avec émotion de Gérald Bloncourt, me montre ses livres de photos, me dit combien l’amitié de ce désormais vieux monsieur compte pour elle. Comme moi, elle semble (re)découvrir ces années-là par des clichés surannés. Cette mémoire en noir et blanc, ces personnages célèbres ou anonymes qui par le talent du metteur en boîte argentique, nous font revivre des instants magiques. Nous n’éviterons pas le sujet qui la touche en ce moment, au plus près de son intimité. La maladie doit être un sujet dont on parle, avec simplicité et sans emphase. Elle m’écrira quelques heures plus tard qu’elle m’a trouvé les traits tirés, fatigué. Que dire de cette bienveillance quand on sait ce qu’elle a traversé et traverse encore. Rien mais avec plein de cœurs enrobés de rhubarbe. 

Fin de soirée sur la route, j’ai des crampes au mollet droit comme un sportif qui ne se serait pas assez échauffé. Pourtant je suis chaud, bouillonnant de bonheur mais aussi empli de l’intime que les visages et leur histoire me laissent dans tout le corps. J’arrive au Pallet près de Nantes vers  vingt-et-une heures. Pas besoin de sonner à la porte, deux molosses au jappement affolé se chargent d’annoncer mon arrivée. Jany vient m’ouvrir et parque les chiens dans son salon pour éviter qu’ils ne me bouffent. Je ne le montre pas mais les crocs pointus et pointés vers moi me flanquent une trouille qui me sort rapidement de la léthargie de la route. 
Les chiens me sentent partout, lèchent mes mains et nous faisons connaissance tranquillement. Très vite, ils m’acceptent comme Jany et Jean-Michel qui à coup de Grinbergen et de Muscadet brisent une glace qui n’a même pas eu le temps de prendre. Nous devisons sur nos vies, nos parcours professionnels et rapidement la Bretagne s’invite à notre table. Par la grand-mère bigoudène dont la présence est palpable dans leurs têtes comme dans leurs cœurs. Elle s’invite à notre table par l’entremise d’une photo que va chercher Jany dans, j’imagine, sa chambre à coucher. Elle me montre cette vieille dame qui me rappelle ma Mamé Marie. Même posture droite et même austérité qu’un sourire ouvert contredit. Elle passera le restant de la soirée avec nous comme une vigie, un aïeul en veille. Les verres de muscadet s’enfilent dans les gosiers et en guise d’entrée un bol de bigorneaux vient faire de l’oeil à la grand-mère. Je suis d’une maladresse grotesque pour dépiauter ces bestiaux, ce qui provoque l’alacrité et la moquerie de Jany. Une photo publiée sur facebook se chargera d’immortaliser cet instant de communion dans le rire. Nous nous couchons très tard, après une tisane somnifère qui me fera embrasser Morphée du bout de lèvres sans que je n’en goûte le plaisir. 
Merci Jean-Michel http://almacorda.com/ (joueur de mandoline qui fera l'objet certainement d'un billet, plus tard)

Après un réveil difficile et une matinée douce à papoter avec Jany de son écriture et de son recueil (Avec dessus dessous chez Gros Textes), je taille la route vers Nantes à la rencontre d’Anne. Nous déjeunons à la cantine du voyage (ça ne s’invente pas !) en échangeant nos vies comme une balle dans une partie de tennis. Le temps compressé qui m’est imposé par ce périple fou nous pousse à la synthèse et par là-même à l’important. Je fais à nouveau un plein de vie entre une bière et une cuisse de poulet. Je raccompagne Anne sur le quai des Antilles sur l’île de Nantes, l’aide à mettre son sac lourd d’une unité centrale d’ordinateur qu’elle vient d’acheter et la regarde s’enfuir à vélo à un train d’enfer. 

