Tempête

Dans la tête une intrigue musclée
dans quelques grammes d’acide enrobés.

Une cour de murènes dans le panier,
un mystère qui ne sera jamais élucidé.

Des bois flottés sur une mer démontée,
personne ne retient ce qui fuit en secret.
  • 16.2.18

Cendres et neiges

Mais dans la rue exister aussi. Entre bâillements et glissements. Dans l’agitation des allées et venues. Clair et obscur, à la fois cendres et neiges. Il ne s’agit pas de fondre. Seulement résister. Insérer le regard là où personne ne va, sans ciller pour ne rien manquer du spectacle du monde. Une fenêtre toujours s’ouvrira pour casser la rectitude de la voie. Dans la perspective, oser s’y risquer entre le battement d’une ombre et l’origine des cris.
  • 14.2.18

À la rue

Dans la rue, de la musique autour. Une ballade à la trompette sort d’une cuisine où s’affaire un homme au corps lourd. Quelques notes flambent dans l’air. Le ciel les prend pour lui et rit sous sa cape d’ombres. Dans la rue, du bruit autour. Un coup de marteau dans un mur. Pendu au clou, le tableau qu’on ne regardera plus dès lors qu’il sera admis qu’il est d’équerre. Droit, le piano remplace la trompette pour une marche sous un brouillard triste que le soleil ignore. L’homme passe la tête à la fenêtre. Ses yeux sont pleins de jazz tandis que son visage semble avoir pris plusieurs coups de marteau. Dans la rue, des espoirs autour.
  • 12.2.18

L'homme de peu #23


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 10.2.18

La main dans le sac

Tu es pris la main dans le sac. A fouiller pour trouver on ne sait quoi. Ta main agite ses doigts dans le sac. Tu aimes ça, le sac agité par ta main qui le fouille. Il en est tout boursouflé. Son cuir, pourtant épais, se tord, se tend, retombe puis souffle. Le sac est déformé par ta main qui le fouille. Tu aimes ça. L’affaire est dans le sac, dis-tu. L’affaire que tu cherches, car tu cherches toujours des affaires. On a même l’habitude de dire que tu cherches des noises. Une drôle d’affaire pour te faire remarquer, avec laquelle tu pourras créer une rupture avec les autres, avec toi.
Tu cherches un objet, un papier important, un stylo précieux, une pièce de monnaie perdue entre deux vieux mouchoirs ou un quelconque autre objet à voler qui va soudain se révéler d’une grande valeur. Alors que ce n’est rien. Juste un petit larcin qui te fera vivre le temps que le ou la propriétaire du sac s’agace, qu’à son tour il cherche, fouille dans le sac, ne trouve pas, s’offusque, t’accuse. Ce temps-là est une parenthèse joyeuse. Tu existes. Tu es le voleur, celui qu’on accuse et que personne ne défend. Tu peux à ton tour te sentir heurté, dire que ce n’est pas toi, que tu n’as jamais touché le sac, que tu n’as rien volé.
Mais voilà aujourd’hui dans ce sac, tu agites, tu tournes la main dans tous les sens, tu désosses les poches intérieures, tu vides tout, éparpilles, renifles, jettes mais ne trouves pas la chose à chaparder. Tu es pris la main dans le sac et tu n’as rien trouvé pour allumer dans tes yeux cette lumière folle qui te rend heureux. Tu n’aimes pas ça.
  • 9.2.18

La perte

Une ombre pose sa patte sur le mur, griffe éphémère sur le blanc immaculé de la façade. Solitaire entre deux fenêtres aveugles, elle gratte ce qui reste de lumière. Glissant la perte dans ses bras, personne ne remarque les dégâts qu’elle provoque dans le cœur de l’enfant pris entre chien et loup et qui par la fenêtre la regarde.

  • 8.2.18

Dresser une oreille

Un orage ne pourrait rien y changer. Il y a dans l’air cette amertume qu’on ne peut laver. Les hivers sont des témoins extraordinaires du temps qui passe. Lesquels patinent nos peaux de leur éternel retour, rognent nos jours et finiront bien par éteindre nos yeux. 
Un orage ne pourrait rien y changer. De toute façon, on n’en voit guère en hiver éclater les nuages noirs pour dégager le ciel. Ce ne sont pas ces quelques pluies acides qui précédent la neige qui vont déciller nos soupirs. Rien dans la saison morte n’est capable de dresser une oreille au jaillissement d’un espoir. Rien. Si ce n’est peut-être cette mouche collée à la vitre qui rêve déjà de rosée et de mois de mars. 

