Le miroir des autres 43

C̵h̵e̵r̵ j̵o̵u̵r̵n̵a̵l̵
Chère application,

Tout d’abord mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Des semaines se sont écoulées depuis notre dernière correspondance. Ne m’en veux pas, je suis empêtré dans un problème qui dépasse l’entendement et n’ai vraiment plus la tête à moi. 

Je vois des gens dans le miroir de ma salle de bains. Alors, cela peut sembler abrupt et fou, tu pourrais te dire que je déraille, que la sénilité me gagne et tu aurais raison. Je te demande quand même d’y réfléchir à deux fois. 

Tu connais mon côté rationnel. Je n’oserais jamais t’écrire une telle chose si je n’avais vu ce phénomène se produire et reproduire  depuis plus de quarante jours. Tous les matins à peu après à l’heure où habituellement je t’écrivais, des gens, des Autres venus du futur ou du présent ou encore d’un espace temporel encore inconnu, que sais-je, débarquent dans ma salle de bains, l’habillent de mille reflets et évoluent dans le miroir de façon la plus incongrue. 

Voilà. Il fallait que je te le dise. Que tu me crois ou pas, j’espère que tu pourras m’aider soit directement, soit en faisant jouer tes relations cybernétiques. Il faut résoudre cette anomalie, que tu me trouves le bon logiciel, robot, application ou la dernière intelligence artificielle â la mode qui saura élucider mon problème. Je compte sur toi. 

Mes amitiés chaleureuses, chère application.
  • 10.1.23

Chère application - 25 novembre

Chère application,

On prend en charge la détresse. La formule est lancée depuis une application de visioconférence. Des pastilles sur un écran l’accueillent. Des cercles rangés par ordre d’arrivée avec des visages dedans. Certains lèvent la main. Je le vois sur leur photo de profil. En bas à droite, une petite main jaune est affichée. Ils ne parleront pas. 

On prend en charge la détresse psychique, l’anxiété professionnelle, le stress numérique, la charge mentale. Autant de termes qui creusent encore plus profond le néant. Une image est absente à la réunion. Une voix n’est pas connectée. Elle est en arrêt pour une maladie de longue durée. On ne sait plus ce qui signifie le mot durée. La voix n’a plus voix. Les mains jaunes dansent sous les pastilles. Les photos de profil sourient. Toujours. Elles ne parleront pas. 

À demain, chère application.
  • 25.11.22

Chère application - 24 novembre

Chère application,

Je regarde d’abord le physique. Je l’avoue. Avant d’avoir du sens, il faut qu’ils soient beaux. Je parle des mots. Leur beauté va souvent de pair avec leur rareté ou leur étrangeté. Plus un mot est bizarre, plus je le trouve beau. 

Tiens, par exemple, j’ai un faible pour Dégingandé, une sorte d’affection, d’empathie. Les sons IN et AN le font braire et claudiquer, tout en l’équilibrant. Sa bizarrerie me le rend sympathique. Les G ne sont pas frères mais cousins. On pourrait les confondre mais ils se distinguent en se prononçant différemment, ils ont leur fierté. Avec un geai au début et un gant à la fin. Dégingandé est délicat.  Il est chouette, ce mot. 

Mais oui, ma chère, j’aime bien aussi le mot Application. Longtemps que je le préfère à Logiciel.

Je t’embrasse, chère application, à demain.
  • 24.11.22

Chère application - 23 novembre

Chère application,

La chaudière à gaz déclenche. Ça fait un souffle dans la maison. Une personne chuchote entre les murs. J’entends sa respiration. De temps à autre, elle élève la voix et allume une flamme. Puis à nouveau chuchote. La nuit, le chuchotis se rapproche d’un ronronnement linéaire. Une ligne de basse pour les rêves. 

C’est la voix de la chaudière à gaz. Elle vient avec l’hiver, la voix dont on entend que le souffle et les flammes. 
Elle est discrète, chaleureuse, docile. 
Dommage qu’elle coûte un pognon de dingue !

