Google News Story 15/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 9h20 :

  • Zimbabwe: l'armée intervient contre des "criminels" proches de Mugabe
  • Airbus: commande record de 430 A320/321 pour plus de 49,5 milliards de dollars
  • Les agressions contre les pompiers en forte hausse en 2016
  • Un ex-président des Jeunes Socialistes accusé d'agressions sexuelles
  • Californie: Une cavale meurtrière près d'une école primaire fait quatre morts


GOOGLE NEWS STORY – 15 NOVEMBRE 2017


Michel Serres nous dit que malgré l’adage « c’était mieux avant » (c’est le titre de son dernier ouvrage), il n’en est rien, ce n’était pas mieux avant. L’auteur dresse l’inventaire de son « avant », pendant la seconde guerre, et le compare à notre époque. Un livre optimiste qui, à grand renfort de statistiques, nous démontre que le monde était plus violent dans les années 40 qu’il ne l’est aujourd’hui. Certes, c’était la guerre et depuis soixante-dix ans, nous n’avons pas connu d’autres conflits aussi meurtriers nous opposant à un ennemi clairement identifié et déclaré. Le monde serait donc moins agressif, en quelque sorte pacifié.

Ce n’était pas mieux avant. Doit-on se consoler de ça ? Doit-on se satisfaire de cet état de fait et ne pas voir les guerres perlées qui nous entourent partout dans le monde ?
En Irak, en Syrie, ne sommes-nous pas en guerre ? Au Zimbabwe, par exemple, où l’armée intervient pour faire le ménage autour du « monarque » Mugabe, cet homme qui règne d’une main de fer sur son pays depuis quarante ans, n’est-ce pas là comme dans de nombreux autres pays africains, d’autres guerres dont on se cache l’importance ?

Plus près de nous qui n’avons pas connu de guerre déclarée depuis sept décennies, dans notre quotidien, dans la rue, au travail, dans nos régions paisibles, jouir de son petit pouvoir pour agresser sexuellement son prochain, s’attaquer aux policiers ou aux pompiers, tuer de sang froid jusqu’aux abords de nos écoles, ne sont-ce pas là nos guerres journalières, nos doses de violence qui créent ce sentiment d’affrontement permanent ?

Ce n’était pas mieux avant. Avant, c’est vrai, on ne vendait pas des Airbus par quarante exemplaires d’un seul coup de stylo dans un building de Dubaï, au profit d’une opaque société américaine d’investissements, sans savoir finalement à qui sont destinés ces avions, si ce ne sont pas nos ennemis d’aujourd’hui ou de demain qu’on est en train d’équiper luxueusement. Avant, on savait où et qui était notre ennemi. Ce n’était pas mieux, évidemment. Qui pourrait passer sous silence les cinquante ou soixante-dix millions de victimes de la seconde guerre ? Qui pourrait oublier le nazisme et ses crimes ? Mais doit-on ralentir le temps, regarder sans cesse en arrière pour alléger notre époque de sa constellation de conflits ?

  • 15.11.17

Murmure

L’éclat de la lampe dans la vitre
donne au couchant son lampion,

le reste vit dans l’oiseau
perché sur le toit des ombres.

Son battement minuscule
suit le murmure du réverbère,

un adagio sur une ligne de crête
avant que la nuit nous bouscule.

  • 14.11.17

Google News Story 14/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 9h07 :


  • Des médicaments sans ordonnance pour le rhume sur « liste noire ».
  • Argentine : ils refusent de la surclasser, elle fait arrêter l'équipage de l'avion.
  • Macron met un peu de social dans sa politique.
  • Buffon, les tristes adieux d'un monstre sacré.
  • Sept responsables politiques français interdits d'entrée en Israël.

GOOGLE NEWS STORY – 14 NOVEMBRE 2017


Abril a passé une mauvaise nuit. Elle se lève avec le nez bouché et un mal de tête tenace qui ne la quitte plus depuis deux jours. Elle passe dans la salle de bain, avale un Dolirhume avec un verre d’eau lorsqu’elle est prise de vertiges. Elle se retient un instant sur le rebord du lavabo, titube, lâche le verre qui éclate en mille morceaux sur le tapis de bain. Dans le miroir, son reflet se trouble comme si de la buée chaude se formait soudain à la surface. Abril sent ses jambes l’abandonner. Elle s’évanouit.

Abril rêve de retourner dans son pays natal, l’Argentine. Trois ans qu’elle économise pour se payer le billet d’avion. Elle embarque enfin ce mardi dans l’avion pour Buenos Aires. Elle passe les portiques de l’aéroport, un à un, sans contrôle. Elle glisse sur la passerelle qui relie le terminal à l’Airbus. Elle s’assied en classe économique près du hublot. Un homme à côté d’elle, bel homme qui ressemble à Emmanuel Macron. Abril le regarde, n’en croit pas ses yeux. C’est bien lui. Mais que fait-il en classe éco ? Il a une discussion au téléphone dans laquelle il presse son interlocuteur de mettre un peu plus de social dans son prochain discours. Il raccroche précipitamment quand l’hôtesse le prit d’éteindre son téléphone. Le décollage est imminent. 

Abril est assise dans la salle de bain, le dos collé au mur. Des sueurs sur le front, le visage rougi par la fièvre et les mains sur le ventre qui essayent de boucler la ceinture de sécurité.

L’avion s’élève dans le ciel, lentement. La poussée est douce, Emmanuel a un visage d’ange. Arrivé en altitude, le président retire sa ceinture et lève un bras en direction d’un steward qui étrangement ressemble à Buffon, cet ancien gardien de foot italien. C’est le même, se dit Abril, c’est incroyable. Emmanuel se lève, va à la rencontre du steward et lui demande s’il peut être surclassé. Elle écoute. Elle aussi veut être surclassée, il n’y a pas de raison que Macron le soit et pas elle. Elle se lève à son tour, prend le bras d’Emmanuel comme si elle était sa compagne. Le président se retourne, interloqué : « Je ne connais pas cette femme ! » dit-il au steward qui gentiment, d’un passement de jambes aérien, raccompagne Abril à sa place. 

Abril est prise de convulsions. Ses yeux tourbillonnent dans leurs orbites, de la bave coule de sa bouche. Elle essaye de se redresser en s’appuyant sur le petit meuble de la salle de bain. Elle a chaud puis elle a froid. Des frissons parcourent son corps. Le meuble tombe sur elle ; avec lui, des flacons de parfum, des boîtes de coton, le gobelet avec ses brosses à dents, des serviettes de toilette…

Retournée à sa place, Abril se promet qu’elle portera plainte aux autorités dès son arrivée à Buenos Aires. Ce voyage est une catastrophe. Elle est très mal assise, elle a mal au dos, elle ne sent plus ses jambes et ne comprend pas pourquoi elle est entourée de serviettes, de flacons en tout genre et de bâtonnets de coton-tige.
Derrière elle, un groupe parle à voix haute. Il s’agit d’hommes et de femmes politiques de l’ancienne gauche qui accompagnent Emmanuel Macron dans son déplacement. L’un d’eux dit que faute d’Israël, nous, on va en Argentine. Les autres rient à gorge déployée. Les rires résonnent dans la tête d’Abril. Elle a mal, de plus en plus mal. Sa position sur son siège est vraiment de plus en plus inconfortable. Elle est désormais recroquevillée, la tête contre le hublot. Elle a mal au ventre, a envie de vomir, elle voudrait se lever, faire taire les rires, passer en classe affaire dans un grand et large fauteuil pour pouvoir s’allonger. Mais elle n’y arrive pas, son corps est bloqué sur ce siège. Les rires augmentent. Abril ferme les yeux, les rires approchent. Ils sont comme des corbeaux qui volent dans sa direction sans qu’elles ne puissent les chasser. Ils foncent sur elle, la giflent de leurs grandes ailes déployées. Des milliers de corbeaux qui la giflent…

- Abril, Abril, réveille-toi ! Mais qu’est-ce qui t’arrive ?
- Je me suis évanouie. Arrête de me gifler…
- Tu as encore pris du Dolirhume ?
- Ben oui…
- Chéri, tu sais bien que c’est dangereux. Ce médicament est même dans la liste noire dressée par « 60 millions de consommateurs ».
- Allez, lève-toi !
- Tu sais quoi ? J’ai vu Macron et Buffon.
- De quoi parles-tu ?
- Il est beau, ce Macron, quand même, on dirait un ange. Tu viens avec moi ? Faut que j’aille porter plainte contre l’équipage de l’avion.
-

  • 14.11.17

Masque

Un souvenir vacille
lorsque survient l’instant

où sur l’enfance qui rit,
tu poses un masque définitif,

où de l’innocence tu oublies
la joue rose et timide

encore vierge des heures
qui te tournent le ventre.
  • 13.11.17

Google News Story 13/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 8h49 :

  • Attentats du 13 novembre : deux ans après, à Paris, la peur n'a pas vraiment quitté les esprits
  • Un séisme fait au moins 213 morts en Irak et en Iran
  • Jean-Michel Blanquer : «L'autorité doit être rétablie dans le système scolaire»
  • Marlène Schiappa veut fixer l'âge minimal du consentement sexuel à "13 ou 15 ans"
  • Le Premier ministre Hariri «libre» rentrera «très bientôt» au Liban

GOOGLE NEWS STORY – 13 NOVEMBRE 2017


La peur ne quitte pas les esprits et si elle s’atténue, si parfois on en oublie les causes, d’autres se chargent pour vous de la faire revenir. La peur a cela de particulier qu’elle est incontrôlable. On ne choisit pas d’arrêter d’avoir peur. On peut s’en convaincre, s’armer de courage pour l’atténuer mais on ne décide pas de ne plus avoir peur comme on déciderait d’arrêter de fumer. La volonté n’a rien à faire avec la peur.

Quittez votre domicile, installez vous à la terrasse d’un café, assistez à un concert ou tout simplement, allez vous balader en ville par une belle journée d’automne et la peur vous suit à la trace. Derrière vous, elle se cache, insidieuse, depuis que quelques-uns ont décidé que semer la terreur était la seule solution pour qu’ils se sentent exister, que faire peur provoquait une adrénaline sans pareille, que s’armer pour défendre un dieu dont personne n’est sûr de l’existence donnait un but à toute une vie, une raison à toute mort.

