Lecture des Rats taupiers à la galerie Première ligne, Bordeaux

Vendredi 3 mars à partir de 18h30, j'aurai le plaisir de lire quelques pages des "Rats taupiers", paru aux Éditions des Vanneaux, aux côtés de Cécile Odartchenko et Didier Cros pour l'inauguration de son exposition à la Galerie Première Ligne, 8 rue Teulère à Bordeaux.

Le livre > bit.ly/ratstaupiers_vanneaux
Extraits et critiques > http://www.fut-il.net/search/label/RatsTaupiers

Plus d'infos sur l'exposition > https://www.facebook.com/events/168097357027746/

https://www.facebook.com/events/168097357027746/


Vendredi 3 mars à la Galerie Première Ligne à Bordeaux :

  • 27.2.17

7 variations sur le même thème #6

  1. Une lueur dans le fossé et c’est le monde qui nous revient. Un vieux monde qu’on n’attendait pas ici, enfoui sous la terre des anciens. Son souvenir se blottit entre deux cailloux dans le reflet d’un bout de verre. Pas assez de nos yeux dans l'éclat suscité pour voir les années de lumière. Nous passons en l’ignorant. Le déni est notre bâton d’aveugle.
  2. Un couple a hissé une ombre à ses pieds comme une voile à son mât. La direction est claire, la barre fièrement tenue. Derrière eux nous marchons. Nos corps se cognent à l’ombre. On tangue, on vire, on avale le sel jeté à nos bouches. Notre embarcation est un frêle esquif, plus à l’aise à la cale qu’à la mer. Un grain sur l’ombre et nous sommes déjà loin, emportés par l'impact de la vague. 
  3. A l’épreuve des terres, sous l’amas des boues, nous passons chaque automne dans le chas d’une aiguille. La vue baisse et nos yeux se mouillent au refrain pauvre des saisons. Le temps gonfle et fissure nos mémoires exiguës comme la pluie marque les châtaignes. L’œil de l’aiguille se referme sur nos vanités inavouées. On se pique les doigts à vouloir passer le fil du temps dans un si petit vide.
  4. On suit le soc de la charrue. Luisant au soleil, tranchant la terre nourricière. Il creuse pour nous le sillon sous nos pas. On s’y engage, sans fortune, avec le seul désir d’aimer. On chemine entre deux terres. Une terre solide où nos corps sensibles se tiennent, rampent, mordent et une terre légère aux quatre vents, éphémère poussière qui cache à nos visages le terreau des funérailles. Un jour nos yeux s’ouvrent puis aussitôt se referment. La glèbe épaisse prend le dessus, glisse dans le grand couloir taillée par tous les socs –  lentement nous recouvre.
  5. Le jour où j’ai pénétré la terre, tu fus l’espoir entre les racines. Quelque regard enroulé dans la brume n’osait y croire. Face à face flottaient l’immensité de l’être et sa perception fragile. La sensation l’emporte toujours. Nous sommes une bulle de vie où s’est enfermé un chardon – dans l’attente pure qu’elle éclate.
  6. On a le silence avec nous et la nuit comme gardienne. Loin dans les terres, là où le soleil semble disparaître pour toujours, le bruissement d’un arbre parle de nous. De nous et de la couverture de nos peaux dans le matin blanc. C’est un silence qui s’ajoute au silence, une sorte de rumeur réservée, quelques mots à accrocher au feuillage de tes bras. 
  7. Après la secousse de la terre, à l’instant où tout bascule, tu serres mon bras comme tu t’accrocherais à une branche. Je n’ai pas le corps d’un arbre, pas même celui d’un buisson dans lequel tu pourrais te réfugier. Je suis simplement l’homme qui boit ta terre, surtout quand elle me secoue.
  • 23.2.17

