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Vue de sa fenêtre

29 août 8h20
Une petite natte blonde sur balcon en fer forgé usé. Sous la natte, une jeune femme aux traits tirés étend son linge. Le bleu dans ses yeux comme la serviette indigo sont lourds de la nuit. Elle a dû tourner dans des tambours. Si jeune et déjà essorée.
Elle apparaît puis disparaît de la fenêtre. Des allers et retours depuis la machine. La lessiveuse tourne à plein temps. Elle croit en avoir pour des années à ainsi s'étendre. Les serviettes seront de plus en plus lourdes à porter. 

(Vue de sa fenêtre © Astrid Waliszek) 


@_chsanchez à Estanove Montpellier
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Attraper le fil #RatsTaupiers #Fragments

Echantillon de fragments qui vont ponctuer un recueil en cours...

Je compose par fragments avec un fil qui est celui de mon père. Un fil c’est ténu, ça se tend, ça bande puis ça casse. Les histoires que vous allez lire sont les cassures de ce fil trop tendu. Comme toute brisure, elles sont lourdes en pathos ou pleines de futile. On casse pour revivre ou on casse pour faire le plein de légèretés. Les rats-taupiers sont les rongeurs du fil.

Le fil du père. Ce cordon qu’il a coupé. Mais est-ce vraiment lui qui l’a coupé ? Je ne saurai jamais. Toujours est-il que le fil depuis sa mort s’est raccommodé, accommodé pour me laisser souffler. Des ponts où je ne lui ressemble pas, des voies navigables sans son poids sur mes épaules. Des aqueducs composés d’une eau claire où j’exerce mon libre-arbitre sans lui à mes côtés. Puis il revient d’abord dans ma tête puis dans mes reins, à me murer le dos de son absence.

Et l’amer qu’il donne. Sans la mère, identité trouble, sans véritable affect, elle passe entre le fil. Est la rupture. La cassure d’eux, lui et elle. Je suis le fil à couper leur beurre rance. Je suis le fils.
Le noir dans le corps. La tristesse dans les bajoues, il déglutit sa bile et elle tend le fil pour aller cueillir au fond de sa glotte ce qu’il s’évertue à masquer. Le noir dans le corps. Le silence en partage. Toujours sur le fil.

Le bois, la terre, la sueur. Triptyque tiré au fil des corps d’eau. Jamais il ne dévie du triangle. Il boit, il se terre, il sue. J’éponge entre les rognures.
Lorsqu’il ne capture pas les rats-taupiers, mon père roule. Il est chauffeur, à blanc, mais chauffeur de jour comme de nuit. Il conduit des bus. Il ne dit pas « bus » mais « car ». Il est au car comme à moitié de lui. Il s’est si tôt coupé le fil.

Vivre dans les volutes et suivre le fil de leur pérégrination vaporeuse. Rêver à des ombres, des visages de fumée aussi éphémère qu’une tendresse de ma mère. L’odeur de mon père est un fil qui s’est cassé un été. Il n’y a plus jamais eu de figures, plus que des ronds stupides que je fais avec ma bouche en cul de poule. Dans son sourire, je ne vois plus les fils baveux de son tabac.

Le fils avec son père. La paire de testostérone part le soir écoper les bars. Le bleu, le jaune, le rouge. Les trois couleurs des enseignes. On fera les trois troquets, à refaire son monde. Celui auquel je ne me suis jamais fait. Des coups sur le zinc, le fils en alibi. Des coups de fil qu’elle aurait voulu passer. Elle attendait l’ivresse, avec dans les yeux le regard édifiant de la hulotte.

Ils t’ont rongé du dedans tant le dehors n’était pas pour toi. Les rats-taupiers sont sortis du seau. Par la anse, ils ont roulés dans ta bouche, craché le fil du petit jaune bien frais, un venin. Petites bêtes malignes, plus jolies qu’un crabe. J’aurai voulu te tendre la main, que le fil ne casse jamais.

Les rongeurs continuent leur boulot de sape. Une sape douce. Un temps où je ne mâchonne que le meilleur du fil mordu. Tu es si loin maintenant. Aucune photographie de toi pour me souvenir, aucun fil, aucun seau à vendanges avec dans le creux des cadavres de rats. Tu sais, parfois, je fais la taupe.

Ta voix est mince et forte. Elle porte mais elle s’est tenue toujours basse. Plus que ta voix, ce sont tes expressions qui font le fil. Un idiome paysan, raclures de mots que tu tenais en bouche dans un sourire pleines dents.

L’image du fil. La représentation symbolique du temps. Avec ses rebonds et ses tensions. Un fil de toi que je ne lâche pas. Il faudrait pourtant le laisser filer, vivre sa vie, vivre ta mort. Je ne sais pas vivre ta mort. Alors je file des mots dans les béances. C’est mon seau à rats taupiers. C’est mon piège de vie, ma tombe avec toi.