Il est quinze heures et j’ai encore prés de quatre heures de route à faire pour rejoindre Orléans et Michel Brosseau. J’essaie de l’appeler deux ou trois fois mais je n’arrive pas à le joindre. Un instant, je pense à l’incertitude de la nuit à venir. Il m’a oublié, peut-être. Je devrais réserver un hôtel au cas où il me ferait faux bond. Puis je m’aperçois que le numéro que m’a donné Michel est un numéro de téléphone fixe et qu’il n’est certainement et tout simplement pas chez lui. Je prends la route vers lui en me disant que je rappellerai en début de soirée, heure où tout un chacun rentre chez lui. 
L’autoroute est longue et je m’arrête fréquemment. J’essaie d’imposer de la lenteur à l’autoroute mais elle n’en fait qu’à sa tête en me poussant toujours plus loin, en m’empressant de quitter chaque lieu que je voudrai investir. J’arrive néanmoins à lire Cortazar et Dunlop sur une aire de repos et j’entrouvre des portes passerelles avec ma fafnerito, petite sœur de fafner le combi Volkswagen avec lequel Julio et Carol ont traversé de long et surtout en large l’autoroute qui mène de Paris à Marseille. Je suis un autonaute plus de trente après le périple de la cosmoroute et cette lecture me ravit. Au revers d’une page, Cortazar tente de sortir de l’aire, de ce lieu fermé sans autre issue que le sens de la route. Il y parvient mais à pied et il évoque la transgression enfantine, celle là-même que je sens en moi depuis le début du voyage. Une maison fermière au bout de mon aire invite à cette même infraction : la rejoindre en enjambant les petites haies d’arbustes malades de la pollution est chose facile. Ce sont les seules barrières entre ce lieu soi-disant clos et moi. Je ne le ferai pas, je préfère que ce soit plus tard, plus loin sur une autre aire quand Julio et Carol décideront de m’y inviter.

Vingt heures trente et j’entre dans St Jean de Braye. La voix féminine du GPS est poussive à moins que ce ne soit mes oreilles qui ne supportent plus cette parole lancinante sans aucune modulation de fatigue. J’aimerais parfois qu’elle épouse mon état du moment, ma plénitude comme ma lassitude. Je me gare dans la rue de Michel. Je chercher le 82 mais il n’existe pas. Je saute du 80 au 84, laissant le 82 dans un trou noir. J’appelle au secours avant de tomber dans une faille temporelle et, Ô miracle, Michel apparaît pour combler la numération manquante et le vide qui commençaient à s’emparer de ma tête. J’entre et fait connaissance des lieux et d’Isabelle, sa compagne. Je reconnais Michel comme un des miens, un de ses taiseux qui timidement se font à l’autre et à la parole. La soirée passe à une vitesse vertigineuse si bien que je décroche un bâillement gênant à minuit passée pensant être un inconvenant invité qui affiche sa lassitude dès l’apéritif. De la musique, des disques vinyle, de la littérature qui se fait et l’évocation touchante de la rencontre de Michel avec Julien Gracq, tout cela et encore plus nous mènent jusqu’au repas fait de bonne barbaque bienvenue et, la nuit déjà bien allongée, je me couche avec elle dans un esprit remué d’amitié.  
Le lendemain, nous passons un moment agréable et bucolique au bord de la Loire. Isabelle nous observe comme des écrivains que Michel et moi ne voulons pas être. Elle s’interroge sur nos humilités renversées, sur le « taire » de nos travaux respectifs. Nous évoquons une nouvelle fois la mémoire, le souvenir que le lieu distille dans les frondaisons et sur le souffle sourd qui balaye les herbes hautes. Revenus chez Michel, il m’offre son livre Entre-deux édité chez La Gidouille tandis qu’Isabelle me montre un de ses dessins-portraits d’hommes noirs aux lèvres gonflés et parfaitement réussies. Je suis touché par le cadeau et par le talent caché d’Isabelle. Je prends congés vers treize heures. J’ai envie d’écrire et de rejoindre Julio et Carol dans leur aire de repos.
Merci Michel et Isabelle. http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/spip/