On a parlé de séisme au lendemain du 13 novembre 2015. C’en fut un dont la magnitude continue de nous secouer. Personne n’a le droit de créer un tel tremblement dont seule la nature jusqu’à alors s’arrogeait le droit. Une nature qui frappe tout aussi follement, aujourd’hui en Irak et en Iran. On renoue avec la peur et l’horreur. 213 morts dans un glissement de plaques tectoniques. Deux ans avant, 137 sous les Kalashs de Daesh. Les secousses sont violentes, les répliques une angoisse. Elles parcourent les corps encore vivants, elles répandent la peur dans de longues coulées qui traversent le temps et l’espace, de novembre en novembre, des montagnes d’Halabja jusqu’à nos terrasses.

La peur ne nous quitte pas, la peur emplit nos cœurs. Dans les contrées les plus reculées, on la sent battre dans les fossés, s’enfoncer dans les têtes, ressortir en drame, s’affoler dans des pleurs aussi longs que des fleuves. Les pays s’émeuvent, les peuples s’insurgent, les gouvernements vacillent. On s’exile, on craint des représailles. Au Liban, le premier ministre quitte le pays, annonce sa démission puis finalement, est prêt à se rétracter sous certaines conditions. On hésite, on cherche le coup d’éclat. On essaye de vivre avec la peur. Mais elle est souvent trop prégnante pour que l’on se sente vraiment libres. Alors, on se replie sur soi. Sous le poids de la peur, on plie. On souhaite mieux contrôler nos corps en usant de plus d’autorité jusque dans nos écoles où, pense-t-on, c’est là que la vie démarre et qu’avec plus de rigidité, seront formés des personnes qui n’auront plus peur.

Mais on ne contrôle pas la peur, même en légiférant contre la barbarie du monde. En voulant protéger à l’excès ne crée-t-on pas le terreau de la peur, ne sème-t-on pas les graines qui la feront prospérer ?
A vouloir décider de la vie des autres, de la majorité affective, de l’âge minimal où l’on consent à vivre comme de la liberté d’agir en conscience, ne mettons-nous pas un cadre à la peur pour que jamais elle ne disparaisse ?
  • 13.11.17

Google News Story 12/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 9h44 :

  • Gérard Collomb : "nous sommes mieux armés qu'il y a deux ans".
  • Antoine Dupont : «J'aurais peut-être pu marquer».
  • À Barcelone, des centaines de milliers de Catalans réclament la liberté des «prisonniers politiques».
  • L'Insoumise Raquel Garrido se retire de la vie politique.
  • Un nuage radioactif, sans doute venu de Russie, a survolé le sud de la France.


GOOGLE NEWS STORY – 12 NOVEMBRE 2017


Antoine Dupont aurait peut-être pu marquer. Hier soir, c’était son premier match au sein de l’équipe de France de rugby, contre les All Blacks. Il aurait pu marquer un essai entre les poteaux mais voilà, il ne l’a pas fait.
Comme Antoine, nous sommes beaucoup à avoir le sentiment qu’à un moment donné, on aurait pu faire mieux, faire différemment, être meilleur. On vit avec ça. Et après on revisite les paroles ou les actes qu’on aurait pu dire ou faire. Soit on se trouve des excuses, soit on épouse le remords jusqu’à la fin de nos jours.

A un moment donné, Raquel Garrido, aurait pu être ministre voire premier ministre mais non, ça ne l'a pas fait – à six cent mille voix près, lui rabâche son mentor depuis des mois. C’est bête, elle aurait pu mais non. Désormais, elle quitte la France insoumise, préférant certainement se soumettre au faste de la télévision.

A un moment donné, la Catalogne aurait pu être indépendante. Peut-être que ceux qui sont devenus des prisonniers politiques auraient pu être ministres ou du moins, ces hommes et ces femmes auraient pu marquer le destin de leur pays. Mais, ils n’ont pas su transformer l’essai. Le pack espagnol s’est regroupé, a dansé le Aka dans les rues de Madrid et c’en a été fini des espoirs catalans.

A un moment donné, il y a deux ans, on aurait pu être mieux armé contre le terrorisme. Mais voilà, malgré les attentats de Toulouse, de Charlie et de l’HyperCacher, avant donc ceux du Bataclan, on n’a pas su regrouper nos forces, construire une mêlée suffisamment puissante pour bouter les terroristes avant qu’entre les poteaux, ils aplatissent le ballon et nos vies. Certes, depuis on a appris, pris des mesures en conséquence, gonflé nos muscles. C’est dommage d’avoir tant attendu, tout de même.

A un moment donné, en septembre dernier, une centrale nucléaire russe a connu un accident et un petit nuage radioactif est venu se balader sur la France. On aurait pu le savoir mais non, on n'a rien su. On ne l’apprend qu’aujourd’hui, alors que le nuage avance comme un rouleau compresseur piétinant nos pelouses d’air. On aurait pu vraiment le savoir, ce n’est pas son premier match au petit nuage. En 1986, il a déjà chargé après l’explosion à Tchernobyl, mais à l’époque, on a préféré dire que notre défense avait été plus forte, qu’on avait stoppé le petit nuage avant qu’il ne franchisse nos frontières.

A un moment donné, on aurait pu mais on n’a pas fait.
Allez savoir comment les choses auraient évolué si on avait fait autrement, si, parfois dans un quart de seconde, on avait décidé de prendre un autre chemin, guidés par notre foi ou notre instinct, sans calcul. Allez savoir où se nichent les regrets, quelle force ils ont, quelle culpabilité ils engendrent, comment se porte notre conscience avec tous ces ratés au regard de la violence advenue des faits.

On ne sait pas, on a droit à un seul essai.
  • 12.11.17

Google News Story 11/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 9h26 :

  • EN DIRECT - Suivez les commémorations du 11-Novembre.
  • L'automobiliste qui a foncé sur des étudiants à Blagnac souffre d'antécédents psychiatriques.
  • Un mystérieux accident nucléaire se serait produit fin septembre en Russie.
  • France - Galles (2-0) : en attaque, quatre garçons dans le vent.
  • Voiture à contresens sur l'A75 près de Clermont-Ferrand : un jeune de 25 ans meurt dans l'accident.


GOOGLE NEWS STORY – 11 NOVEMBRE 2017


Les jours fériés font souvent des trous dans le calendrier. Un grand trou au milieu d’une semaine qui court plus vite que nos ombres ou, comme aujourd’hui, une combe planquée dans un week-end comme pour se faire oublier. Alors, bien enfouis sous nos plaids, on regarde les commémorations. On se souvient des gueules cassées de la première guerre. Les fleurs invendues de Toussaint finissent en gerbe sous l’Arc de triomphe. Plus beaucoup de poilus pour les voir se faner.
Pour le reste, on regarde les informations à la volée se perdre dans la grande tranchée du jour.

Plus de casques à pointes mais « quatre garçons dans le vent » à l’attaque. Dans le champ de bataille de Saint-Denis, la France bat le Pays de Galles. Très bien, encore une victoire sur l’ennemi. On fonce et on réfléchira après. On compte les gueules cassées : trois étudiants blessés par un automobiliste fou à Blagnac, un jeune homme décédé après avoir pris l’autoroute A75 à contresens et un mystérieux accident nucléaire en Russie qui ne compte pas encore ses victimes.

Pas grave, on a déjà trois blessés et un mort : ça ira pour un 11 novembre, on risquerait de manquer de chrysanthèmes.
  • 11.11.17

Au fusain

Le vent secoue les ombres,
une main dans le dos du ciel,

dessine au fusain l’esquisse
d’une fosse où sombrera le jour,

tandis que l’autre main
porte la nuit jusqu’à toi

qui attend quelque miracle
derrière une fenêtre sans fin.
  • 10.11.17

Google News Story 10/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 9h22 :

  • Grand ménage à la tête d'Altice.
  • Macron en visite surprise à Riyad pour tenter d'apaiser les tensions régionales.
  • Le retour des djihadistes français et de leurs familles sera examiné au cas par cas, affirme Macron.
  • À la Une : Emmanuel Macron se confie au Time.
  • Sens commun : le président Christophe Billan démissionne.

GOOGLE NEWS STORY – 10 NOVEMBRE 2017


Qui n’a jamais rêvé de faire le grand ménage ? Tout débarrasser quand les choses sont trop lourdes à porter, balancer tout dehors, vomir les trop-pleins. Lorsque l’immobilité spatiale et temporelle a fait son œuvre accumulant par strates vieilleries physiques comme tracas psychiques, c’est l’overdose qui menace et vous ronge de l’intérieur.
On a tous eu un jour cette envie mais lorsque ce sont les grands de ce monde qui vident leurs corbeilles, ce n’est pas sans dommages collatéraux. 

Et ce matin, c’est bien de ce grand ménage-là dont il s’agit.
Les djihadistes vont être triés aux frontières. Au cas par cas, les uns seront laissés dans la grande poubelle du monde, les autres seront mis dans le bac de recyclage en attendant d’être jugés.
Chez Sens commun où l’odeur du Front National dérange, on met un coup de Fébrèze en poussant son président à démissionner.
Autour de la table du conseil d’administration d’Altice, c’est la même chose, on vire. Lorsque le poisson est pourri, on lui coupe la tête. Pas de quartier, pas de considérations morales, il faut dégager pour mieux satisfaire les vraies têtes que l’on ne voit jamais, celles de cette hydre moderne qu’on nomme vaporeusement actionnariat.
M. Drahi coupe les têtes, d’abord celle de son PDG, Michel Combes, qui peut retourner désormais chez lui faire le ménage dans son grenier. Il faut rassurer les marchés après la débâcle du cours de la société en bourse. Il faut vider les poubelles et apaiser les tensions, assène-t-il à ses administrateurs, à l’instar de notre président qui nettoie et apaise sur le plan géopolitique, aujourd’hui à Riyad et plus largement partout où dans le monde nous pourrions faire des affaires. Il faut rassurer et convaincre les investisseurs. Lisez son interview dans le Time, leur dit-il, en brandissant le magazine sur lequel Emmanuel Macron est en couverture. Vous verrez, la vision de demain est là !

Oui, ce matin, on fait le grand ménage avant l’hiver. On pense qu’on y verra plus clair après, que la vision de demain sera meilleure, que les cours en bourse une fois allégés s’envoleront, que les terroristes tiendront gentiment dans les bacs et les containers. En attendant, les poubelles se remplissent, les frontières s’épaississent, deviennent des goulots d’étranglements.
Après le ménage, il faudra considérer les déchets avant qu’à nouveau, tout cela nous ronge de l’intérieur.
  • 10.11.17

La rumeur

La rumeur passe sous la porte.
Dans un courant d’air, secoue

le jour perdu entre deux fronces
que forment les sourcils de l’ombre.