  • 8.2.18

Extrait de « Les Gens », chroniques ordinaires, paru aux @EditionsTarmac

Elle a une peau pâle et grenelée comme l'est une orange. Une peau épaisse, marquée par le temps et ses ravaudages mais qui continue à avoir peur. Je ne vois qu'un visage, un cou et des mains couverts d'une peau qui a peur, qui a froid, une peau à la chair de poule éternelle.
Elle me regarde avec dans les yeux des pépins de colère. Une marque sombre s'étale sous son menton et ressemble à une flèche qui indiquerait le chemin jusqu'au creux de ses seins. Je crois à un tatouage mais c'est une blessure. La peau a saigné à cet endroit. Elle en garde le souvenir sur les venelles tendues de son cou. Le sang a suivi leur chemin et coulé jusqu'à ses épaules. La plaie a commencé à cicatriser dressant quelques picots de peau à vif mais ces stigmates ne révèlent rien de son origine. Un coup ? A-t-on donné un coup au visage de cette femme ? Elle sent pointer mon regard sur la marque et baisse les yeux, cache la blessure d'une main craintive.
Elle passe son chemin. Je sens la peur nous prendre quand nos corps se croisent – le grain de l'orange qui se partage la douceur et l'affèterie, l'acide de sa peau et la douleur qui tombe sur le trottoir.

Extrait de « Les Gens », chroniques ordinaires, paru aux éditions Tarmac http://www.tarmaceditions.com/les-gens


(photo et illustration de couverture d'Alain Mouton http://alainmouton.berta.me/collaborations/)

  • 5.2.18

L'homme de peu #22


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 4.2.18

Deus ex machina

Tu as peur de sortir de ta chambre. Dans le couloir, tu perçois un danger aussi impressionnant qu’il est invisible. Si tu sors, si tu ouvres la porte qui donne sur le couloir, si tu décides d’affronter l’air qui tourne à l’extérieur de la chambre, une falaise t’attend et à ses pieds, un océan, un vaste océan ; pas une mare, ni même un lac paisible, non, un grand et vaste océan déchaîné et peuplé de vagues infinies, de rouleaux meurtriers, de mammifères marins à grandes dents, d’oiseaux aux ailes tranchantes mais aussi de navires battant pavillon noir et dont le pont est rempli d’hommes édentés, aux ventres ronds et aux rires carnassiers.
Tu as peur de sortir de ta chambre. L’étendue de l’océan dans le couloir, le battement des oiseaux le long des murs, le grain qui peut survenir à tout moment et t’emporter. C’est la tempête entre deux portes et cet escalier au bout du couloir comme la promesse d'une écoutille n’est qu’un leurre pour masquer l’abîme. Il y a hors de ta chambre trop de bruits et d’incertitudes, trop de peurs. Aucune rampe à laquelle s’accrocher pour te sauver des eaux. Personne pour te secourir, le passage est trop étroit, le niveau de l'océan trop haut.
Des flots et un raffut immenses dans un si petit couloir. Quand tu y penses, ce n’est pas possible. Derrière cette porte, il ne peut y avoir que ces murs dont tu connais l’existence. Deux murs parallèles qui forment à l’évidence un couloir tout ce qu’il y a de plus normal, une banale coursive qui dessert ta chambre et les autres pièces. Pas d’océan, ni de précipice, pas plus que de danger à ouvrir la porte qui donne sur ce couloir. Mais voilà, dans ta chambre, une courbure du temps te joue des tours. Un ange dans ta tête attend que s’émeuvent les sirènes : tu ne peux pas sortir.

  • 1.2.18

L'homme de peu #21


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 31.1.18

Aux premières ombres

Il ne faudrait pas beaucoup secouer pour que sortent les larmes. Alors, tu restes assis dans ton fauteuil. Un livre, une tasse de thé, une cigarette pour la fin de chaque chapitre et pour le reste qui ballote au fond de ton ventre, tu oublies.
Et quoi de mieux qu’une belle histoire pour laisser de côté le roulis de l’âme. Les pages défilent sans toi. Du moins, sans ton corps, sans ta vie que tu prends soin d’écraser dans le cendrier ou de noyer dans ton Earl-grey, entre le noir et la bergamote. 
Les heures passent ainsi jusqu’aux premières ombres. Elles avancent rampantes, d’abord sur les murs puis sur le coin de ta page. Rapidement, elles taquinent un point, assombrissent une virgule et gagnent du terrain sur le prochain paragraphe. Tu allumes la lampe mais rien n’y fait. Le noir s’évertue à tout effacer autour de toi, attaque tes pieds, remonte le long de tes jambes. Te voilà à moitié rongé par l’obscurité. Tu lèves le livre au-dessus de ta tête. Au moins sauver l’histoire. Mais les ombres continuent leur chemin. Bientôt, on ne voit plus que ton visage étonnamment clair et le halo de la lampe. Ton corps n’est plus qu’une ombre parmi les ombres. Du livre, il ne reste que la couverture flottant dans l’air. Du cendrier qu’un point rouge incandescent. De la tasse de thé qu’un arrière-goût de larmes.
Cela fait partie du jeu de l’immobile. Tout sombre sur toi.