Je roule vite, trop vite. Je suis pressé de me poser, pressé d’écrire de peur d’oublier l’essentiel. J’ai faim aussi. Je m’arrête à la première aire. Elle est bondée de gens qui zigzaguent dans tous les sens. Ça me donne le vertige. Je fais la queue une vingtaine de minutes pour un pauvre sandwich et une bouteille d’eau. Je n’ai qu’une hâte : sortir de ce bouillon de gens trop bavards, trop touristes. La prochaine aire sera la bonne. De ces aires sans aucun commerce, simplement le nécessaire, des toilettes et des bancs sous les pins. Je suis bien et m’installe à une table en pierre pour déjeuner et écrire. C’est sans compter sur une intruse qui, alléchée par la mayonnaise, s’est planquée dans mon sandwich pour sortir juste au moment où je croque dedans. Piqure d’abeille ou de guêpe - je ne sais - à l’intérieur de la lèvre et gonflement instantané m’ont obligé à quitter l’autoroute pour gagner la pharmacie la plus proche à Artenay.  Un antistaminique et un relent d’hypocondrie plus tard, je reprends la route vers Montreuil et Christophe Grossi, frustré de ne pas avoir écrit. 

J’arrive chez Christophe vers dix-sept heures, la lèvre en dégonflement et un léger mal au ventre. Il me trouve fatigué par la voix qui l’appelle au téléphone pour chercher son chemin. Je le suis, fatigué, mais heureux de revoir Christophe trois ans après notre première rencontre lors de l’édition du salon du livre de Paris. Christophe et Christophe réunis. Souvent je pense à lui comme à un frère d’écriture et bien que nos inspirations soient différentes, avec lui aussi, est présent ce qui nous lie : l’impérieux besoin de saisir les strates du temps et de la mémoire. Il a désormais la même barbe blanche que moi bien qu’elle soit mieux coupée. Ma coquetterie est jalouse. Je le trouve agenouillé derrière sa fille à lui faire de petites couettes et un chignon d’amour dans les cheveux. Ils sont émouvants tous les deux, là, à toucher l’infra-ordinaire comme le nomme Christophe. Christophe est beau jusque dans ses gestes et ses paroles qu’il me distille avec douceur. Nous sortons au parc près de chez lui, ce même parc où il va tous les jours avec sa fille et dans lequel il cueille des instantanés postés sur Instagram. C’est sa matière à écrire, sa pâte à dire. Il reprend régulièrement ces clichés ordinaires, sous-ordinaires, pour les publier sur son site deboitements.net mais avec un an voire un an et demi de décalage pour rapport à la capture initiale. Ce que donne à voir Christophe pour lui et le lecteur forme un kaléidoscope du temps qui s’écoule dans le sous-bassement de nos vies. 
En fin de journée, nous retrouvons Catherine, sa compagne, tout sourire, parisienne enjouée que je suis ravi de rencontrer. Je mesure l’accueil car je sais pour Christophe l’intime précieux et à préserver. Après un Tchaooo tonitruant du petit bout qui rythme leur vie, le rosé s’impose en pourvoyeur des langues et précède le dos de cabillaud savoureux. La soirée coule dans nos têtes aussi bien que le vin en partage amical. Les évocations sont nombreuses, la date importante, à la croisée des chemins entre Christophe et Christophe. Nous voyons des signes, la fin de de son congés parental, son départ précipité le lendemain vers Strasbourg, son roadtrip conté dans Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde sorti chez Publie.net en 2011. http://deboitements.net/spip.php?article17
Le lien avec Christophe se conforte plus que jamais et pour clore cette première semaine, il ne pouvait être que lui.
Merci Christophe, Catherine et Bianca.

01/08 11h00 – Je suis attablé à un bistrot face à la place de la Bastille. C’est bruyant mais il est fait doux. J’ai trop bu de café et trop fumé. Mathilde Roux me rejoindra cet après-midi j’irai dormir ce soir chez Astrid. Beaucoup de gens à voir sur Paris. Le tour continue… 

  

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Jour 3-4 – Mézin, Bordeaux, Bruges, Lacanau #roadtrip #TFV #LesVisages