Elle ne dit rien du silence
qui suit le bégaiement de la nuit,

rien qui n’évite ce raclement
de gorge pour avaler l’angoisse.
  • 9.11.17

Google News Story 09/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 9h16 :

  • Le Secours catholique réfute cinq idées reçues sur les pauvres.
  • Anne Hidalgo met des bâtons dans la grande roue de Marcel Campion !
  • Le contrôle des chômeurs par Pôle emploi aurait mené à 14 % de radiations.
  • L'association Anticor dépose plainte pour relancer l'enquête sur Richard Ferrand.
  • Yoann Barbereau, condamné en Russie, en fuite depuis un an, de retour en France.


GOOGLE NEWS STORY – 9 NOVEMBRE 2017


Ce mois-ci, Marie a été radiée. Chômeuse de longue durée, quatre ans qu’elle cherchait du travail. Elle fait partie de ces personnes victimes de la chasse aux sorcières que le nouveau gouvernement a lancée depuis quelques mois. 14% de gens qui se retrouvent sur le carreau.

Marie était caissière chez Auchan et c’est en 2013 qu’elle a perdu son emploi lorsque le supermarché a généralisé les caisses en libre-service. Les clients scannent eux-mêmes leurs produits, règlent par carte bleue. Plus besoin de main-d’œuvre, plus besoin de Marie.
Elle a fait quelques petits boulots. Elle a notamment été embauchée au guichet de la grande roue de la Concorde pendant les périodes de Noël mais cette année, il paraît que ce ne sera pas possible. Mme Hidalgo veut la supprimer.

Depuis 2013, elle a bien essayé de faire des formations mais elles n’ont abouti à rien. Elle a même un temps pensé partir en Russie pour un job humanitaire à l’Alliance française d’Irkoutsk. Puis, le directeur, un certain Yoann Barbereau, a eu des problèmes avec la justice russe. Condamné et poursuivi, il a dû fuir et le projet est tombé à l’eau.
Elle a ensuite tenté une reconversion comme secrétaire. Elle a même postulé pour un emploi d’assistante administrative au sein du mouvement « En marche ». Reçue par Richard Ferrant en personne, elle y a cru mais ça n’a rien donné. Devenu ministre puis président de groupe parlementaire à l’assemblée, lui aussi a eu des ennuis judiciaires et sa candidature est tombée aux oubliettes.

D’autres candidatures, d’autres échecs. La plupart du temps, on la trouvait trop âgée. Enfin, ce n’est pas en disant cela que les recruteurs la refusaient, mais, elle le sait, c’est son âge qui a posé problème dans de nombreux cas. Pourtant, à cinquante-cinq ans, elle se sent encore apte à travailler mais voilà, on préfère embaucher des personnes plus jeunes, soi-disant plus dynamiques, surtout des personnes qu’on pourra payer moins cher.
Enfin, Marie se dit qu’il ne faut pas se laisser envahir par les idées reçues. Ce n’est pas si simple. Et des raccourcis simplistes, elle en a entendu depuis quatre ans. « Si on cherche du travail on trouve » ou encore « Le chômage est la principale cause de pauvreté », quand on sait que près d’une personne sur cinq accueillies par le Secours Catholique travaille, dont un quart en CDI plein-temps, on voit bien que le malaise est ailleurs.

Que, oui, ce n’est pas si simple.
  • 9.11.17

Google News Story 08/11/17

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Titres du jour à 9h20 :

  • Donald Trump contre les anti-Trump.
  • Accusé de viols, Tariq Ramadan est mis en congé de l'université d'Oxford.
  • Un an après l'élection de Trump, les démocrates raflent la mise des élections partielles.
  • Le budget de la Défense fait l'objet de vifs débats.
  • Annonce Hulot sur le nucléaire: réactions politiques.


GOOGLE NEWS STORY – 8 NOVEMBRE 2017


Donald Trump, escorté de trois molosses, marche dans les rues de Séoul. Des barrières délimitent son trajet. Mélania Trump, dans son tailleur bleu, le suit quelques mètres derrière, un sourire de circonstance posé sur son visage figé. Donald serre des mains, lance des pouces levés à la foule massée derrière les barrières. Mélania parfois lève les yeux au ciel quand son mari s’adresse aux gens en les pointant du doigt.

Quelques pancartes anti-Trump brandies par la communauté américaine de Séoul fleurissent sur le passage du couple présidentiel. Sur celles-ci, on peut apercevoir des slogans qui demandent sa démission, des caricatures du président avec son visage citrouille, un Donald Trump derrière des barreaux ou encore des «  Yes, we can ! » semblant signifier que, oui, on peut, le peuple peut le foutre dehors.
Donald pointe du doigt, Donald harangue, Donald insulte et Mélania soupire. Elle se rapproche, le prend par le bras, le tire vers elle pour lui indiquer de se calmer. Dans l’oreille, Donald lui glisse : « Je n’aime pas les anti-moi. ». Mélania, stupéfaite, lâche le bras de son mari, s’arrête près d’une barrière laissant le président en parade la distancer.

Pendant ce temps aux États-Unis, les démocrates raflent la mise aux élections partielles. Le budget de la Défense initié par le président provoque de vifs débats contestataires. Donald Trump est affaibli mais pour l’instant ce qui compte c’est sa marche dans les rues de Séoul, c’est son discours qu’il va prononcer tout à l’heure. Le reste du monde peut attendre, lui, il est là pour parler fort à la Corée du Sud, très fort ; le plus fort possible pour que de l’autre côté de la frontière, Kim Jong-un comprenne bien qui est le plus puissant.

Mélania traîne des pieds derrière le président. Elle aimerait que la distance s’allonge entre elle et lui jusqu’à ce qu’elle puisse disparaître dans la foule, se fondre parmi ces visages anonymes, se libérer de ses obligations de « first lady ». Elle pourrait alors tout reprendre à zéro, terminer ses études à l’université d’Oxford. Pourquoi pas ? Elle a toujours rêvé de vivre en Europe. Au Royaume-Uni ou même en France, ça ferait l’affaire aussi. Pourvu qu’elle soit loin de son mari et des États-Unis. Puis en Europe, il y a Tariq avec qui elle a eu une relation aussi secrète et rapide que passionnelle et compliquée. Aujourd’hui, il aurait bien besoin de moi, se dit-elle. Peut-être même qu’en France, elle pourrait envisager une carrière politique, s’exprimer enfin librement, auréolée de son expérience retrouver Tariq ou tenter de séduire Emmanuel, le beau président français.

Ces pensées s’emballent tandis que Donald est déjà sur scène, derrière son micro, à hurler des fadaises à des coréens médusés.
Emmanuel Macron ou Nicolas Hulot. Il est beau, lui, quand il parle d’énergies renouvelables ou de nucléaire. Puis, l’environnement, c’est son truc à Mélania.

C’est décidé. Dès qu’ils rentrent à Washington, elle quitte Donald et se tire en Europe.




  • 8.11.17

Google News Story 07/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 9h10 :

  • À la Une : le bilan des six premiers mois d'Emmanuel Macron à l'Élysée.
  • En direct : les nouvelles révélations des « Paradise Papers ».
  • Nouvelle opération escargot des forains aux abords de Paris.
  • Fusillade au Texas: "Il ne s'arrêtait pas de tirer".
  • Le journal de 7h30 : un dénouement imminent dans l'enquête sur la mort d'Alexia Daval ?


GOOGLE NEWS STORY – 7 NOVEMBRE 2017

Aujourd’hui, à l’Élysée, Emmanuel Macron reçoit Christophe Castaner pour une réunion de travail. Dans son bureau, les deux hommes se saluent d’une poignée de mains franche et appuyée suivie d’une accolade généreuse :

- Six mois déjà que tu es au pouvoir, Manu, tu te rends compte ? Faut fêter ça !
- Oui, justement, je t’ai demandé de venir, Chris, car il faut qu’on communique efficacement sur le sujet et, en même temps, sans trop insister, tu vois ? Faut éviter le croquignolesque. On se fait un brief, rapido ?
- Ok, Manu, je t'écoute. Comment tu vois les choses ?
- Oh putain, t’as vu ?
- Quoi ?
- Les « paradise papers » !
- Oui et alors ?
- Chris, faut pas déconner avec ça. J’ai peur que ça me retombe sur la gueule cette histoire.
- Mais tu n’y es pour rien !
- Oui, si on veut… Et en même temps, c’est pas de la poudre de perlimpinpin ce dossier. Mets-toi en veille sur le sujet ok ?
- Ok, Manu. Pour tes six mois, alors, on fait un discours ?

Emmanuel s’assied à son bureau, sort son premier téléphone, puis le second, regarde l’écran de l’un puis l’écran de l’autre.

- Pourquoi j’ai pas encore un iPhone X, moi ?
- Euh je sais pas, Manu.
- Puis c’est quoi ce galimatias avec Campion et les forains ? Il fout le bordel chaque année celui-là. Balance le dossier à Bruno Roger-Petit, faut qu’il bosse un peu ce fainéant. Parles-en à Gérard aussi, faut que le ministre de l'Intérieur soit dans la boucle.
- Ok, Manu. Mais pour les six mois, on fait quoi ? Tu veux qu’on organise une soirée à la Rotonde. J’invite Bern et toute la clique ?
- Oui, c’est bien ça. Fais en sorte que j’ai le nouvel iPhone aussi. Je suis le président de la France. Je peux pas en même temps être technologiquement dépassé.
- Tu le veux de quelle couleur ?
- On s’en fout de ça ! Bon, pour les six mois, tu le vois comment le discours ?
- Eh bien, faudrait continuer à tracer la ligne vers où on tend en précisant combien tu es cultivé, beau, aimable et intelligent, tout en récapitulant tout ce que tu as déjà fait dans un discours dense et éclairé.
- Mouais. 

Un des téléphones dépassés d’Emmanuel Macron sonne. « Deux minutes, Chris, c’est Donald ! ».

