Carnaval

Il ne tient à rien,
pas même à lui,
le corsaire sur le fil
de l’étroit trottoir. 

Il ne tient à rien,
sinon au regard 
de sa mère qui rit
de son enfant.
  • 29.9.26

Bouts de ville

Aujourd’hui, j’ai préféré 
la ruelle à la grand-route,
l’impasse à l’issue. 

J’ai cherché des lieux
à l’étroit, du camouflage,
des passages peu foulés
avec de la verdure au bout,
de la porte close, c’est tout.

Aujourd’hui, j’ai trouvé l’inaperçu, 
de beaux bouts de ville perdus.
  • 26.9.26

Huis clos

Ne m’attendez pas,
les volets sont en clé 
— moi aussi. 

Allez-y ! Je vais croiser 
les jambes et regarder 
passer les gens qui vivent. 

Mais passez donc, vous 
qui glissez sur le monde :
je tourne la clé et vous aime.
  • 22.9.26

Résiste

La petite voix, qui demande
à sa mère si on peut monter
sur le grand arc de triomphe
là bas tout au bout de la rue,
est la même que j’ai encore 
dans la tête quand une chose
résiste ; j’en taperais des pieds.
  • 19.9.26

Erreur dans la matrice

Il y a le reflet du dehors
sur le pot de fleurs
posé sur la table. 

Ballet de formes,
tantôt graves,
tantôt aiguës,
selon les mouvements 
et l’angle de vue. 

Une réalité confondue
par ses propres erreurs.
  • 17.9.26

À bas bruit

La fatigue regarde son visage,
il regarde le visage de la fatigue.

Un duel se joue dans le tramway
qui charrie tant de visages et de fatigues.

Combat à bas bruit, le roulis
entre deux stations en est l’arbitre.

Lui seul connaît le terminus.
  • 12.9.26

Un jour à renverser le ciel

Un silence inhabituel habite nos pas comme si l’on marchait sur une vieille neige. Rien ne nous affole. Pourtant nos pieds foulent les nuages. Oubliés horizon et lignes de fuite, nos mémoires suivent les bottes, un soupçon d’ivresse dans le vide de nos regards. Un jour à renverser le ciel.
  • 10.9.26

Pas en faire toute une histoire

Midi, les ombres sur le mur
ont finalement décidé
de s’évanouir pour laisser 
place à une lumière crue. 

J’inventerais bien une histoire 
au sujet de ces ombres,
sur leur voyage et leur destination,
mais il fait trop jour pour ça.
  • 8.9.26

La nuit a été longue

Depuis son banc,
l’homme se lève,
l’homme se couche,
se lève, se couche. 

À chaque mouvement,
comme un papier plastique
que l’on aurait froissé
dans son poing,
il se déplie peu à peu

pour enfin reprendre sa place
dans le lent étirement de la rue.
  • 6.9.26

Tragédien

Sur le chemin de l’école,
Timéo se demande
combien de temps 
encore il pourra jouer
l’animal abandonné 
au bord de la route,
et si maman a gardé 
un peu des larmes 
versées à la rentrée.
  • 4.9.26