Dimanche 26/7 en fin de journée, j’entre dans Mézin, petit village où seules les voitures stationnées dans les rues étroites attestent de la présence de vies planquées derrière les rideaux. Je toque au 19 sur une petite porte en bois. Un grand et longiligne garçon, cheveu brun et petite barbiche, me décoche un grand sourire. William Mathieu m’accueille dans son atelier de peintre. Odeur de gouache dans le foutraque de ses peintures, des tableaux partout sur des étagères et sur les murs des mots en liste qui prouvent qu’à l’étage se trouve une écrivaine. Marianne dévale les escaliers et l’ouverture entre nous trois s’opèrent naturellement. Une soirée de discussions, de sourires et de plaisir végétarien (j’ai cherché la barbaque pour mordre mon plaisir d’être ici mais en vain), une visite nocturne pour voir l’installation de William dans une église désacralisée – un choc artistique entre l’architecture du XIIe ou XIIIe siècle et l’art contemporain dispensé par William, un art en mouvance empli de questionnement et de rêveries - puis une nuit dans l’atelier à capturer dans ma boîte à mémoire les portraits peints par William, des auteurs invités au dernier festival organisé par Marianne : Muriéle, Jean-Jacques, Marlène et les autres, des visages connus ou à connaître. A côte de moi comme un gardien du temple, gribouille le chat prend possession de mon sac de voyage et s’endort avec moi. Le lendemain matin tôt, je sors seul et j’arpente Mézin et ses tocsins matinaux. Le village désert est apaisant, propice au vagabondage, je me perds dans les ruelles entre la place de l’hôtel de ville, une bibliothèque aux allures de supérette et un café concert aux portes barricadées comme si ce lieu à tapages n’avait pas résisté à la quiétude du lieu.
pour votre accueil chaleureux.

Lundi 27/7 et la route qui défile dans le Lot-et-Garonne pour se payer l’aquitaine après une poignée de kilomètres. L’autoroute bruyante me crée un chaud-froid, contraste avec les ruelles posées de Mézin. Je suis alangui dans la voiture et glisse tranquillement, fenêtres fermées, Clementine dans les oreilles me rassure tandis que Chet baker lui fait écho par intermittence comme pour lui dire et - je souris – peut-être me dire à moi aussi : vas-y mon gars, continue ! Sur la première aire d’autoroute, je m’arrête pour déjeuner et incroyable hasard ou est-ce un autre un autre coup du destin, je croise une ancienne collègue de travail, chère à mon cœur. Dix ans de vie à se raconter ne tiennent pas sur une aire d’autoroute et malgré la discussion convenue, nous échangeons nos nouveaux numéros avant une accolade affable et trois bises appuyées.
Bordeaux pointe ses panneaux routiers bleu et blanc sur le bord de la route et bientôt les signalisations deviennent marrons encadrés de blanc et se parent de bouteilles de vins rouges stylisées. Le pays rêvé de Bacchus m’accueille en grande pompe, ville chauffée au rouge et architecture tape à l’oeil. Le GPS lui aussi surchauffe et la voix féminine qui m’accompagne depuis le début du périple bégaye, se marche sur les phonèmes, balbutie des noms de rues incompréhensibles mais tant bien que mal j’arrive chez Edith. Un petit couloir m’amène dans son refuge et à nouveau les sourires inondent les visages et délient les langues. Sur sa terrasse, ça cause littérature, cinéma. Ça suinte de nos vies entremêlées, de nos failles et de nos escarmouches, et tout ce qu’on ne dit pas transpire de deux chopes de bières. On est bien, on s’intensifie sous un léger soleil alors qu’un papillon aux ailes malades vient me percuter le visage. Comme apprivoisé il s’invite à notre table, donne une poésie particulière à cette rencontre. Une heure trop courte nous dépasse et je laisse Edith à ses obligations en promettant que la prochaine fois on ne laisserait pas notre discussion se faire couper les ailes par le temps.