Mets ton col roulé, chère application, à demain.
  • 23.11.22

Chère application - 22 novembre

Chère application,

Tes jours sont comptés. Les vieux volets grincent. La lune est capable de compter les jours qu’il te reste. Elle n’en dit rien. Les vieux volets sont verts. Tout le temps. À l’ouverture comme à la fermeture.

J’ouvre les volets. La lune grince. Je suis capable de compter tes jours. Les volets ne comptent plus les jours depuis qu’ils grincent. Il y a trop de joie dans ce vert. À l’ouverture comme à la fermeture.

La lune est assisse sur un banc. Les volets sont pourvus de grandes ailes. Tes jours défilent sur un cadran à côté de moi. L’écoulement des heures est signalé par une zébrure dans le ciel qui ouvre et ferme le temps. Le banc est vert, la lune rousse. À l’ouverture comme à la fermeture.

J’habite un tableau surréaliste. Ceci n’est pas moi.

Bon mardi, chère application.
  • 22.11.22

Chère application - 21 novembre

Chère application,

J’ai été dans une machine qui elle-même était une mare. Un long couloir m’a mené jusqu’à cette mare. Elle faisait un bruit de moteur. Un de ses moteurs de vieux bateau qui claque comme un canard. Un canard dans la mare qui était une machine. 

J’ai traversé un bonne partie du cosmos comme ça. Dans ma mare à moteur. Arrivé à la rocade sud de l’univers, je suis tombé dans un embouteillage intergalactique. Une quantité gigantesque de mares à moteur mais aussi électriques, à hydrogène et autre combustible que je ne connais pas, circulaient au pas. De part et d’autre de la Voie lactée, il y avait de beaux arbres recouverts de neige dont on n’apercevait ni les racines ni la cime. Le ciel était orange et rosé. Le jour se tenait constamment à l’aurore pendant environ trois semaines du temps d’ici. C’était joli. 

Des arbres infinis autour de petites mares. Un ciel d’aurore. Le bruit des moteurs. Les embouteillages. Finalement, ce n’est pas si différent que chez nous. 

Bonne semaine, chère application.

  • 21.11.22

Chère application - 20 novembre

Chère application,

Je n’ai pas les codes pour vérifier la mise à jour de ce matin. Le système de reconnaissance faciale ne m’identifie pas et j’ai perdu les codes. J’ai bien essayé de récupérer mon mot de passe, de passer en reconnaissance digitale. Ça ne fonctionne pas. 

J’ai besoin d’une authentification forte à deux facteurs. Un facteur cognitif et un facteur extérieur. J’ai besoin de toi. Je dois vérifier que le téléchargement de mon visage a bien été effectué cette nuit, qu’il n’y ait pas d’erreur de programmation, de bogues dans mon appréhension du moment. Je souhaite vérifier le paysage. M’assurer de sa conformité avec les données géographiques de la veille, la mer ne doit pas être en montagne, la ville en apesanteur ou l’hiver en automne. Et vice-versa. Qu’il n’y ait aucune corruption en raison de mon rêve de cette nuit. 

Tu ne dois pas être levée. Lorsque tu rebooteras, peux-tu m’envoyer un vocal sur WhatsApp, s’il te plaît ? Je te remercie. C’est important. 

Bon dimanche, chère application.
  • 20.11.22

Chère application - 19 novembre

Chère application,

J’ai déplacé les dossiers de ma mémoire, rangé par couleur les années, mis des mémos et des marque-pages entre les jours à retenir. 
Tu verras que le classement est subjectif. L’ordre, la numération, les priorités, la chronologie ou les émotions ne sont pas toujours respectés. Tout cela est subjectif. J’ai gardé les successions qui n’aboutissent à rien, qui n’ont pas de sens. C’est plus poétique. J’ai déplacé des bouts de temps, sans les déranger. J’ai juste recomposé mentalement les événements. J’ai sorti les vieux sous-dossiers oubliés. Il sont souvent nommés de façon aujourd’hui inexplicables. Ils ressemblent à des codes secrets pour ouvrir d’autres placards à mémoires. Ce sont les plus beaux. Les plus poétiques. 