- Hi, Donald ! How are you ?
- C’est la dogbed, Manu ! Au Texas, on a encore eu une fusillade où le fusilleur n’arrête pas de fusiller.
- La dogbed ?
- La chienlit, Manu ! Comme disait Charles. You know ?
- Ah oui, ok. Tu sais Donald, nous aussi, on a des fusilleurs qui n’arrêtent pas de fusiller. Tu te rappelles le Bataclan, Charlie tout ça ?
- Oui oui, mais nous c’est pas pareil. On est aux États-Unis d’Amérique. « Make America great again » et puis paf ça canarde dans tous les coins et moi, j’en prends plein la gueule, tu vois ?
- Oui bon, t’inquiète, on en reparle. Faut que je bosse sur la fête pour mes six mois à l’Élysée, parce que c’est mon projeeeet ! Je t’invite pour le 14 juillet ok ?
- Oh oui, merci, Manu, ça me détendra tes petits soldats !
- Allez bisou et God bless america hein ?
- Bisou, Manu

Emmanuel raccroche et reste un instant interdit à pianoter sur son téléphone.

- C’était Donald.
- Oui, j’avais compris, répond Christophe
- Il est bad, le garçon. Il est à deux doigts de péter les plombs.
- Moi je pense qu’il y a longtemps qu’il les a pétés. Ce mec est dingue, Manu !
- Oui mais c’est le président des states. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
- En parlant de dingues, t’as vu pour la joggeuse calcinée ? Paraît que l’avocat de la famille sait des trucs qu’on sait pas.
- Comment ça se fait ça ? On doit tout savoir avant tout le monde, Chris ! Je te l’ai déjà dit ça. C’est la dogbed dans cette équipe !
- Ok ok, Manu, ne t’énerve pas. J’en parle à Gérard et je lui dis de revenir vers toi.
- Ok, bon allez, faut que j’aille sortir Nemo sinon il va pisser sur la cheminée et je vais encore passer pour un con. Déjà que j’ai pas le nouvel iPhone.
- Ah et le discours pour tes six mois alors ?
- On verra plus tard. Check Chris !
- Check, Manu.



  • 7.11.17

Coulure

Ce soir est une coulure
rouge vif dans l'ouverture

blanche et poreuse
que crée un nuage laiteux.

Un passage pour le désir
accoudé au zinc du ciel

ou bien juste une envie
que le nuage va désosser.
  • 6.11.17

Google News Story 06/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 9h26 :

  • Etats-Unis : ce que l'on sait de la fusillade qui a fait 26 morts dans une église au Texas.
  • « Paradise Papers » : l'offshore est-il forcément illégal ?
  • Pierre Joxe demande des "excuses publiques" à la fille d'Éric Besson.
  • Trois départements en alerte orange dans le Sud pour vents violents.
  • Suppression du marché de Noël : Campion et les forains tentent de bloquer Paris.


GOOGLE NEWS STORY – 6 NOVEMBRE 2017

Ce matin encore,
ouvrir les papiers du paradis.

Se demander si tout ça est légal.
Si nous abreuver d’informations

venues d’enfer plutôt que du paradis,
de manière aussi brutale, est légal.

Si l’on doit vraiment compter
le nombre de morts au Texas.

Si le nombre 26 est moins terrible
que trente, cinquante ou cent.

Si le vent du Sud rend vraiment fou,
pourquoi le partager avec les gens du Nord ?

Si le marché de Noël est supprimé,
pourquoi ne pas annuler Noël aussi ?

Ne devrions-nous pas demander
des excuses publiques à tous ceux

qui broient du noir et nous le servent
à l’heure du café, chaque matin ?

  • 6.11.17

Apnée

Parfois il n’y a rien à côté,
que le vide entre deux respirs.

Mais cette apnée est celle
où tu te tiens, en attendant

que s’éveille une part de réel
entre la porte et le dehors,

dans le bâillement de la nuit
ou l’éclair de l’aurore à l’aube,

comme un chat guette l’oiseau.
  • 5.11.17

Google News Story 05/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Titres du jour à 9h22 :

  • Clarence Rodriguez : "Le prince héritier prend des risques inconsidérés pour que l'Arabie saoudite change".
  • Meurtre d'Alexia Daval : la jeune femme a été étranglée, mais pas violée.
  • Tariq Ramadan aurait couché avec ses élèves mineures.
  • Strauss-Kahn : "il est temps que le PS disparaisse".
  • Météo : 3 départements du sud placés en alerte orange aux orages et pluie-inondation.


GOOGLE NEWS STORY – 5 NOVEMBRE 2017


Dominique Strauss-Kahn attend dans le vestibule du palais d'Al-Yamamah que le prince héritier d’Arabie saoudite veuille bien le recevoir. Il feuillette un magazine trouvé sur le haut guéridon en marbre auprès duquel il est assis. Une sorte de Paris Match à la sauce saoudienne. Plus d’images cependant que de reportages ou d’interviews fouillés dans cette publication de toute façon rédigée en arabe, langue que l’ex-patron du FMI ne lit pas. On y voit le prince, Mohammed ben Salman, poser avec la journaliste française, Clarence Rodriguez, qui sort un livre sur la fulgurante ascension du futur roi. 

Dominique s’impatiente. Voilà une heure qu’il poireaute sous les dorures. S’il souhaite que son pays change, il faudrait que ce prince commence par ne pas faire attendre les grands de ce monde, se dit-il, lorsqu’il aperçoit au fond du long couloir approcher un majordome. Le domestique passe lentement devant lui, sans un mot, sans même un regard.
Il y a cinq ou six ans, cet homme assis ici comme un vulgaire voyageur de commerce était destiné à devenir le président de la cinquième puissance mondiale, et voilà qu’aujourd’hui, même le petit personnel ne le calcule plus. Dominique ronge son frein. Il ne va pas se plaindre. Le plus gros de ses ennuis judiciaires est derrière lui. L’opinion est accaparée ailleurs notamment avec les faits divers comme celui du meurtre d’Alexia, pauvre fille étranglée sur les bords de la Saône. Puis, au niveau des scandales, d’autres ont pris le relais : Tariq Ramadan accusé d’avoir couché avec ses élèves mineures ou encore Weinstein, bien-sûr, au centre de cette énorme affaire d'agressions sexuelles qui fait passer ses frasques d’antan pour du petit libertinage.

Depuis quelques mois, Dominique sent qu’il peut revenir sur le devant de la scène politique, qu’il en a les moyens. Il est temps qu’il retrouve une stature nationale voire internationale. Son parti politique moribond va disparaître, il en est convaincu, et c’est sur ses cendres qu’il renaîtra. Il faut maintenant qu’il avance tout seul en côtoyant les personnalités qui compteront demain. C’est l’objet de sa visite improvisée en Arabie saoudite. Il est persuadé qu’avec la nouvelle génération qui arrive au pouvoir, les pays du Golfe vont prendre une toute autre ampleur qu’auparavant.

Mais voilà, pas de prince à l’horizon. Le palais est silencieux. Il s’entendrait presque penser : « Tout de même, j’étais bien dans mon grand bureau au FMI. J’avais toutes les filles que je voulais. De jour comme de nuit. Tout le monde me baisait les pieds… et pas que les pieds. ». Il a chaud, il sent monter en lui une irrépressible pulsion sexuelle qui lui rougit les joues. «  Putain qu’est-ce qu’il fait chaud dans ce pays ! Ils ne m’ont même pas proposé à boire ! ».

Il regarde la couverture du magazine posé sur ses genoux. Le prince affiche un sourire carnassier sous une barbe noire fournie. A ses cotés, la jolie journaliste française semble faire un clin d’oeil aguicheur à l’objectif. Dominique se dit que c’est par elle qu’il doit commencer. C’est elle qui va l’introduire auprès du prince. C’est plus malin que d’attendre ici dans ce vestibule surchauffé que son altesse daigne lui accorder une audience. Il se saisit de son smartphone, envoie des SMS à deux ou trois personnes bien placées afin d’obtenir le numéro de Clarence Rodriguez. Cinq minutes plus tard, il le reçoit de sa secrétaire accompagné d’un smiley qui tire la langue. Il l’appelle :

- DSK à l’appareil.
- Bonjour M. Strauss-Kahn ! Que me vaut...
- Je veux vous voir. Vous êtes où ?
- En France, dans le Gard sous une pluie torrentielle, orages, tempête. Je vous passe les détails, ça risque de couper, M. Straus-Kahn !
- Laissez tout tomber et prenez le premier avion pour Riyad !
-

  • 5.11.17

L'instant à côté

Sous l’épais rideau de poix,
la fenêtre a envie de lumière.

Le ciel trépasse sans un pli,
tandis qu’un sourire de lune

allume la vitre d’un reflet,
un éclat roux que seul voit

celui qui tient l’instant à côté.
  • 4.11.17

Google News Story 04/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 9h40 :

  • Puigdemont, l'imprévisible président catalan "en exil" déconcerte.
  • Donald Trump se lance dans un périple de 10 jours en Asie.
  • Agressions sexuelles : la police de New York a « un vrai dossier » sur Weinstein
  • Fresnes: des dizaines de touristes asiatiques dépouillés devant leur hôtel.
  • États-Unis : Disney World se savait infesté d'alligators avant la mort d'un enfant.


GOOGLE NEWS STORY – 4 NOVEMBRE 2017


Un alligator dort paisiblement sur la plage artificielle d’un des nombreux lacs du gigantesque parc d’attractions Disney World. Mâchoires serrées, yeux renflés et ventre repu, l’animal émet un ronflement régulier. Autour du lac, quelques bambins s’animent, prennent des photos, sont excités et voudraient bien le toucher mais une pancarte l’interdit et les barrières érigées à dix mètres de la bête sont infranchissables.

Pendant ce temps, Donald Trump décolle pour une tournée de dix jours en Asie. Là-bas, l’attend le dossier explosif de la Corée du Nord, un vrai dossier à sa hauteur, pas comme dans son pays où les menues affaires sexuelles d’un magnat d’Hollywood lui passent au-dessus de la tête. Là-bas, c’est du lourd, du sérieux, mais les frontières y sont tout aussi infranchissables qu’à Disney World et ça, ça a le don d’irriter l’égo du président.
A bord d’Air Force One, installé dans son large fauteuil en cuir fauve, Donald s’est endormi. Il rêve de cette face jaune de Kim Jong-un. Il rêve d’approcher cette bête sanguinaire pour lui tordre le cou. Il n’en ferait qu’une bouchée.