Je m’arrête boire un Perrier citron au Napoléon III près de l’hôtel de 4 sœurs où l’hiver fut romantique. J’écrase le souvenir dans un cendrier et tape un rapide SMS pour prévenir Christine de mon arrivée.
Bruges en fin d’après-midi, une belle femme longiligne, cheveux poivre et sel bouffants, me raccorde au sourire permanent qui longe le parcours depuis le début. Dans sa maison aux souvenirs, Christine me loge comme un invité de prestige. Tout un appartement au rez-de-chaussée rien que pour moi. Chaque pièce emporte ma tête dans un autre temps, son temps à elle et les réminiscences miennes. D’emblée la discussion est large, les centres d’intérêts littéraires mais aussi autres s’impriment sur nos visages, des palimpsestes modernes où les émotions n’enfilent pas des perles mais les manipulent en experts humbles de la matière qui nous déborde. Autour d’un rafraîchissement, nous évoquons les âmes chères qui plus tard nous rejoindront. La première que nous allons cueillir dans son refuge et fidèle au visage qui occupait mon esprit durant toutes ces années cybernétiques. Son écriture en filigrane planquée sous ses cheveux en bataille me fait battre le corps. Je ne montre pas mon admiration, elle serait convenue et midinette mais mon cœur et ma tête tombent dans un univers surréaliste. Dominique dodeline avec une humilité qui me tirerait des larmes si j’abandonnais mon corps aux sentiments qui m’assaillent. Je coupe ici le flux des mots, me laisse porter par Christine en chef d’orchestre. J’écoute, j’observe, me remplis de cet instant tous les trois réunis dans sa petite voiture où la découverte de nos visages fait le plein de nos inconnus comme de nos disparus. La soirée s’installe, le haut-médoc se hume, le whisky sorti de la mémoire fraiche se déguste. La discussion à la fois légère et profonde, l’écoute bienveillante et les paroles douces, les stries du temps sur les visages, la culture simple et accessible, l’alacrité déliée, tout cela me ravit et renvoie dans les cordes tout ce que j’avais mis d’incongru, de folie, d’impossible dans ce voyage. Nous sommes rejoints par Brigitte, qui trouve sur nos visages l’apaisement nécessaire à la fin de sa journée mouvementée. Elle s’intègre à notre groupe comme si elle avait été avec nous depuis le début. Une évidence de plus quand je m’attarde sur les corps de Dominique et Brigitte assis côte à côte. Une évidence du lien, solide et jonché de péripéties qui fusionnent. Malgré leur différence d’apparence, ils sont là devant moi à deviser, en écoute, en accueil. Nous passons à table. Dans la salle à manger chargée de mémoire, nous savons qu’un convive de plus s’est assis à notre table. Nous n’en parlerons pas, ce sont des choses qui se passent de mots. Le repas et les échanges sont divins et élégants. Je suis sur un nuage sans savoir si c’est vraiment moi assis à cette table ou un ersatz de moi, un double sorti de mon corps.  Un coup de téléphone de mes enfants surexcités en milieu de soirée me rassurera sur la réalité qui se déroule sous mes yeux. Ils me questionneront sur ce qui se passe, sur ce que je fais et je serai incapable de leur dire tant les mots articulés sont pauvres pour exprimer ce que je vis.  L’heure tardive et les bâillements de Dominique apporteront la nuit à mes yeux. Un dernier verre de whisky madérisé et hors d’âge avec Christine alanguis sur son canapé et c’est un plein d’émotions exacerbé par l’alcool qui me traverse mais la fatigue l’emporte loin de toute évocation intellectuelle. Je regagne mon appartement d’invité, touche à chaque pas la mémoire en stèle. Je suis extrêmement touché et je prends quelques photos pour ne jamais oublier.  Je m’endors dans des draps souples, sur un lit tout aussi hors d’âge que le breuvage bu quelques minutes plus tôt. Je suis dans le présent comme dans le souvenir, un entre-deux, un passage en paix.
7h30 le lendemain, 28/07, la matinée est tout aussi dense que la veille, le tête-à-tête avec Christine est d’une richesse extraordinaire et nous amène à tomber quelques masques, le voile est levé, l’amitié posée sur la table, nous tournons autour heureux de nous. Avec la collation pour midi faite des restes de la veille, c’est comme si Brigitte et Dominique nous rejoignaient. Une nouvelle fois, perdus dans nos paroles, le temps nous rattrape. Déjà 13h30, l’heure de rejoindre Vincent en ville.