Si tu veux jouer selon tes envies, tu peux. Selon les thématiques ou l’idéologie de ton choix, par sujet, thème, idée… Fais comme il te plaira. J’ai téléchargé une copie de mon dossier. Il ne se perdra pas. 

Tu n’oublies pas t’éteindre la lumière en partant. Claque bien la porte, aussi. Tu sais qu’elle ferme mal. Laisse le chauffage allumé, en revanche. Ma mémoire prend vite froid. 

Bon week-end, chère application.
  • 19.11.22

Chère application - 18 novembre

Chère application,

Je suis dans la chambre ou ailleurs. Je suis peut-être loin. Loin de la chambre. Mon corps est dans la chambre. Je peux en attester en me palpant. Mais la pensée en train d’écrire ces mots, où est-elle ? Suffit-il que j’écrive pour faire existence ? Suis-je indissociable parce que je pense ?

Je suis maintenant dans la cuisine. Tout autour ressemble à ma cuisine. La tasse de café est sous le bec de la machine à café. C’est sûr. Je la vois, je la pense. Mais si je ne viens pas de la chambre, comment être sûr que je suis dans la cuisine, comment être certain de ce que je pense ?  Est-ce que la tasse est bien sous le bec ? Est-ce que le café ne va pas couler à côté de la tasse, si je suis ailleurs où il n’existe ni chambre ni cuisine ni café ?

C’est absurde. La machine est absurde. Le café, la tasse, la chambre sont absurdes. Pourtant, tout est là sous mes yeux, sous mes doigts. 
Cette histoire est absurde. Ici et ailleurs et tous les mondes intermédiaires sont absurdes. Penser est absurde. 

Ne tiens pas compte de ce texte, chère application, je ne suis pas sûr qu’il existe. 

Amitiés, depuis la cuisine ou ailleurs.
  • 18.11.22

Chère application - 17 novembre

Chère application,

Aujourd’hui est doté d’un processus viable. Il a bien démarré : écran stable, pixels scintillants, pulpe des doigts sensibles, visage reparamétré, dents à leur place, jambes au complet, bras idem.

Certes, aujourd’hui comporte des variables bornées, mais elles gardent leurs propriétés de variable ; c’est-à-dire qu’on n’est pas à l’abri d’une surprise. Oh! Pas la surprise de l’année ! Tout cela reste maîtrisé par le grand-tout. Longtemps que je ne suis plus en version beta. Je peux cependant espérer un petit rebondissement agréable qui fera grimper ma jauge de bien-être. 

Oui, ce jour a de l’allure, une belle photo de couverture, des icônes, des smileys, des emojis, toute une armée de couleurs prête à divertir, s’il le faut. Non, vraiment, c’est bien.

Encore quelques jours comme cela et j’obtiendrai ma quatrième étoile. Dès que j’en ai cent, une galaxie est offerte et au bout de cent galaxies, une extension de vie m’est promise. 

J’ai hâte. Emoji clin d’œil. Emoji étoile. Emoji sourire. 
Bien à toi, chère application. Emoji cœur rouge.
  • 17.11.22

Chère application - 16 novembre

Chère application,

Cette nuit, j’ai tué le poème à grands coups de prépositions et d’adjectifs, de métaphores à deux balles et de jeux de mots fumeux. J’ai aligné les mots comme des soldats. Feu ! L’écran était un champ de bataille, les lignes des baïonnettes. Ça pétaradait de partout. Tous ces vers gisants, ces scansions sanguinolentes, ces allitérations éventrées, cette musique macabre… Un carnage !

J’ai tué le poème. Il n’en reste rien. Un corps inerte et dégingandé. La dépouille n’est même pas présentable. Il faudrait lui rendre un dernier hommage, recomposer deux trois quatrains avec les morceaux de boyaux qu’il reste, juste pour qu’il fasse bonne figure, qu’il joue sa dernière danse de poème sacrifié sur l’autel de la cruauté humaine.