L’alligator bouge une patte et c’est une nuée d’écrans de téléphones qui se lève pour filmer l’instant. Mais il ne fera plus aucun autre mouvement. Il dort et lui aussi semble rêver. De quoi peut bien rêver un alligator ?
A la liberté de retourner dans les marais sauvages, dans son pays d’origine comme Puigdemont rêve de mettre fin à son exil pour retourner dans sa Catalogne natale ? Ou bien rêve-t-il simplement d’aller sur l’autre rive dévorer les bambins, de parcourir ensuite les allées en rotant, de vider les hôtels de leurs occupants, de dépouiller tous ces touristes asiatiques avec leurs bagages en croco ?
Ou alors et c’est le plus plausible, un alligator n’est qu’une tête vide et ne rêve pas.

L’avion présidentiel atterrit à Séoul. Le président se réveille brusquement. Tout son corps est engourdi comme s’il venait de terminer un combat à mains nues. Sur le tarmac, les officiels sud-coréens l’attendent et dès qu’il franchit la porte de l’avion en dressant un poing conquérant au pays des Hans, c’est une nuée d’écrans de téléphones qui se lève pour filmer l’instant. 
Donald Trump descend lentement l’escalier en savourant sa toute puissance : « Je suis un vrai puissant, un vrai alligator, je vais tous les bouffer ! ».

  • 4.11.17

Google News Story 03/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 7h57 :

  • Procès Merah : Latifa Ibn Ziaten estime que la justice n'est pas allée « jusqu'au bout ».
  • L'organisation Etat islamique revendique l'attentat de New York.
  • Le compte Twitter de Trump désactivé par un employé du réseau social.
  • Pourquoi les femmes ne devraient plus travailler à partir de ce vendredi.
  • Patrice Evra perd ses nerfs et frappe un supporter.


GOOGLE NEWS STORY – 3 NOVEMBRE 2017


Manon s’est levée tôt, ce matin. Elle doit absolument boucler le dossier sur lequel elle travaille depuis des mois. La plaidoirie a lieu cet après-midi à la cour d’assises.
Elle dépose la pile des pièces sur son bureau, un dossier de cinquante centimètres de haut qui déborde de dépositions, de documents en double, en triple exemplaire, d’assignations, de conclusions, de précédentes décisions rendues dans la même affaire, etc.

Manon doit se réveiller rapidement et aller jusqu’au bout. Elle pense à ça : aller jusqu’au bout, fouiller dans cette tonne de paperasse jusqu’à trouver un axe à sa défense. La justice est trop souvent accusée de ne pas aller jusqu’au bout. Évidemment, c’est l’affaire Abdelkader Merah qu’elle a en tête et la décision rendue hier qui, au-delà de l’opinion et de la colère des victimes, secoue aussi le landerneau judiciaire.

Aujourd’hui, elle ressent encore plus fortement le poids de sa responsabilité. Jeune avocate, c’est le premier dossier important qu’elle doit mener à bien. Elle défend un assassin. Elle en est convaincue. Mais son client a pris le parti de plaider non-coupable, de ne rien revendiquer des accusations dont il fait l’objet. Quand il s’agit d’un crime, c’est Maître Dupont-Moretti qui un jour lui a dit ça dans les couloirs du tribunal, lorsqu’il s’agit d’un crime, il ne te faut rien revendiquer à la place de ton client, suis-le ! Jusqu’au bout ! Il n’y a que les organisations terroristes comme l’EI qui revendiquent leurs crimes, les autres, sont dans le déni. Toujours.
Mais dès lors, comment aller jusqu’au bout ? Manon doute. Au fond d’elle, elle ne sait plus très bien si elle est en capacité de défendre quelqu’un qu’elle sait pertinemment coupable.

Elle lève un instant la tête de son dossier, regarde le jour se lever à travers la fenêtre. Un bleu pur qui ne ment pas et au milieu un long nuage dressé à la verticale comme le bâton de la justice. La justice doit se dresser pour la vérité. Il faut avoir du courage pour l’affronter. Pas simplement dans les cours d’assises mais aussi dans la vie de tous les jours : aussi futiles soient-ils, accomplir des actes qui concourent à un sentiment de justice. Comme couper le compte Twitter du président des États-Unis quand il dit trop de conneries, par exemple. Elle sourit à cette pensée alors que le nuage de la justice poussé par le vent se décompose çà et là, en formant d’abord un point d’exclamation et puis lentement en amorçant une courbe sur le haut, un grand point d’interrogation.

Manon replonge dans les dernières déclarations de son client, cherche la faille, celle qui lui permettrait de prendre le lead, comment on dit dans le jargon. Reprendre l’avantage sur les parties civiles qui, il faut bien qu’elle se l’avoue, mènent pour l’instant le jeu. 
Aller jusqu’au bout ! Elle répète cette phrase dans sa tête comme un mantra.

En face, le procureur, un homme aguerri, plus de trente ans de métier, ne lui fera pas de cadeau. En plus de ses compétences, ce vieux roublard se double d’une misogynie incroyable. Là aussi, il faudra qu’elle aille jusqu’au bout, qu’elle ne se laisse pas dévoyer par ses habituelles blagues lourdingues. L’autre jour – rebondissant sur un communiqué d’un collectif féministe faisant état qu’à partir de ce vendredi, au vu des disparités salariales, on peut considérer que les femmes travaillent bénévolement jusqu’à la fin de l’année – ce mufle a sauté sur l’occasion pour l’inviter à rester chez elle cet après-midi : « Ne viens pas plaider, si tu n’es pas payée ! » lui a t-il asséné en descendant les marches du palais. Un rire gras partagé entre hommes s’ensuivit sans que Manon ne sourcille.
Elle aurait pu s’énerver, avoir envie de le frapper, elle l’aurait fait volontiers. Mais elle a assez à faire avec la violence des autres. Celle de ses clients bien sûr mais aussi celle qu’elle définit comme gratuite. Des actes isolés comme dernièrement celui de ce joueur de foot qui s’en est pris subitement à un supporter sans raison. Un de ces multiples actes qui la laissent pantoise car inexplicables, inexcusables, indéfendables, à part d’invoquer la folie !

Aller jusqu'au bout ? Il est dix heures et Manon n’a pas avancé d’un pouce. Son client sera condamné si elle ne trouve pas une défense viable d’ici midi. Peut-être qu’il en serait mieux ainsi, peut-être qu’elle n’est pas faite pour ce métier, peut-être qu’elle devrait rester à la maison cet après-midi.
  • 3.11.17

Google News Story 02/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. 
Les titres du jour à 8h11 :

  • DIRECT. Attentat de New York : Trump réclame la peine de mort pour son auteur.
  • RER A: Le trafic reprend ce jeudi matin.
  • Pyrénées-Orientales: Il décède après avoir été attaqué par ses deux chiens
  • Harcèlement sexuel : le ministre britannique de la Défense démissionne.
  • Légion d'honneur : le (tardif) retour du mérite.


GOOGLE NEWS STORY – 2 NOVEMBRE 2017


Donald s’ennuie dans son grand bureau ovale. Il fait les cent pas, s’assied sur son sofa, s’allonge puis se relève. Quelques pas encore à tourner en ovale, puis il saisit son téléphone et publie un tweet : « Le terroriste de NYC [New York City] était satisfait et a demandé que le drapeau de l'EI soit accroché dans sa chambre d'hôpital. Il a tué 8 personnes et en a grièvement blessé 12. IL DEVRAIT ETRE CONDAMNE A MORT ! ».
Voilà, se dit-il, en sautant lourdement sur son fauteuil, il fallait que je le dise !

Pendant ce temps à Paris, alors que Trump s’arroge le droit de vie ou de mort en 140 caractères, le RER A démarre lentement. A l’intérieur, le gris de l’automne se lit sur tous les visages. Les paupières sont baissées, certains continuent leur nuit, d’autres, yeux rabattus sur leurs petits écrans, prennent connaissance vaguement des nouvelles du monde.

Jean ouvre son smartphone et lit le tweet du président des États-Unis. Il va mal finir, pense-t-il.
De l’autre côté de la rame, Paul like le tweet et le partage comme 14508 personnes avant lui. Cela fait quatre heures que le président n’a pas tweeté. Ce n’est pas normal.

Jean lit les commentaires attachés à ce tweet. Une bande de chiens galeux adoubent le maître du monde, des fans qui ne manquent pas une seule des saillies de l’homme censé diriger le pays le plus puissant de la planète. Jean est effaré. Un jour, ces mêmes chiens se retourneront contre lui. Une telle meute deviendra vite incontrôlable, c’est lui qu’ils tueront ! Ou alors, c’est la curée actuelle contre tous les puissants mâles de son espèce qui aura sa peau. Ses multiples harcèlements sexuels seront révélés, comme il semblerait que ce soit le cas désormais pour le ministre britannique de la Défense, et là, il sera destitué.

Après son retweet, Paul se gargarise. Enfin, un président qui prend les choses en mains, qui agit contre le terrorisme, écrit-il en commentaire de la publication de Donald Trump.
« Il mérite la légion d’honneur, que Macron la lui donne et vite ! »
« Voilà un homme qui a le mérite de réagir rapidement et bien ! ».
« Vive Donald Trump ! ».
« Qu’il les tue, tous ! ».
Une salve de tweets que Paul lance sur le réseau de manière irrépressible. Il en a la bave qui lui coule des lèvres. Ses doigts sont passés en mode automatique, sans contrôle de son cerveau qui semble s’être mis sur pause.

A la station La Défense, Paul et Jean descendent. Pris par la cohue, ils se bousculent légèrement à la sortie de la rame. Jean s’excuse, leurs regards se croisent. Paul sourit et continue son chemin. Jean le suit, le rattrape et lui tape sur l’épaule. Paul se retourne :

- Tu es Paul Blanc ?
- Oui et toi Jean Grémond ?
- Ça alors ?
- Le lycée Voltaire ?
- Oui, c’est ça !
- Oh là là ! Ça fait trente ans au moins, non ?

  • 2.11.17

Google News Story 01/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Les titres du jour à 9h20 :

  • Joggeuse disparue : «Elle était heureuse», souffle un proche.
  • États-Unis : ce que l'on sait de l'attaque à la camionnette qui a fait huit morts à New York hier soir.
  • Chômage, tarifs médicaux : ce qui change au 1er novembre.
  • Toussaint : une start-up permet de fleurir les tombes à distance.
  • PSG-Anderlecht (5-0) : la folle soirée de Layvin Kurzawa.


GOOGLE NEWS STORY – 1er NOVEMBRE 2017 


Ce que l’on sait de l’attaque à la camionnette à New York ? Qu’elle a fait huit morts et c’est déjà une information suffisante. 
Ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. Comment vraiment savoir si ce que l’on sait est plus important que ce que l’on ne sait pas ?

