Peu, contribution à Entendre-Voir sur @lairnu

Entendre-Voir, c'est la rubrique tenue par Mathilde Roux sur le site "L'air nu : Littérature Radio Numérique".

À partir de photographies proposées par Mathilde, ce qu’une image fixe suggère à un auteur, ce qu’elle lui fait dire, ou comment il la transforme. Une page est ainsi composée de modules sonores de 1 à 5 minutes créés par les auteurs.
On peut y écouter les textes de Virginie Gautier, Laurent Herrou, Guillaume Vissac, Emmanuel Delabranche, Pierre Ménard, Michel Brosseau et aujourd'hui, dans sa nouvelle mise à jour, Ester Salmona, Patrice Cazelles ainsi que ma contribution dans un module sonore intitulé "peu".

C'est par ici que les images bougent avec le son : http://www.lairnu.net/entendre-voir/


  • 9.12.17

Le temps n'existe pas

A foin de démesure, j’engorge la trainée du temps dans un entonnoir à cou très fin. Les images passées dans le sablier coulent dans mes veines comme un alambic de mots. Je distille du temps enfoui, de la mélasse au ventre sur une ligne de temps imaginaire. De la tête au corps, du souvenir à la projection, du passé au futur, je ne m’écrie plus qu’au présent ! A égosiller le temps.

Les lignes ne sont que des points, infiniment petites au regard des galaxies. Les courbes et les tourments ne peuvent lutter contre le ramassement du temps dans le point d’une mine de crayon ou dans le creux d’une fossette. Le trait n’existe pas. La courbe n’existe pas. Le temps n’existe pas.

Le passé est déjà passé et l’avenir n’a qu’à venir, je l’attends maintenant. Ici, masqué d’entre les phrases, sourde à mes appels de tête, se cache une tempête en forme de constellation. Une nuée onirique, une gangue spatiale, une urée sur le temps. Asphyxié par l’infini, le temps n’existe pas.

Je m’aligne terre et ciel sur des années de trop de mémoires, vide sidéral et sidérant. La seconde est passée, je l’ai vue s’éclater en mille étoiles distinctes. Là-haut, trop loin pour un port de tête, trop grand pour l’extension de mon cou, vit un guide intemporel, un souffre laiteux, une ombre bienveillante dans l’incarnation du vide et du trépas. Il a laissé sur moi du temps suspendu à jamais perdu. Depuis, le temps n’existe plus.


« L’écrivain n’a pas pour tâche de créer du nouveau de l’original, mais d’être expert dans l’art de l’imitation. Imiter, c’est, avons-nous dit, mimer un affrontement pour combler le manque, l’écart, afin de faire advenir de la présence. Savoir imiter le futur toujours déjà là, toujours d’une certaine façon présent, contre le passé qui ne demande qu’à céder pour le réaliser, tel est le pouvoir de celui qui aime. »
La méprise, Vladimir Nabokov, Gallimard, Collection Folio n°2295, 1991, pp.31-32.
« Le présent n’est que la crête du passé et l’avenir n’existe pas » Vladimir Nabokov, Partis pris.

Source : revue d'ci-là #7 http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814504660/d-ici-la-ndeg7

  • 23.9.15

@RevueMeteque #3 disponible - advienne que pourrave

www.revuemeteque.com

Parfois dans la vie, dans l'écriture, dans l'écriture de la vie, il y a des rencontres. Des rencontres fortuites et hésitantes. On a envie mais on se dit que ce n'est pas pour soi. On est séduit comme on est agacé. On suit puis on ne suit plus, ça bouge en dedans comme en dehors. Ca gueule, ça saigne, ça mord, ça démonte puis remonte. Ca vit et ça aime en somme. Alors on y va !

C'est comme ça avec Métèque. La revue Métèque c'est un peu le reflet d'une génération en guenille rhabillée de propre dans sa fange. Ce sont des cabosses rutilantes qui s'affichent en noir et blanc, des accidentés de la vie qui vous parlent beau au bord de la route. C'est à la fois chic et pourrave, puant et parfumé à l'astringence, terriblement esthétique et grêlé de spasmes dans le ventre. 

Métèque, c’est aussi une soupape à l’auteur d’aujourd’hui, celui qui écrit d’abord pour se faire du bien, le cathartique esthète qui veut faire le script tendu de sa névrose. C’est dans une même partition, le publié, le libéré de la syntaxe dans de beaux livres en carton (Thomas Vinau, Thierry Radière, Brigitte Giraud, Marlène Tissot…) comme l'indompté et joueur de blog qui abat ses meilleures cartes parce qu'il est chez lui (Heptanes Fraxion, Isabelle Bonat-Luciani, Blanche Dubois, Aliénor Orval…). C’est de l’écriture vive et crasse, une punchline poétique qui se reflète dans le miroir contemporain des années dix.

Métèque, c’est beau. Métèque, c’est libre. Lisez-la ! http://www.revuemeteque.com/catalogue/revue-meteque-n3/

Auteurs de la livraison #3 - Lettres d'adieu :  Marianne Maury Kaufmann, Jean-François Dalle, Antonella Aynil Porcelluzzi, Brigitte Giraud, Blance Dubois, Christophe Sanchez, Heptanes Fraxion, Azilys, Guillaume Rojouan, Laurine Roux, Hugo Rodi, Nadine Jassens, Nelly Defaye et Marc Bruimaud, Isa Feretti Schann, Nicoles Albert G., Gabrielle Jarzynski, Isabelle Bonat-Luciani, Marie Christine Horn, Thomas Vinau, Genevière Paclerc, Aliénor Orval, Véronique Menguy, Clémence Rose, Marlène Tissot, Cécile Fargue-Schouler, Caroline Mayeur, Katia Jaeger, Les mots des Marées.

Et un grand merci à Bonnie and Clyde, Jean-François Dalle et Marianne Maury Kaufmann de nous offrir un si beau territoire.

« Notre époque sera marquée par le romantisme des apatrides. Déjà se forme l’image d’un univers où plus personne n’aura droit de cité. Dans tout citoyen d’aujourd’hui gît un métèque futur ». E. Cioran, Syllogisme de l’amertume (1952)
  • 12.9.15