Retour au Napoléon III, l’attente est agréable, je feuillette Cortazar puis Anna de Sandre m’emporte en poésie avec le vent qui sèche mon émotion. Puis Vincent apparaît, gaillard solide, tête ronde et fatiguée. Je le regarde comme si je le connaissais depuis toujours. Je m’émerveille de cette proximité soudaine alors que, comme pour tous les autres, ce visage il y a quelques minutes m’était totalement inconnu. Les titres de recueil, les auteurs, les évocations, les vers libres et décousus que nous échangeons s’échappent et montent au ciel comme des signaux de fumées. Ça se tend dans les dendrites, ça secoue les corps dans l’immobilité apparente de nos membres, ça mixe des mots dans ma bouche pour atteindre à nouveau le trop plein à dire. Je sens en Vincent la même adrénaline l’assaillir et l’envie de bouger cette incandescence nous pousse à marcher dans la ville, à aller cueillir ce que nous fait lien. La librairie olympique sera le lieu de l’apaisement. Nous tairons tout ce qui nous bouscule dans le rayon poésie. Chaque livre fait sens, chaque couverture est une ouverture. Chaque titre, chaque écrivain nous rassemblent, créent la passerelle entre nous et le garde-fou pour nous préserver ensemble encore un peu plus. Encore prolonger ce moment semble être cause commune. Après la culture en bouillon et au delà de toute littérature, les ombres de nos disparus feront à nouveau sens. Le travail de la mémoire, l’exigence du souvenir installe dans nos corps une omniprésence sans lourdeur ni pathos et forment dans nos ventres un ciment d’amitié à prise rapide.
Je quitte Vincent avec l’envie de l’embrasser quand il me dit qu’il ne veut pas me laisser partir. L’abandon était à nos bouches.
Merci Vincent :

29/07 11h15, je me suis réfugié dans un hôtel à Lacanau océan pour digérer ces intenses quatre premiers jours et embrasser les embruns. Je suis rincé par une pluie fine et une émotion intense affleure à mes yeux. Je suis sorti de mon corps, cette prison qui s’entrouvre.
(prochaines étapes : Saintes avec Rose et Nantes avec Jany)


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Jour 2 –Toulouse, Montauban, Mézin #roadtrip #TFV #LesVisages

Hier 25/07 la journée comme une course de vitesse, voir des visages une à deux heures et repartir entre bonheur, chaleur et frustration de ne pas pouvoir profiter davantage de ces personnages qui se cachent derrière des paires d’yeux, des bouches en mouvement et des cheveux hirsutes qui appellent à l’anarchie.

Danièle Carles et son Marseillan d’adoption, sa vie dans sa petite maison qui ne veut pas se ranger, sa passion dans la voix, la voix d’une latiniste, la voix et le regard de l’adrénaline pour versifier Horace dans l’hexamètre ou l’alexandrin. Petit bout de femme d’un mètre cinquante qui sous le buisson gris abrite un grand cœur. Merci Danièle.

Isabelle Pariente-Butterlin en vacances à Pamiers, sa maison aux volets rouges, son mari, son amie et deux fillettes bondissantes qui jouent à la marchande dans le bar à lapins. Deux bières consommées et je n’ai même pas réglé la note aux barmaids. Isabelle et sa voix à la fois douce et profonde, sa présence aux côtés de ses aieux dans cette maison aux mille souvenirs, aux sols intacts épargnés par le temps, aux bois craquants des antres d’antan et à la présence, jusque dans les gestes, de la mémoire comme raison de vivre. Merci Isabelle.

Jean-Jacques Marimbert à Toulouse, assis à la table du Sylène, à boire une puis deux bières pour patienter, m’attendre, moi et mes deux heures de retard. Petites lunettes rondes au nez d’un bel homme. La prise est immédiate quand sur la table glisse un exemplaire de Gestes de Yannick Ritsos, les éditeurs français réunis. Sur la première page, un tampon et une dédicace qui nous transportent tous les deux de la table du bistro vers une émotion à nous mouiller les yeux. Pierre Autin-Grenier, Monsieur PAG ! Merci JJ.



Murièle Modély à Toulouse m’attend depuis presque trois heures. Je la retrouve au milieu de ses amis dans une résidence éco-citoyenne, un dédale de passerelles en bois relie les appartements et dans le jardin, une vingtaine de convives festoie. Je suis là comme un flan flétri par la route. Point de Murièle mais personne ne me remarque. Je cherche Murièle, je cherche une noire, je me dis ça, je cherche une noire, ce devrait être facile à trouver. Et cette pensée me dérange. Et ce dérangement me dérange. Puis elle apparaît femme rayonnante autour d’un sourire qui remplit l’espace. Bonheur de l’embrasser et de la serrer. Son mari tout aussi affable sous ces allures d’ours imposant m’appelle Robert. Je l’aime déjà. Une nuit de repos nécessaire et une matinée à blaguer de nos vies et de nos littératures enchanteresses. Merci Mu.