Qu'est-ce que l’on sait de Layvin Kurzawa, auteur d’un triplé lors d’un match de foot ?  Rien, à part qu’il est heureux comme la joggeuse disparue « était heureuse ». Voilà une belle hiérarchie de l’information !
Alexia Daval, disparue depuis samedi matin, « était heureuse ». Ce que l’on sait ici, si on ne va pas plus avant, c’est que cette révélation n’est pas satisfaisante quant à la compréhension de l’affaire. Elle « était heureuse » et puis quoi ? Si ce n’est l’emploi du passé – elle était heureuse donc ne l’est plus, donc elle est morte ? – rien à la seule vue du titre de presse ne nous renseigne sur les faits, ne nous dit quoi que ce soit de plus sur cette disparition.

Seule certitude en ce 1er novembre, des choses changent et disparaissent concernant le chômage et les tarifs médicaux. Mais sait-on tout de ces modifications, de ces suppressions et de leurs répercussions ? 
Qu'est-ce que l’on sait, qu'est-ce que l’on va chercher à savoir du chômage si on a un emploi ? Qu'est-ce qui nous intéresse de connaître sur les tarifs médicaux si on a vingt ans et qu’on est en pleine forme ?

Qu'est-ce que l’on sait encore de la disparition de nos chers en ce jour de Toussaint où les tombes vont tout à coup fleurir sous l’injonction du calendrier ? Qu'est-ce que l’on sait, que va-t-on retenir et éprouver si, comme le préconise cette nouvelle application en ligne, on fleurit nos tombes à distance, si finalement c’est un rappel sur notre smartphone qui déclenche le souvenir d’un proche disparu ?

Des disparus, des supprimés, des non-dits, des cachés : ce que l’on en sait, c’est qu’on ne sait rien et c’est important de bien le savoir.

  • 1.11.17

Sans complaisance

Regarder longtemps la nuit tomber.
Chaque jour, gratter entre les nuages

pour chercher ce qui manquait hier.
Laisser le regard balayer le crépuscule,

n’en retenir qu’un point et le fixer.
Tourner autour sans complaisance.

Lui tirer les vers du nez.
  • 31.10.17

Google News Story 31/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.

Les titres du jour à 9h38 :

  • Perpétuité requise contre le frère du tueur (Merah).
  • L'embellie de la croissance française se confirme.
  • RER A : aucun train ne circulera entre Auber et La Défense ce mardi.
  • Catalogne : Puigdemont, menacé de poursuites pour «rébellion», serait à Bruxelles.
  • Dérèglement climatique : la santé mondiale en danger.


GOOGLE NEWS STORY – 31 OCTOBRE 2017 


Carles Puigdemont est heureux ce soir. On est dimanche, il est devant la télévision de la chambre 103 de l’hôtel Le Plaza à Bruxelles et il exulte, saute comme un cabri sur l’épaisse moquette rouge.
Gerone, ville catalane dont il est le maire, vient de battre le Real Madrid, 2 à 1 !
Comment ne pas y voir un signe ? Comment ne pas se raccrocher à ce résultat ? Y croire encore, croire qu’il pourra revenir en Catalogne en vainqueur.

En attendant, il est bloqué dans cet hôtel au moins jusqu’à mardi. Après il faudra qu’il parle à ses concitoyens, qu’il réponde aux poursuites qui sont engagées contre lui. Sa défense se prépare fébrilement. Accompagné de se plus proches collaborateurs venus le rejoindre dans sa chambre, il échafaude le plan de communication :

- Ça va être chaud ! lance Thomas.
- Non, ça va le faire, s’enthousiasme Juan, c’est pas comme si tu risquais perpète comme le frérot à Merah ! hein, Carles ?

Carles lève les yeux au ciel, se dirige vers le petit frigo près de son lit, en sort quatre canettes de bière et les pose sur la table de réunion.

- Bois un coup, Juan, au lieu de raconter des conneries.
- On leur a bien mis au Real, hein les gars ! s’extasie Felipe en s’allongeant sur le lit du gouverneur. On va gagner, c’est sûr !
- Tu peux te lever de mon lit s’il te plaît !
- Oui, oui, ok ! Sois pas relou ! T’es même plus gouverneur, aujourd’hui !

Carles sourit face à la légèreté de ses sbires. Puis demande à Thomas d’écouter le discours qu’il a préparé. 

- Ok je t’écoute, Carles, fais péter !
- Sois sérieux, Thomas, c’est une sorte de répétition pour mardi, ok ?

Thomas s’assied face à Carles, un calepin posé devant lui, un stylo d’une main et sa bière de l’autre.

Très chers compatriotes, très chères compatriotes,

Nous avons devant nous de grands défis pour la Catalogne indépendante mais aussi pour la Catalogne dans l’Europe. Sachez que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour relever ces défis. Il y a de nombreux signes encourageants qui nous prouvent que nous pouvons réussir, ensemble. La croissance économique repart comme nous le montre l’embellie durable que connaît la France depuis plusieurs mois. Le dérèglement climatique qui menace la santé mondiale, paradoxalement, est une chance. Il va nous permettre de relancer l’économie verte et le secteur de l’industrie bio, de mettre en place des plans sur le long terme, créateurs d’emplois et donc de croissance…

- Putain, Carles, tu nous parles pas de nous, là ! Tu bavasses comme si t’étais déjà président de la Catalogne ! Oh, mon vieux, ils t’ont foutu dehors ! Tu te rends compte ou pas ?
- Thomas a raison ! Tu es à côté de la plaque. Pourquoi tu nous parles de la France ? Tu fais une revue de presse ou quoi ? Attends, bouge pas…

Juan balaye les informations sur son téléphone.

- Tiens, j’ai ça aussi : « Aucun RER ne roulera mardi entre Auber et La défense ». Tu veux pas caser cette info dans ton discours, tant que tu y es !

Carles ouvre une autre canette nerveusement. En renverse la moitié sur la table. La mousse s’étale, vient grignoter les pages du discours, le noie complètement.

- Ok, les gars. On fait quoi alors ?
- On boit après on verra ! crient les trois conseillers en même temps.
- ¡ salud !


  • 31.10.17

Un sourire

Un sourire éclaire la rue,
son pas est sûr, son corps robuste.

Il efface une ombre, part à cloche-pied,
corrige sa trajectoire, tombe

et se relève aussi vif qu’hier
aussi déterminé à ralentir

la nuit et son coupe-gorge.

  • 30.10.17

Google News Story 30/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Les titres du jour à 9h15 :

  • Le trouble du monde associatif et religieux musulman face à l'affaire Tariq Ramadan.
  • Réforme de l'université: vers une sélection qui ne dit pas son nom ?
  • La SNCF mise en cause dans l'accident du TGV d'Eckwersheim.
  • Haute-Saône: disparition inquiétante d'une joggeuse de 29 ans.
  • EN DIRECT - Le procès Merah à l'heure du réquisitoire.


GOOGLE NEWS STORY – 30/10/17


Alexia a chaussé ses baskets roses, mis son short noir et son gilet rouge. C’est samedi vers neuf heures qu’elle s’élance sur les bords de Saône pour son jogging matinal.
Il fait frais. C’est troublant cette fraîcheur soudaine alors qu’il y a encore quelques jours l’été semblait s’être installé jusqu’à noël. Elle a bien fait de prendre son gilet.

Quand même, c’est troublant, les jours qui défilent, les saisons qui s’empilent sans qu’on ne puisse rien y changer. Tout avance, pourtant Alexia a du mal à se retrouver dans ce mouvement.
Il n’y a personne sur la berge, des kilomètres de vide à perte de vue, personne d’autre qu’elle, qui court. Elle a le sentiment que c’est le paysage qui défile, que c’est le fleuve qui court à côté d’elle et non pas elle qui avance. C’est troublant. Un peu comme quand vous êtes dans une gare, installé dans un train, et que le train voisin démarre. A ce moment-là, vous avez l’impression que c’est le vôtre qui recule. C’est troublant comme elle a souvent l’impression de reculer.

Le monde est troublant en général, se dit-elle, tout en regardant l’eau du fleuve la dépasser. Chacun d’entre nous, enfermé dans sa sphère, subit le trouble des autres. Ces autres morceaux de vies, faits divers ou de société, tombent pêle-mêle sur les téléscripteurs modernes et forment ce grand fleuve vaseux.
La SNCF est mise en cause dans l’accident d’un TGV, c’est troublant. Tariq Ramadan crée le trouble dans sa propre communauté qui reste silencieuse, pétrifiée par le flot des révélations. L’université admet ses étudiants à partir de critères troublants ; certains y voient un nouveau barrage érigé sur le grand fleuve de l’éducation. Le frère de Mohammed Merah comparaît devant la justice pour un réquisitoire troublant, plusieurs années après le drame, comme si le temps n’avait pas avancé, comme si Abdelkader Merah avait pris place dans le train qui recule.

Alexia recule, Alexia court dans le vide, Alexia est sur le quai à regarder le train du fleuve qui ne s’arrête jamais.
Alexia ne reviendra pas de son jogging. A midi, samedi 28 octobre, son mari déclare sa disparition. Depuis, l’eau de la Saône est encore un peu plus trouble.

  • 30.10.17

Trop tôt

Le vent tire le tapis
sous les pieds du ciel,

deux nimbus en défense
s’effondrent sur eux-mêmes.

Un cirrus tente l'espace mais,
dans le repli d’une ombre,

les goélands brament déjà
la fin de la partie.

Il est vraiment trop tôt
pour recevoir la nuit.
  • 29.10.17

Google News Story 29/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. 

Les titres du jour à 9h11 :

  • Pour Wauquiez, il y a une « haine de la province » chez Macron.
  • En Catalogne, le camp du maintien en Espagne veut se faire entendre.
  • Villejuif, un jeune homme fait une chute grave du toit d’un métro.
  • Réglez vos montres, on est passé à l’heure d’hiver cette nuit.
  • Pas-de-Calais : un motard  flashé 156 fois par le même radar… en un an.


GOOGLE NEWS STORY – 29 OCTOBRE 2017

« La vie est un songe » disait Pedro Calderón. Les Catalans vivent-ils dans un songe ? Au beau milieu d’un rêve éveillé d’une indépendance qui demeurera virtuelle ? Quoi qu’il en soit, les positions se rééquilibrent et le camps du maintien de la région dans le giron espagnol gagne du terrain. 

