Scènette

« Tout part de l’ennui », dit cet homme à sa dame qui lui tient le bras, sans que je ne sache rien de la discussion qu’entretient ce couple qui passe lentement sous ma fenêtre. 

La dame opine, regarde son époux du coin de l’œil et, remontant sa main le long de son bras jusqu’à l’aisselle, le serre un peu plus fort : ce sera sa seule réplique.
  • 13.10.26

J’écoute le vent

J’écoute le vent siffler sur les toits,
la mélodie fuit entre les tuiles
taillées comme des hautbois. 

À chaque note brève et répétée,
on entend la rugosité du jour
perdu dans les combles du temps. 

Ça racle et trébuche 
dans les soupentes, vrille et tord :
j’écoute le vent chanter nos fatigues.
  • 13.10.26

On est là

Midi ouvre le ciel en deux,
la lumière en profite
pour glisser ses épaules.

On est là — oui, on est là
à sortir les poubelles
prêtes à flamber.

On est là, avec le besoin
d’ouvrir plus grand avant 
que ça ne prenne trop.
  • 6.10.26

Mi-rage

Le paysage hésite,
se trouble au loin,
comme un mirage. 

J’ai envie de ramasser 
des cailloux dans des sentiers,
sentir le lait de chèvre 
et croiser un mouflon. 

Mais le paysage hésitant 
me renvoie du béton,
des odeurs forestières 
en contre-plaqué.
  • 4.10.26

Ça ne fait rien

J’ai le bout des pieds humide, la chanson d’un ruisseau dans la tête. J’ai le nez au frais, les idées dans un petit chaos qui donne le tempo. Il ne fait pas beau mais ça ne fait rien.

Je regarde le haut des sapins qu’aucun humain n’a jamais touché. Ça ne fait rien. J’ai un chemin sous les pieds. Je vois le temps. J’aime la chanson du ruisseau. 

Dire que j’aurais pu naître dans la peau d’une fougère.
  • 2.10.26