  • 27.1.18

L'homme de peu #20


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 26.1.18

Six heures trente

Tu tournes autour du pâté de maisons. Une marche lente entrecoupée par les arrêts du chien.
Près d’un lampadaire, il lève pour la première fois la patte, quelques centilitres pour celui-ci. Il en garde en réserve pour le prochain qu'il sait sentir meilleur ; l’odeur d’une femelle, te dis-tu esquissant un sourire tout en serrant la laisse.
Plus loin, il tire et te donne du fil à retordre. Il ralentit puis accélère en reniflant les pas d’un jeune garçon qui, distrait, fait tomber par petites flaques des morceaux de sa crème glacée. Tu t’excuses du comportement de ton chien auprès de la mère qui, à la vue du bestiau, te lance un regard réprobateur. Juste le temps d’ajouter que son garçon sème sa glace sur le trottoir qu’elle disparaît, sa progéniture serrée dans les bras.
La journée s’achève et tu sais que, dans cette grande artère de la ville, tu vas croiser du monde. Sortie des bureaux, foule compacte qui jaillit des bouches du métro. Tu aimes ça, traverser la foule avec ton chien. Tu as l’impression d’être des leurs, de revenir, toi aussi, de ta journée de travail. On pourrait presque le croire, si ce n’était le chien, bien sûr. Rares sont les personnes qui vont travailler avec leur animal de compagnie. 
Six heures trente. Tu sais que c’est l’heure où la rame la plus bondée va lâcher sa cargaison dans l’avenue. Des centaines de gens vont sortir de la terre pour te rencontrer. Ils ne le savent pas mais chaque jour, à la même heure, ils ont rendez-vous avec toi et ton chien pour votre bain quotidien. D’ailleurs, l’impatience grandit. Tu te prépares, fais en sorte de tenir plus fermement le chien. Lui aussi s’excite en remuant frénétiquement la queue. Tu raccourcis la laisse pour qu’il soit juste à côté de toi, qu’il ne déborde pas de la foule, qu’il n’effraie ou pire qu’il ne morde personne. 
Tu entends le souffle du métro. Tu te tiens juste en haut des escaliers, le regard fixe, les pieds bien à plat au sol, au milieu du passage. Ton chien, assis à tes pieds, tire la langue avec avidité. Le souffle puis la rumeur, des voix, des bruits de pas et bientôt la première vague qui t’engloutit.
Tu n’auras fait que dix euros, aujourd’hui.

  • 24.1.18

L'homme de peu #19


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 22.1.18

Du rouge pour le ciel

Tu dessines des arabesques sur ton cahier à spirale. Quelques volutes de fumée au-dessus d’une cheminée plantée sur une petite maison caricaturée. Deux pans de murs et un toit conique, une seule fenêtre à droite d’une porte entrouverte d’où sinue ce qui ressemble à un chemin de jardin qui descend jusqu’à une route. Là sont garées deux voitures, un rouge et une verte, contre un trait tracé à la règle qu’on comprend être le trottoir.
Ton crayon gris fait monter la fumée jusqu’au ciel au centre duquel trône un gros soleil rond avec de longues pattes velues en guise de rayons. Ton ciel étrangement n’est pas bleu mais haché de rayures rouges s’entremêlant les unes aux autres ; ce qui donne au paysage un air d’apocalypse comme si la maison était surplombée par plusieurs nuages menaçants.
Ta mère venue se pencher au-dessus de tes épaules te fait remarquer ce ciel étrange. Pourquoi le rouge et pas le bleu ? « Tu n’as pas un crayon bleu ? », s’aventure-t-elle à te demander. « Si c’est le cas, tu aurais pu dessiner un dégradé de gris et d’orange comme lorsque le soleil se couche et que le ciel s’embrase. Mais pas ce rouge-là, il ne convient pas. »
Tu ne l’écoutes pas et au lieu de répondre, tu continues à barbouiller le ciel de fumée, passes entre les flaques rouges, repasses, dépasses de la feuille, de plus en plus violemment si bien que tu en arrives à barbouiller tout le dessin. Plus de maison, plus de ciel ni de chemin, plus de voitures stationnées devant la maison. Uniquement un rouge sang mêlé à un brouillamini de gris. 
« Le feu ! Le feu ! », finis-tu par crier en écrasant de rage les deux crayons sur la feuille.
Dehors, on entend hurler plusieurs sirènes de pompiers tandis que du ciel tombe une pluie de cendres.