#WorkInProgress

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Le vin et l’heure

J’ai une heure pour écrire le vin qui a coulé dans tes veines comme un poison. La gorge moisie par la mort aux rats, le cœur occis par les mots enfouis, les pleurs que tu as retenus et les gestes d’affection qu’on s’était promis. J’ai une heure pour t’écrire comme je t’aurai voulu, une heure pour inventer tes soixante-dix ans, les années où tu m’as laissé, la trentaine qui suit où j’aurai voulu que tu me voies vieillir. Un père ne voit pas vieillir ses enfants, je sais. Un père ne s’accroche pas à la sensiblerie d’un fils qu’il ne connaît pas, je sais. Un père ne vit pas toute la vie de son fils, je sais. Un père ne compte pas le temps. Un père n’a pas une heure pour écrire. Un père, ça n’écrit pas, ça boit le vin et ça meurt, je sais.

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Jour d'ogresse en ciel bas

Je ne me résous pas à tirer les rideaux, pas plus qu’à baisser le volet automatique qui n’est plus vraiment automatique depuis qu’au printemps il s’est bloqué me laissant par une journée ensoleillée dans le noir total. J’ai réussi à le remonter à force de pression sur l’interrupteur, celui du haut, celui du bas, à triturer les pulsions électriques pour qu’il se lève à nouveau et laisse entrer le jour. Depuis, il est relevé, jour et nuit, laissant la fenêtre ouverte au soleil, aux nuages, aux vents en bourrasque et à la pluie qui gifle la vitre. 

Des gifles grosses comme aujourd’hui, jour d’ogresse en ciel bas. La mer ne se démonte pas, elle aboie et crache son eau en gros mollards clairs. Chaque vague se ramasse sous son petit nuage, le fait grossir et maintenant, il se la pète en éclair, fier comme un cumulonimbus. Fissure dans le temps, la foudre et l’obscur se roulent des pelles juste devant ma fenêtre et dans un gris mousseux, s’enroulent jusqu’à pâmoison. Ils vont finir par s’éclater et toucher le septième sans aucun autre ascenseur que ma joie à les regarder s’ébattre. 

L’eau de leurs galipettes pénètre sous le seuil. La fenêtre transpire la sueur de leur bagatelle et vient jusqu’à mes pieds souiller le tapis du salon. J’ai l’orteil humide et l’oeil aux aguets, petit voyeur de ciel. Ciel qui se cache, s’apaise un instant comme pour me dire : « Regarde ce que je te prépare. Fais péter l’œilleton, je t’envoies du CinémaScope ». Et ça repart en grand coït, ça secoue le dedans, bouche collée à la vitre et corps-à-corps céleste.

Je ne me résous pas à tirer les rideaux. Le volet est grippé. Je n’ai pas assez d’huile de coude pour le réparer et j’aime beaucoup trop que les amoureux se glissent en limon dans mon salon.

Une vidéo publiée par Christophe Sanchez (@chsanchez) le
Une photo publiée par Christophe Sanchez (@chsanchez) le

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Fêtons le #LireWeb aussi #raysday

Aujourd'hui 22 août, c'est la date anniversaire de la naissance de Ray Bradbury (l'auteur de Fahrenheit 451), et c'est forcément la date que Neil Jomunsi (projet Bradburry) a choisi pour le #raysday : fêter les livres, les auteurs et les lecteurs sans mercantilisme.

Le livre, les auteurs, les lecteurs oui, mais la lecture avant tout. Et pour moi, c'est synonyme de #LireWeb

Plusieurs auteurs et/ou maisons d'édition ont décidé pour l'occasion de mettre à disposition soit gratuitement soit à bas coût des oeuvres en ligne ou dans le papier. Pour ma part, n'ayant rien qui fasse oeuvre, je voudrais vous faire partager mon grand livre permanent qu'est le web. Mise à part ma sérendipité chronique, je suis depuis plusieurs années un certain nombre de blogs littéraires, journaux, webzines, photoblogs, vlogs etc... Il constitue mon corpus de textes et d'images sans cesse en mouvement, divers et tous les jours gratuits, frais et à disposition dans mon téléphone et sur mon ordinateur. Cet ensemble mouvant (je supprime, je rajoute, j'élague, je fais grossir) est mon support de lecture, informel, impalpable certes (ne remplace pas le plaisir du livre mais le complète, amène à lire de l'imprimé) mais extrêmement riches d'écrits pris dans l'instantané et de paroles contemporaines.

Cliquez, fouillez, lisez, partagez, rebondissez, revenez-y et composez votre liste pour le Ray's day et pour tous les autres jours ! 

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