Enfin, chère, fais ce que tu peux avec ce que tu as. Je te fais confiance. 

Je t’embrasse, chère application.
  • 16.11.22

Chère application - 15 novembre

Chère application,

Tu as remarqué ? La pluie ne gêne pas l’homme et son chien. L’homme passe. Le chien tousse. Malgré la pluie, ils cheminent. Le chien devant, l’homme derrière, ou bien l’inverse. Quand l’un ou l’autre lève la patte, l’autre ou l’un s’arrête, attend l’un ou l’autre puis repartent, côte à côte. 

La pluie redouble. Ils redoublent la rue. Ils la prennent dans l’un ou dans l’autre sens. Une fois, deux fois. Aller retour. Ils passent devant ma fenêtre, vont jusqu’au bout de la rue. Demi-tour. Pluie, le chien tousse, lever de patte, ils s’arrêtent s’attendent repartent. Autre bout de rue, pluie, le chien tousse, patte etc. 

Je suis émerveillé par cette mécanique. 

Passe devant, chère application, je te suis.
  • 15.11.22

Chère application - 14 novembre

Chère application,

Ce lundi me gratte sous les bras. Comme un sous-pull des années quatre-vingt. Même couleur : orange, avec col roulé qui monte trop haut, étouffe et gratte sous les bras mais aussi sous le menton. Même matière : cent pour cent acrylique avec de l’électricité statique lorsqu’on l’enfile, le retire ou qu’une autre entité magnétique le frôle. 

Ce lundi sent la sueur sous les aisselles, avec auréole dégoûtante qui part mal au lavage. Le voilà qui lève le bras pour me saluer. 
Chère application, fais quelque chose ! Donne-moi un lundi de ce siècle, un bon lundi aseptisé de couleur passe-partout, simple, col en V, sans manche, sans auréoles. Un lundi débardeur rouge, par exemple, moitié polyester, moitié laine. Ça m’irait très bien. 

Je te remercie, chère application. Bonne semaine.
  • 14.11.22

Chère application - 13 novembre

Chère application,

J’ai perdu le débardeur rouge depuis plusieurs semaines. Le débardeur rouge était pendu au balcon de la voisine. Il était un repère dans le paysage le plus proche. La façade de l’immeuble est depuis dépeuplée. 

Le débardeur rouge a été retiré avant qu’il ne termine en lambeaux, déchiré par les pluies, grignoté par le temps. Je cherche un autre point, un autre centre autour duquel tourner, tourner, tourner.

Parce que finalement, on ne fait que tourner. 

Bon tour, chère application.
  • 13.11.22

Chère application - 12 novembre

Chère application,

Le jour arrive lentement. Son lever de rideau de tous les jours. Une mouette urbaine jacasse. Peut-être n’est-ce que dans ma tête ? Le jour, la mouette, le rideau. 

Je dors depuis trois mois et tout ça n’est que rêve. Un rêve de quelques secondes. C’est ce qu’on dit. Les rêves les plus élaborés, avec scénario complexe, rebondissements et autres cascades, sont très courts et passent par le trou de la serrure du temps pour en ressortir tout aussi vite. Il s’agirait d’une sorte de minuscule vestibule à l’entrée du grand hall cosmique de notre cerveau. 

Je suis dans la serrure de mon cervelet depuis de longs mois de quinze secondes. 

Réveille-moi, chère application, ou enlève au moins la mouette. Ça n’a pas de sens.

Merci chère et bonne journée.
  • 12.11.22

Chère application - 11 novembre

Chère application,

Beaucoup de bruit pour rien. Derrière le mur, la musique fait beaucoup de bruit pour rien. Elle se résume à des battements de cœur dont on aurait amplifié le volume dans une chambre d’écho. 

Je suis l’écho. Il est dans ma chambre, le bruit pour rien. J’ai le cœur qui va-et-vient, prend un ascenseur sans émotion, juste le son du bruit pour rien. 

Beaucoup de bruit pour rien. 