  • 20.1.18

Un peu de lait

C’est le début de l’été. Tu es assis au bout de la table familiale face à ta tasse de café. Les enfants sont montés dans leurs chambres. Ton épouse est près de toi, à lire un livre ou à faire semblant de lire un livre. L’air est doux et toutes les fenêtres de la maison sont ouvertes. Il doit être quasiment vingt heures. C’est toujours à cette heure-là que vous terminez le repas. Tu regardes par la fenêtre de la salle à manger cette soirée qui débute. Quelques nuages pommellent un ciel encore bleu. Pensif, tu suis leur glissement lent, leur étirement en toutes sortes de formes tarabiscotées. Pendant ce temps, le café refroidit.
Sans t’en rendre compte, tu le touilles depuis plusieurs minutes, perdu dans des idées confuses, tandis que les nuages continuent à s’effilocher vers la pénombre. Tu tends la petite cuillère dans leur direction comme pour agrémenter ton petit noir d’un peu de leur lait. Tu souris, reprends un instant tes esprits et descends le café d’une gorgée. L’âpreté du breuvage froid te tire une moue de dégoût. 
Péniblement, tu te hisses de ta chaise en prenant appui sur la table. A moitié redressé, les yeux encore pris dans le chassé-croisé des nuages, tu vois le jour s’enfuir à travers la fenêtre.
Un éclair, un peu de lait et le noir.

  • 17.1.18

L'homme de peu #18


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 16.1.18

Mastiquer

Au creux des joues, un remugle incisif,
quelque rugosité qui éveille les gencives.

Il y a entre les dents une ivresse à serrer,
plus près de la mastication que de la nervosité.

Mâcher même si l’odeur est nauséabonde,
personne ne remue vraiment le gras du monde.
  • 10.1.18

L'homme de peu #17

( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 6.1.18

Parution de « Les Gens » aux @EditionsTarmac

Après « Morning à la fenêtre » en 2016, je suis très heureux de vous annoncer cette nouvelle parution le 12 janvier aux éditions Tarmac.

LES GENS
(chroniques ordinaires)

Recueil de chroniques au format 12 x 21, dos carré collé
92 pages sur papier texturé vergé.
(image de couverture : Alain Mouton)

L'ouvrage est encore disponible pour quelques jours
en précommande au prix de 12 € au lieu de 14 €.

  • 3.1.18

L'homme de peu #16


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 2.1.18

Ivre

Ivre, le jour tremble,
à la joue une couperose
jusqu’au bout du nez
que la nuit va moucher
entre deux nuages épais
comme des piliers de bar.
  • 30.12.17

Couturier

Une fermeture éclair
pour le trou dans mon nuage.

Deux points de laine bleue
pour réparer l’accroc du froid.

Sourire au cri d’un enfant
pour rapiécer le creux de la vague.

Raccourcir les ourlets de brume
tombés aux chevilles de l’étang.

Tailler les ombres au couchant
pour évaser l’encolure du vent.

Bref, j’ai passé l’après-midi à recoudre le ciel.

  • 28.12.17

L'homme de peu #15


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 27.12.17

L'envers

Regarder l’envers de l’instant qui rôde entre deux averses. Y voir une nuée de lèvres tendues comme autant de baisers à voler ou au contraire un vol de corbeaux belliqueux qui se confond dans une cape d’ombre ; à moins que ce soit la même et seule vision avec laquelle il faudra compter demain aux heures où tu te crois poète.
  • 25.12.17

Feu passé

On attend autour d’un feu passé,
encore ivres des combats à mener.

Dehors la rue martèle des fêtes,
des arbres enroulés à nos têtes.

Le monde nous prête un courage,
un sourire dans une boule à neige.