Illusion ou réalité, Calderón aurait bien du mal à démêler l’écheveau. Sigismond a aujourd’hui plusieurs visages, bien pâles quant à l’avenir du royaume. Pendant ce temps, en France, le roi Macron ne se pose pas tant de questions métaphysiques et ce ne sont pas les roquets comme le sieur Wauquiez, à la bave coulant sur les chaussures à l’idée d’être dans cinq ans calife à la place du calife, qui semblent l’inquiéter. Même si le duc LR ne manque pas de fiels pour aller détrôner l’auguste roi, allant jusqu’à faire passer la macronie pour une vulgaire caste germanopratine. 

La vie est un songe et parfois un cauchemar. A tant palabrer sur tous les toits de France et de Navarre, parfois, on tombe de haut. La jeunesse se hisse sur les toits du métro pour mieux chuter. Un rêve de toute puissance qui échoue, le royaume d’un jour pour les plus désaxés. Alors, lorsque le peuple ne comprend plus rien à l’autodétermination de chacun, c’est la folie qui répond. On souhaite toujours monter plus haut, on veut aller toujours plus vite au mépris de toutes les lois. On cherche l’adrénaline juchés sur des bêtes mécaniques jusqu’à parcourir des centaines de kilomètres en moins d’une heure. On espère gagner du temps. On s’invente même des heures irréélles en reculant nos horloges.

La vie est un songe, il faut nous éveiller.

  • 29.10.17

Chanson douce

Une chanson douce, un peu désuète, descend dans la rue. C’est un air entraînant dont peu de gens résistent à fredonner la ritournelle.

On sifflote comme des passereaux au coucher du soleil, on tape du pied en cadence, on fait un peu de yaourt avec les paroles, parce que toujours la langue baragouine quand la musique est sucrée et un peu vieillotte.

Un seul reste impassible. Peut-être lui manque-t-il un peu de douceur, un peu de désuétude ?
  • 28.10.17

Google News Story 28/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. 

Les titres du jour à 10h03 :

  • La Catalogne se réveille sous tutelle, l'Espagne divisée.
  • Changement d'heure : la France passe à l'heure d'hiver.
  • Aulnay-sous-Bois : 9 mois après, Théo "va mieux".
  • Dossiers JFK : un assassinat qui fascine toujours, 50 ans plus tard.
  • États-Unis : premières inculpations dans l'affaire russe.


GOOGLE NEW STORY – 28 OCTOBRE 2017


Théo va mieux. Quelques mois après son agression par des agents de Police, dont l’un d’eux est soupçonné de l’avoir violé, il reprend lentement goût à la vie. Il veut que justice soit faite, pour en finir avec cette histoire. Théo a repris un travail à mi-temps, tente de vivre comme il vivait avant. 

Ce matin, à Aulnay-Sous-Bois, la brume coiffe les immeubles d’en-face. Un soleil baveux la surplombe, un soleil fatigué qui se couchera une heure plus tôt à partir de demain. La nuit prendra bientôt les immeubles dès 18h, dès qu’il revient du boulot. Théo regarde ce ciel brouillon, cet automne qui s’installe et ça lui file le cafard. Son frère organise prochainement un rassemblement sur les lieux du drame. Il va encore falloir se battre pour arriver à se faire entendre, pour disperser la brume bureaucratique et judiciaire, pour qu’on puisse enfin regarder la vérité en plein soleil, sans se brûler les yeux. 

Depuis l’agression, Théo n’entend plus le monde. Il écoute rarement les informations, il a tant à faire pour remonter la pente, qu’il prête peu d’attention à la vie autour de lui, aux évènements autres que ceux qui le touchent dans sa vie quotidienne.
Il s’est mis à lire, essentiellement des polars ou des livres fantastiques. Il vient de finir « 22/11/63 » de Stephen King où l’auteur revient sur l’assassinat de JFK. Il a beaucoup aimé cette histoire dans laquelle il a pu voyager, revenir en 1963, faire des allers retours entre le passé et le présent. Grâce au talent de l’auteur, il a oublié durant quelques heures son quotidien. Alors quand il entend à la télévision qui tourne à vide la plupart du temps, – elle est allumée pour qu’il y ait une présence, un fond sonore dans l’appartement, pour qu’il se sente moins seul – lorsqu’il entend que cette histoire d’assassinat revient à la une, il s’assied devant le poste et écoute les derniers rebondissements.
Le présentateur du JT aborde rapidement le sujet comme s’il faisait le pitch d’un roman et Théo a l’impression de prolonger sa lecture dans la vie réelle, du moins dans la représentation du réel que le journaliste veut bien lui donner.

Les sujets s’enchaînent. Aux États-Unis, il n’y a pas que le dossier JFK qui intrigue. L’affaire de l’ingérence russe dans la dernière campagne présidentielle ébranle plusieurs personnes importantes. On ne cite pas de noms mais on promet que des têtes vont tomber. Théo, lui, depuis neuf mois, ne voit qu’un seul visage, qu’une seule tête qu’il voudrait voir tomber, celle de son agresseur. 
Le journaliste n’a pas grand-chose à dire de plus sur ces prétendues révélations alors ça zappe encore pour passer à un sujet sur l’Espagne qui désormais s’englue dans la division. On parle de mise sous tutelle de la Catalogne. Théo ne s’est pas très bien ce que cela veut dire. Il remarque juste que tout ce jargon juridique l’étouffe, que depuis son agression, on l’embrouille à coups de termes, de phrases, de concepts alambiqués, que tout ce langage n’est manipulé que pour masquer encore un peu plus la vérité. 

Le JT du matin se termine par la météo, comme d’habitude. Théo regarde les gros nuages sur la carte qui vont bloquer la région parisienne toute la semaine prochaine. Ils ressemblent à ceux qui persistent dans sa tête.
Le présentateur lui souhaite une bonne journée, lui dit qu’il aura le plaisir de le retrouver demain, à la même heure. Il sourit. Il espère que, demain, on parlera de lui dans le poste.

  • 28.10.17

Google News Story 27/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. 

Titres du jour à 9h10 :

  • Macron sous pression en Guyane.
  • Journée décisive en Catalogne, menacée de perdre son autonomie.
  • Air Cocaïne : Christophe Naudin condamné à 5 ans de prison.
  • 22 novembre 1963 : le mystère Kennedy vraiment enterré ?
  • Sud-Ouest: plusieurs cas de noyades, un homme porté disparu.


GOOGLE NEWS STORY – 27 OCTOBRE 2017


Un vendredi matin comme un autre sur la plage du Vieux-Boucau, station balnéaire des Landes. Le monde marche sur trois pattes, tousse un peu mais les touristes sont déjà là à longer l’océan. Des températures très élevées pour la saison aident à oublier, ou du moins dispersent au large les informations qui tombent une à une comme tous les jours, avec leur lot de chagrins et de peurs.

Hervé fait son jogging quotidien. Il est sorti à huit heures, accompagné de son chien. Tandis qu’il trottine, il pense à ce jeune homme de vingt ans disparu hier, ici même. La vie ne tient à rien, se dit-il. Le chien semble aussi affecté par ce drame. Il jappe anormalement, lui passe entre les jambes, l’empêche de courir.
Quelque peu essoufflé, il s’arrête un instant et contemple le lever du soleil. 
Hervé a quarante ans, fait du sport régulièrement, ne fume pas, ne boit pas. Mais aujourd’hui, comme son chien, il sent qu’il en a plein les pattes. Il s’assied en tailleur près des vagues, l’eau et le chien lui lèchent les baskets. Cette boule de poils a envie de jouer. Hervé se saisit d’une branche à portée de main puis la lance au cabot qui s’élance comme une furie sur la grève.

L’image du jeune homme noyé se confond avec celle de l’océan qui déploie d’immenses rouleaux poussés par un vent qui grossit au fil des minutes. A chaque lame qui retombe, Hervé croit voir le pauvre garçon sortir des eaux hurlantes, comme s’il pouvait vraiment revenir d’entre ces grandes mâchoires. L’océan, cet ogre jamais rassasié, dévore tout. Le bon comme le mauvais.
Puis ce sont les images de son frère qui reviennent flotter au-dessus de l’écume. Des années qu’il ne l’a pas vu. Voilà un homme qui aurait pu sauver ce gamin, s’il n’avait pas mal tourné. En 2015, Christophe, après avoir été impliqué dans une sombre histoire baptisée « Air cocaïne », a été incarcéré à Saint-Domingue. Dès lors, il n'a plus eu de nouvelles. Il ne le verra plus. Un océan de cupidité l’a emporté à jamais.

Le chien tourne autour d’Hervé, le petit bois flotté dans la gueule, et la mélancolie n’arrête pas de faire des bonds dans l’océan. Hervé est seul, terriblement seul. 
D’habitude, il s’accommode de sa solitude, mais ce matin les vagues sont trop hautes. Son frère est en prison, sa femme l’a quitté pour un Américain et il n’a pas d’enfants. Il ne lui reste que son père et sa mère, séparés depuis vingt ans. Contrairement à lui, tous les deux sont engagés politiquement, de vrais activistes qui ont trouvé un sens à leur vie. Mais il n’a plus vraiment de contact avec eux. Son père vit en Guyane où il est à la tête d’un syndicat influent. Aujourd’hui encore, il se bât pour son peuple comme un beau diable. Il obtient de temps à autres quelques nouvelles par la presse lorsque la situation là-bas intéresse les métropolitains, comme dernièrement lors de la visite sur le territoire du président Macron.
D’ailleurs, la dernière fois qu’il l’a eu au téléphone, c’était juste après les élections présidentielles, il lui a prédit que Macron finirait mystérieusement assassiné, comme Kennedy et qu’on n’aurait pas fini d’en entendre parler.

Le chien vient planter son museau dans le dos d’Hervé. Comme s’il souhaitait qu’il se lève, il lui donne des petits coups de tête. Hervé sourit et se redresse. 
Faudrait que j’appelle maman, pense-t-il, c’est encore elle qui me comprend le mieux. Après le divorce, elle est retournée en Catalogne, son pays natal. Ce n’est pas très loin d’ici mais il ne la voit pas plus que son père. Un fossé générationnel qu’Hervé n’est jamais arrivé à combler. Puis elle aussi est très occupée, surtout ces derniers temps avec les nouvelles velléités d’indépendance de la région. Ils veulent l’autonomie alors que lui voudrait arriver à rassembler ses esprits.