26/7 : Youssef Guennad à Montauban m’attend à la gare. Lunettes et chemise noire sous l’abribus. Un geste de la main quand il m’aperçoit. Il m’attend depuis une heure. On s’embrasse, on s’enlace comme de vieux potes de régiment. Il y a bien longtemps qu’entre nous le courant est passé. Maintenant, il est continu, ça circule. Nous marchons dans la ville, charmante ville calme et reposante. Nos vies en miroirs à la terrasse d’un café. Un repas au Garden Ice près de la préfecture. Il fait bon, un petit air nous caresse et nos mots sont chargés de nous. Merci Youssef.

17h45 – J’écris ces quelques mots depuis une aire d’autoroute. Je reprends la route vers Mézin, vers Marianne Desroziers, écrivaine et foisonnante de littérature (revue l’Ampoule, revue Maarges, Mézin fête les écrivains et j’en passe…)




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Jour 1 – Marseillan, Pamiers, Toulouse #roadtrip #TFV #LesVisages

Départ ce matin 25 juillet, direction Marseillan où je vais trouver le premier visage, Danièle Carlès, latiniste traductrice qui officie sur http://fonsbandusiae.fr, Danièle qui j’espère ne me fera pas perdre ma langue ni mon latin qui de toute façon ne m’a jamais abordé.

Puis direction Pamiers où j’aurai le plaisir de rencontrer le visage d’Isabelle Pariente-Butterlin tout au bord des mondes (http://www.auxbordsdesmondes.fr/) comme d’habitude.

En début d’après-midi, je regagnerai l’autoroute pour filer vers Toulouse où m’attendent plusieurs visages aux traits hétérogènes.

Murièle Modély, plaisir de lui dire enfin : je te vois (http://www.lacauselitteraire.fr/je-te-vois-muriele-modely).

Jean-Jacques Marimbert planqué dans son aquarium (https://www.youtube.com/watch?v=WALdjNvpsQE) sur la terrasse ombragée du Sylène un demi bien frais posé à côté d’un Ritsos.

Au conditionnel, entrevoir la rafraîchissante Anna de Sandre pour qu’en guise de glaçon dans mon apéro,elle me fasse mordre la neige.
(http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.fr/2015/06/mordre-la-neige-danna-de-sandre.html)

Et, toujours avec un peut-être, voir enfin le visage de « l’apaisante » Frédérique Martin qui, malgré la chaleur, conviendra avec moi de ne point laisser mourir dans ce vase cette verveine tranquillisante (http://www.frederiquemartin.fr/le-vase-ou-meurt-cette-verveine/)

La journée se terminera avec Murièle, invité (incrusté) chez une amie à elle inconnue et japonaise pour fêter son quarantième anniversaire.

Comme dirait mon poème (poke Vesna), ENJOY !





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Au front

J’essuie le front, mon front de ridules. Je me balance autour de mon nombril, je tourne dans le sens des aiguilles d’une montre parce que pas le choix, c’est ainsi que ça avance. Centre de gravité pour une drôle de vie, ancré au stigmate de la naissance, je gravite des pieds à la tête dans un cercle parfait d’un mètre soixante-seize de diamètre ; soit finalement un tout petit rayon, une petite vue, une étroitesse repliée sur moi-même.

Je suis le front, fronton des pensées blanches comme des noires. Pas de limites au foisonnement intérieur : un coupe-gorge pour les jours acides, un bouge glauque où l’on joue de la soul avec ma glotte ou un palace à enseigne claquante pour les nuits joyeuses où l’on croiserait Ginger Rogers me prenant la main, une tape sur le front pour jouer des claquettes.

Je suis au front, à l’âge des raisons que je concatène en déraison. Le jeu en vaut que peu de rondelles, de cuir ou de cuivre. L’argent en feu follet dans ma tête s’échappe par les pores et je me tourne à vos fronts, agrandissant le cercle avec parcimonie. Je sors de ma tête un jiminy cricket à ressort, un hurluberlu à paillettes qui veut toucher vos corps, accéder au sourire de vos visages, au front de vos pensées.


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