Lentement on secoue les cendres
des lendemains grisés de rêves.
  • 25.12.17

Meurtrières

Le jour saigne
les dernières heures
d’avant l’ombre

et toi tu joues
à compter les morts
derrière la vitre.

Sur ta peau,
des meurtrières
par où regarder
les défuntes.
  • 23.12.17

L'homme de peu #14


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 22.12.17

L'homme de peu #13


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 20.12.17

Un peu de rouge sang

Aujourd’hui est une faim coincée dans le ventre de la semaine. Il lui faudrait un morceau de viande à cuire pour apaiser la lumière trop crue, un peu de rouge sang pour assouvir quelques pulsions carnivores.
À défaut, les heures se tordent, cherchent à se mettre quelque chose sous la langue, rôdent dans les rayons surgelés du temps pour sucer un vieux nuage ou gober un trait tordu dans le ciel. Un petit larcin pour calmer les contractions du jour.
  • 20.12.17

Mécanique

Quand le moteur du jour débraye, jeter une pensée espiègle dans le cambouis du ciel en soudant d’un regard une ombre grasse, en décalant d’un doigt les rouages d’un nuage ou en freinant d’un soupir l’effacement naissant d’un arbre ; puis s’en remettre au sommeil des bêtes sans vraiment comprendre à quoi rime toute cette mécanique.
  • 18.12.17

L'homme de peu #12


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 17.12.17

Un symbole

Un chemin dans le ciel s’embrase,
trace une ligne au reflet mouvant.

On pourrait y saisir un symbole,
conserver cette seconde éternelle

pour que chacun en fasse un souvenir.

  • 16.12.17

L'homme de peu #11


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 14.12.17

Coup de feu

Au loin, un coup de feu sans raison.
L’arbre frémit et lâche un oiseau apeuré.
Un chien fatigué aboie au silence d’après.
La voisine à la fenêtre tire à elle ses volets.
Sur la grève, une vague éclate dans l’ignorance générale.
Rien en somme que l’instant ne retient.
  • 13.12.17

L’homme de peu #10


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 12.12.17

Au bord d'un café noir

On a voulu tremper la lune
dans le ciel le plus sombre,

asseoir la nuit sur la digue
comme au bord d’un café noir,

décocher un sourire pour voir
si l’espoir ricochait dans l’eau,

puis on est partis sans rien dire,
une mélancolie sucrée sur les lèvres.
  • 10.12.17

Peu, contribution à Entendre-Voir sur @lairnu

Entendre-Voir, c'est la rubrique tenue par Mathilde Roux sur le site "L'air nu : Littérature Radio Numérique".

À partir de photographies proposées par Mathilde, ce qu’une image fixe suggère à un auteur, ce qu’elle lui fait dire, ou comment il la transforme. Une page est ainsi composée de modules sonores de 1 à 5 minutes créés par les auteurs.
On peut y écouter les textes de Virginie Gautier, Laurent Herrou, Guillaume Vissac, Emmanuel Delabranche, Pierre Ménard, Michel Brosseau et aujourd'hui, dans sa nouvelle mise à jour, Ester Salmona, Patrice Cazelles ainsi que ma contribution dans un module sonore intitulé "peu".

C'est par ici que les images bougent avec le son : http://www.lairnu.net/entendre-voir/


  • 9.12.17

L'homme de peu #9


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 9.12.17

Déjà-vu

Sous ces airs de déjà-vu, voilà la nuit qui descend prendre son verre quotidien. Cul-sec, vider le jour sans que personne ne puisse rien y changer. La nuit est une vieille ivrogne. Une sangsue qui pompe la lumière chaque soir, accoudée au zinc. Et le pire c’est que, dès la première ombre, le crépuscule remet la sienne.
  • 8.12.17

A ces deux mouches

A ces deux mouches qui se rencontrent sous la lampe, je voudrais dire la tendresse de l’approche, les jeux d’enfants dans la cour d’école quand elles se cherchent des ailes, mais aussi l’automne qu’elles provoquent dans la main du soir
  • 8.12.17

L'homme de peu #8


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 7.12.17

Peau flétrie

Derrière la naïveté des nuages,
une pâle douleur se contient
entre deux brassées de ciel
aux couleurs surmenées.

Elle cache un visage inconnu
à la peau flétrie par les âges
qui ressemble à cette pomme
sur la table restée à l’air libre.

Avec un rien d’acide en plus
quand on y plante les dents,
un relent de sucs mal digérés
par l’estomac du monde.
  • 7.12.17

L'homme de peu #7


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 6.12.17

L'homme de peu #6



( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 4.12.17