Le soleil a grimpé dans le ciel et quelques baigneurs font fi du drame d’hier en nageant bien trop loin des côtes. Hervé a repris sa course en petites foulées. Le jeune homme d’à peine vingt ans ne reviendra pas, son corps pourrira dans l’océan. Il ne connaîtra jamais la Catalogne indépendante, ni le sort réservé à Macron, pas plus que l’avenir de la Guyane française ; pour ce qu’il devait en avoir à faire, des histoires du monde.

  • 27.10.17

Entre deux sonnets

Dans la rue, il récite par cœur des poèmes sortis du classeur de son génie où il range par ordre de candeurs les meilleurs vers à déclamer aux passants interloqués.
Eux, ils tracent leur chemin, soudain apeurés par cet agité de la cavité.
Entre deux sonnets, de sa grosse voix il les charrie puis rebondit à ces portes fermées par un sourire édenté qui en dit long sur l’épaisseur de son cœur.
  • 26.10.17

Google News Story 26/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. 

Les titres du jour à 8h54 :

  • L'Assemblée nationale vote la hausse de la CSG après d'intenses débats.
  • Banques: les clients en difficulté financière assommés par les "frais d'incident".
  • Fabienne Boulin : "Je veux, comme disait mon père, 'que les salauds ne gagnent pas'".
  • Sugar babies : des rencontres ou de la prostitution ?.
  • À Dallas, sur les traces du président Kennedy assassiné.


GOOGLE NEWS STORY - 26 OCTOBRE 2017


C’est aujourd’hui qu’on apprend le vote à l’assemblée nationale de la hausse de la CSG.
Marc a encore le nez dans son café à compulser sur son smartphone l’état de son compte en banque.  L’application mouline pour faire la mise en jour. Alors qu’il a les yeux rivés sur la roue dentelée qui n’arrête pas de tourner, c’est pile à cet instant que l’information lui parvient par une notification diffusée sur un petit bandeau, en haut de l’écran : la CSG, la Contribution Sociale Généralisée, va augmenter.
Et une ponction de plus, pense-t-il, lorsqu’enfin les dernières opérations s’affichent. Il jette un coup d’oeil au solde. Ne s’étonne pas qu’il soit négatif. Il balaye les lignes d’abord rapidement comme on balaye son fil Facebook puis les remonte une à une : prélèvement de son forfait mobile, de son assurance pour l’appartement puis celle de sa voiture, des débits CB divers et des frais d’incident. Encore des frais. Il fait rapidement le compte à l’aide de l’onglet qui regroupe les opérations par catégories. Cinq cents euros de frais bancaires, rien que pour cette année : frais d’impayés, bien sûr mais aussi une série de prélèvements pour des garanties dont finalement il ne profite jamais.
Et une ponction de plus ! Les frais sociaux généralisés, se dit-il.
Toutes ces ponctions se généralisent et augmentent. Ces salauds de banquiers n’arrêtent pas de s’enrichir sur le dos de leurs clients. C’est vieux comme le monde, ça ne s’arrêtera qu’avec lui.
« Je veux, comme disait mon père, 'que les salauds ne gagnent pas' ». Personne ne veut ça, bien sûr. On souhaite tous plus de justice, c’est un vœux pieux mais on s’y tient sinon à quoi ça sert de vivre. 

Marc bascule d’un trait le fond de son café froid, ce qui a pour effet de renforcer son amertume. Avant la douche, il fait un tour sur son fil Twitter en quête d’informations plus réjouissantes. Il cherche sous des hashtags « légers » quelque chose qui pourrait lui faire oublier un instant sa vie et ses problèmes financiers récurrents. Un clic sur #SugarBabies parce qu’il est faible et que ça fait bien longtemps qu’il n’a plus goûté à des chéries en sucre. Bien mal lui a pris lorsqu’il découvre sous ce mot-clé tout un fatras de posts aussi écoeurants les uns que les autres : photos de vieux dégueulasses accompagnés de bimbos décérébrées, injonctions des uns, insultes des autres, mafia organisée, railleries d’adolescents prépubères et contre-attaques de pseudo-intellectuels qui semblent découvrir l’abjection du monde. On est en train d’entrevoir qu’un site web  « ayant pignon sur rue » héberge sans vergogne tout un réseau de prostitution. 
Pris par un dégoût soudain, le café remonte le long de son œsophage aussi vite que le rebond d’un sauteur à l’élastique. L’envie de vomir le saisit et il se précipite vers l’évier de la cuisine pour y cracher une bile marronnasse.

Une bonne journée de merde se dessine.

Sous la douche, les pensées affluent dans le désordre, une accumulation d’ombres qui planent sur lui depuis trop longtemps. Il n’aime définitivement pas l’époque dans laquelle il vit. D’un côté un système qui broie, de l’autre une société décadente où les pires travers continuent de se perpétrer sous couvert de la sacrosainte loi de l’offre et de la demande, autrement dit de l’argent et du sexe.
L’eau coule sur Marc comme une désillusion, lui qui a cru au rêve américain, qui est même parti à Dallas il y a plusieurs années pour tenter sa chance, comme on dit. Parce que l’Amérique, à l’époque, était encore vue depuis la vieille Europe comme un eldorado.
Dallas l’avait broyé. Cette ville morte, engluée dans le souvenir d’un président assassiné, ne faisait plus rêver personne.
A la sortie de la salle de bain, encore embué de son désenchantement ricain, il apprend que, désormais, la ville, sa ville chimère, retourne son passé comme un vieille chaussette. On y organise des circuits touristiques, parades grotesques où toutes les thèses complotistes sur ce drame vieux de cinquante-quatre ans peuvent s’épanouir.

Oswald n’était pas seul, bien sûr, comme les « sugar daddies » n’agissent pas sans banquiers occultes, et la CSG contribue au rebond national du café dans la glotte. On nous ment, on nous spolie, on nous vole l’information !
C’est le mensonge social généralisé.
  • 26.10.17

Google News Story 25/10/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette. S’il y en a d’autres, la série s’intitulera : Google News Story

Voici les titres du jour à 10h37 :

  • Bras de fer en Europe sur le glyphosate.
  • Procès Merah : les témoignages poignants des parties civiles.
  • 10 choses à savoir sur Christophe Castaner, futur patron de La République en Marche.
  • Un mineur se tue après être monté sur le toit d'un métro à Paris.
  • Disparition de Maëlys : violent accrochage entre la justice et la gendarmerie.


Google News Story - 25 octobre 2017


Tandis que le bras de fer sur le glyphosate s’intensifie en Europe, Jean n’en a rien à faire et continue de traiter son jardin avec le reste de Roundup trouvé au fond du garage. Il asperge copieusement autour de ses plants de pommes de terre. C’est un matin ordinaire dans la banlieue de Toulouse, calme et ensoleillé. Même chaud pour une fin octobre. C’est ce que lance Lucille lorsqu’elle sort de la cuisine pour rejoindre Jean dans le jardin avec un plateau et deux cafés accompagnés de langues de chat.
- Tu devrais arrêter avec ce produit. Paraît que c’est dangereux !
- M’en fous. Te rappelle que j’aurais pu crever sous les balles de Merah en 2012, alors ce sont pas les patates qui vont me buter.
- Arrête de ressasser tout ça, Jean.
- Comment veux-tu ? Voilà qu’ils en remettent une couche avec le procès de son frère maintenant. J’en peux plus !
- Oui, oui, allez, arrête-toi un peu et bois ton café.

Jean finit son rang, pose son pulvérisateur sous le tilleul et vient s’installer avec Lucille autour de la table où le café fumant dégage son nez de l’odeur âcre du désherbant.

- Tu vois, je pensais avoir oublié mais…
- Oui, on n’oubliera jamais, Jean. C’est comme l’histoire de la petite Maëlys. Tu imagines les parents ? Ils n’oublieront pas. Tu peux en être sûr. Ils peuvent même plus compter sur la police ou la gendarmerie, ils se tapent dessus maintenant pour savoir quels sont les plus nuls dans cette affaire.
- Rhaaa ! Fiche-moi la paix avec ça. Tu crois que j’en ai pas assez dans la tête. Sont même pas capables d’arrêter un kidnappeur, alors tu penses que ces putains de djihadistes, ils peuvent courir !
- Mais ça n’a rien à voir, Jean ! Tu dis n’importe quoi. Prends une langue de chat…
- Comment ça, ça n’a rien à voir ? Tout a à voir avec tout. Moi j’dis. Comme ce jeune à Paris qui est monté sur le toit d’une rame de métro et s’est pris un pont en pleine gueule. Tu crois quoi ? Eh bien c’est un de ses djihadistes qui voulait faire sauter tout le monde. Tu verras qu’on apprendra qu’il portait une ceinture d’explosifs qui n’a pas fonctionné.
- Tu vois le mal partout, Jean. Tu veux un autre café ? Moi, je crois que Macron fait de bonnes choses dans ce domaine. On est mieux protégés quand même.
- Mieux protégés, tu plaisantes ? Une équipe de glandus oui !
- T’as qu’à voir l’autre là, son larbin, comment il s’appelle déjà ?
- Castaner ?
- Oui, c’est ça ! Eh bien on n’est pas sortis de l’auberge avec un gars comme ça qui roucoule tout le temps.
- Moi, je l’aime bien, Castaner. Puis il a l’accent du sud. C’est bien qu’on ait des gens d’ici qui nous représentent au niveau national, ça change des parigots.
- Alors ça ! C’est un argument !  D’abord, il est originaire de Manosque pas de Toulouse. Enfin, bref, je retourne à mes patates !
- Tu ne finis pas les langues de chat ? 
- Non.

Jean se lève, embrasse Lucille sur la joue, lui lâche un sourire rapide et narquois.

- Il te plait ce Castaner hein ? Avec sa petite barbe poivre et sel, il t’a tapé dans l’oeil.
- Tu es bête ! Ne te lèche pas les lèvres, chéri ! Tu as un peu de bleu de Roundup autour de la bouche. Le glyphosate, tu sais, c’est moins voyant que les djihadistes mais ça tue pareil.


  • 25.10.17

Plus personne ne la ramène

Plus personne ne la ramène
dès l’instant où les nuages

s’étirent et regardent
la colline au loin cabrer

son dos de serpent
dans un noir profond

en décochant un féroce
contraste au soleil couchant.
  • 24.10.17