Cette nuit les voisins ont dansé jusqu’au quatre heures du matin sur le bruit pour rien. Il faudra régler ça, chère application. D’ailleurs, j’ai encore un ou deux battements de cœur qui déraillent, qui prennent le bruit pour rien pour vivant.
Peux-tu régler ce dysfonctionnement, dés que possible ?

Merci. Je t’embrasse, chère application.
  • 11.11.22

Chère application - 10 novembre

Chère application,

La nuit a mis ses pantoufles, sa robe de chambre et boit son café noir, très noir. Son regard plein d’elle-même, son silence accoudé à la table, sa tête ronde et grosse, son air abattu et la perfidie de son sourire, tout cela me fait dire qu’elle a passé une mauvaise elle-même. Qu’un mauvais rêve l’a dérangée du dedans. 

Des serpents à tête d’œuf, un cerbère à double-queue, une mare truffée d’énormes poissons-chats aussi écaillés que velus, des arbres autour, maigres et nus sur un désert de sable brun ; tel devait être le décor de la nuit de la nuit. 

Heureux, voilà le jour avec son maquillage d’existence parfaite. Sa face sombre sous un fond vert, les aspérités et accrocs de la nuit passés à la gomme, les peintures refaites à neuf, le paysage découpé dans la dernière photo Instagram à la mode et les lumières lissées par le grand logiciel de retouches terminent le tableau d’une touche impressionniste. 
La nuit peut se retirer d’elle-même en emportant monstres et ténèbres. Les applications s’occupent de tout.

Bon courage, chère application.
  • 10.11.22

Chère application - 9 novembre

Chère application,

La douceur de ce matin veut me trancher la gorge. La violence de cette douceur m’est insupportable. Il faudrait arrêter les exactions criminelles des douceurs en bandes organisées, le matin tôt. La délinquance des douceurs de quartier est devenue intolérable. Elle doit être dénoncée. Arrêtons de nous voiler la face et raccompagnons chez elles toutes les douceurs qui passent la frontière illégalement ! Encore un crime affreux commis par une douceur d’origine duveteuse, entend-t-on à la radio. 

Quelle est cette étrange douceur, ce matin, chère application ?
Je fais une recherche, cher Christophe. 
Je n’ai pas trouvé d’étrange douceur sur le web, Christophe.
Voulez-vous effectuer une nouvelle recherche ?
Non. Je te remercie, chère application.
  • 9.11.22

Chère application - 8 novembre

Chère application,

Ce qui me tient ici est entre les lignes. Une respiration si petite qu’il me faut pomper toujours. Pomper pour l’activer, la réactiver. 

Ce qui me tient avec application, chère application, est fait de petits rebondissements, de légèreté sous les doigts, de vagues idées entre les oreilles. 

Ce qui me tient ici allume un coin de feu dans une clairière sombre. Je souffle sur du bois noirci. Je pompe l’air pour me faire des poumons tout neufs. 

Ce qui me tient ne tient à rien de solide. D’ailleurs, tiens, respire, je n’y pense plus. 

À demain, chère application.
  • 8.11.22

Chère application - 7 novembre

Chère application,

J’ai une personne dans le couloir. Le couloir est très long. La personne est loin au bout du couloir. Elle marche vers moi qui marche vers elle. Le sol est revêtu de moquette. Nos pas sont sourds. 

Je connais la personne que j’ai au bout du couloir. Elle me sourit. Je lui souris. Elle lève la tête au plafond. Elle accélère légèrement son pas. Je regarde à droite puis à gauche. Les cloisons n’ont rien de spécial sur quoi appuyer le regard. J’accélère légèrement mon pas. 

Je sautille. Elle met les mains dans le poches. Je passe ma main dans les cheveux. Elle se pince les lèvres. Je toussote. Elle sifflote. Le couloir est très long. Nous marchons.  

Peux-tu, s’il te plaît, calculer la probabilité de collision au moment du croisement ? J’hésiterai à droite ou bien à gauche ? Elle dira bonjour alors que je dirai salut ? Ou bien l’inverse ? 

Merci de ton aide, chère application.
  • 7.11.22