Milène Tournier

Je suis avec Milène Tournier
À faire tourner la ville 
Comme un manège
Avec le même vertige
Debout sur la moto l’auto
Ou l’autruche à vouloir 
Attraper le pompon
De l’instant caché derrière 
Chaque geste que la ville souffle 

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(Lisez « Ce que m’a soufflé la ville » de Milène Tournier paru au Castor Astral puis les autres textes parus ou à paraître. J’ai pensé à Marlène Tissot, à Thomas Vinau, plus loin plus loin à Félix Fénéon et ses nouvelles en trois lignes ; puis j’ai arrêté de penser, c’est Milène Tournier, c’est elle, elle si singulière)
  • 23.2.23

Jacques ROUBAUD

Avec Jacques ROUBAUD, j’ai passé quelques jours noir 
Un noir singulier, une peine astronomique qu’il ne chiffre pas 
Qu’il ne peut pas chiffrer, les mathématiques qu’il a
Pour famille l’empêchent tant l’émotion n’est pas chose quantifiable 
Il n’y a pas de probabilité ou d’algorithme au chagrin 
ROUBAUD pose un et retient le deuil , le magnifie
À la moulinette de l’Oulipo comme si l’amour était une contrainte 
Sous la bosse des chiffres glisse l’élégance des mots disant la perte
Ce « quelque chose noir »
  • 2.2.23

JEAN-CLAUDE PIROTTE

En suivant Jean-Claude Pirotte, je longe le vin et les chemins
De traverse sur les coteaux de Bourgogne où même d’ailleurs
Tête à la cavale, toute une vie fragile tient dans sa phrase
Sûre, elle ne discute pas le poème qui sort de sa barbe de clochard céleste 
Ironique facétieux, je souris avec Pirotte, pris sous sa langue élégante,
Son histoire de Rocambole et sa voix de pierre ponce
Je le mélange au père, aux volutes de tabac, à la poudre d’escampette
Depuis sa table d’écriture, au chevet de la maladie jusque dans la mort
Je sais qu’il noircit encore des feuillets de vrais faux souvenirs
  • 24.1.23

10 minutes, dans la nuit de la poésie

La poésie fait sa nuit 
mais c’est encore un enfant
avec ses caprices 
ses rages de dents 

La voilà qu’elle se fait lire 
tout au bout de la ville 
avant que les rues ne s’échappent 
dans la grande nuit qui fait peur 

Lumières et couleurs 
les poètes sont réunis

des rouges des bleus des dorés
des sérieux des amusés des pressés
d’en finir des élégiaques qui claquent 
des lyriques aux jolis rythmiques  
des concernés des blasés des écornés
des écorchés des sans voix
qui la prennent

Tous font clignoter la nuit des mots 
debout micro tête et verbe hauts !
  • 22.1.23

Christian Viguié

Chez Christian Viguié, 
j’aime à penser que les choses 
de l’écrit ne se disent pas. 

Je l’imagine peu bavard
sur sa poésie où les mots
croisent le soleil avec la mort. 

Viguié est au travail sur l’établi,
fait ses damages, plie, déplie,
petit artisan des ombres. 

Il écrit chez lui, à Decazeville,
à une terrasse de bistrot avec
au loin des nuages sur les toits. 

Je suis à côté, à ne rien déranger.
Je le regarde monter sur la table
les choses dont on ne parle pas.
  • 20.1.23

Thierry Metz

Avec Thierry Metz je suis un ouvrier, ce que je n’ai jamais été 
Avec lui je manœuvre à sa vue, cherche les preuves sous la pierre 
Il écrit ma maison, ce qui m’a construit malgré moi 
M’émiette à chaque tremblement ; un seau, une pelle 
Et ramasse les morceaux qui sont tombés de moi
Les éclats de plâtre que ça fait entre les oreilles
Quand il parle des petits, du père, de l’enfant ou de l’amour 
Des soirs de solitude à la table de nombreux convives 
Des soupes d’hiver qui durent toute une vie 
Ou de la lumière jaune de la lampe qu’on garde dans les yeux
Il me parle parle avec des mots comme des ciseaux à bois  
Des gens que j’aime, des tours de la vie, du plus rosse au plus tendre 
« L’homme qui penche » me tend la main et je penche
  • 16.1.23

Guillevic

Avec Guillevic cette nuit je traverse le poème
Avec lui je jette la corde sur les mots et serre 
Ou quelque chose comme ça, plus simple il le dirait, Eugène 
Avec son économie de signes, ses petits pas dans la neige 
Qui ne laissent aucune trace, juste une traîne que je saisis et serre 
C’est là que je me tiens, à côté, avec mes gros sabots dans la tête
  • 12.1.23