7 variations sur le même thème #5

  1. N’oublie pas la blessure. Le pansement ne cache rien. Dans la plaie résiste une peur que tu ne peux soigner. L’onguent du temps ne soulage rien. La douleur passe à travers la peau malgré l’oubli des peines. Elle est têtue, purulence d’un destin caillé dans notre for intérieur. Sur nos corps affaiblis, au matin des sirènes hurlantes lorsque nous vient l’idée de réformer le monde, elle se gorge de son propre pus. La blessure explose aussi résolue que le regain d’une tumeur – pleine et ardente, à vicier nos vies. 
  2. Le soleil sur ta joue donne un contrejour au rêve. Je ne sais pas ce que je vois, si le rêve même n’est pas altéré par la main qui caresse. Est-ce ta peau que je caresse ? Dans le trouble des heures sans prise, dans un lent travelling, je crois sentir sous mes doigts un corps frémir. Un corps qui défie l’harmonie. Un corps que le rêve a oublié. Au fond du puits de lumière, je me lève. Cerné, je suis l’envers du rêve, l’ombre qui passe sur ta joue.
  3. On doit ouvrir la peau, savoir ce qui se cache à l’intérieur. Dans les entrailles, révéler la blessure secrète. A quoi bon continuer si les squames restent un rempart. A l’assaut des paupières, il faut découper nos regards en fines lamelles. Décanter quelque philtre d’amour à travers les persiennes – observer nos poussières flotter. 
  4. La rage roule dans le ventre, réceptacle de nos peurs inavouées. Quand tu brodes autour de vaines paroles, tu accélères la liesse de l’amertume. C’est au centre du brasier que nous devons émouvoir nos corps. A distance des mots qui perdent. Dans nos creux, nos lèvres prêtes à baiser la peau de l’inconnu. 
  5. Quelle est ta blessure, que tu ne saches même pas où se trouve le feu ? Un orgueil pousse dans ta gorge, dévale ta trachée comme une bombe. Tu ne sauras t’en défaire que si la blessure se donne à voir, sans vergogne. Tant que tu joues avec elle, à la déglutir ainsi sans une once d’humilité, elle restera sécrète, pour finir échouée au fond de ton ventre. Elle enfantera un germe mauvais, une incarnation de ton cœur souillé.
  6. Tout homme a sa bosse, sac à plaintes et souillures. Tout homme est rompu à sa disgrâce, voué à se courber sous le poids sans cesse plus important de la fange qu’elle contient. Lorsque toi tu caresses ma bosse, le vent que ta main soulève érode les opprobres montueuses, les rend légères au point de les oublier. Mais en aucun cas ne les efface, en aucun cas ne vide la bosse. Je ne saurai vivre sans ma besace remplie de la férocité du monde.
  7. Un éclair et tu grondes avec un orage dans la bouche. Tu l’accompagnes dans son désespoir de suie. Avant la lumière dans le nuage. Avant le ciel et ses griffures. Avant que ton courroux n’éclate, pénétré d’électriques coups de semonce. Avant que je me cale contre toi, comme un paratonnerre.
  • 15.2.17

7 variations sur le même thème #4

  1. Au bord de toi, je garde un pied sur la ligne, l’autre dans le vide. Un vertige me saisit dès que ton âme se désaxe. Je reste en rotation, pris dans l’attraction d’un désastre. Ta plainte est un pic, ta langue une corde lisse et je tombe dans un abîme de chair. Tu es la queue d’une comète, un corps céleste à bout de souffle. Je suis ton massage cardiaque.
  2. Dans la nuit saoule où titube une lune frelatée, tu engages ton corps à la vitesse de la lumière. Portée à incandescence, tu oublies la décence pour te donner comme s’offre la proie à son monstre. Mais lorsque le jour naît, le vertige meurt et laisse place au mirage. La lumière crue qui enflait ton cœur d’un fabuleux geyser s’éteint. Les heures tombent et disloquent le réel. Par trop d’étreintes à ton phantasme, l’apesanteur leste l’amour à une chimère.
  3. Fiévreuse, tu laisses le fardeau du monde s’engouffrer dans ton ventre. Le temps d’une large bande recouvre ton corps et creuse des failles, de petites plaies en forme de planètes. Une glèbe ocre dessine l’univers de ta peau, accueille son peuple de lait caillé. Chaque ride à ton visage est une nouvelle frontière qu’il te faut franchir à l’aide d’un chagrin. D’en haut, je te cartographie, je suis un ballon voyageur au-dessus de tes plaines, au sommet de tes montagnes –  un zeppelin qui masque la douleur.
  4. Ta respiration est une décharge. Un congé des mots. Quand plus rien ne peut se dire, un soupir crée une ponctuation. Un cadratin dans l’air prochain qui donne l’incise à nos souffles. Mon seul recours est de conjuguer un verbe à nos corps – à une impérative distance, allons !
  5. Je crois au silence qui ouvre. Propulsé dans le vide où l’écho ne souille plus les mots, je crois à l’inspiration des non-dits, à ce qu’ils secouent en nous d’incertitude. Dans un univers sans écrits, sans cris, ni langues pour les pendre, tu deviens la parole de mes silences – mon fidèle doute.
  6. Six pieds sous terre, nous n’aurons de cesse de croire au ciel. Corps réunis dans un monde de murmures, nous serons des poussières à souffler pour oublier la perte. Âmes parmi les âmes, chaque cendre sera une étoile à embraser. Sous la stèle, tu seras le feu, je serai le tison. Feux follets pour tous ceux qui croient aimer.
  7. Au plus loin des lignes, l’horizon se confond avec la mer. La limite est sans cesse repoussée à une mémoire perdue. La rupture du ciel est un mensonge et l’absoudre nous plonge dans le creux d’un univers sans frontière. Alors plus rien ne pèse que tes yeux dans mes yeux, que ta main dans ma main, que ce châle infini recouvrant nos tourments. Il n’y a d’autre corps sensible que le nôtre.

  • 7.2.17

On cause de Morning à la fenêtre #Morning

Ci-dessous des extraits de deux nouvelles notes de lecture sur « Morning à la fenêtre » paru en septembre 2016 chez Tarmac éditions : http://bit.ly/morning_tarmac
Un grand merci à Marilyne Bertoncini et Marilyse Leroux.


Marilyne Bertoncini, dans Recours au pème
.../...  Tout surprend dans ces poèmes, et d'abord le rythme syncopé de la syntaxe - rejets interne aux mots, coupe des vers... liés aux allitérations et inversions sonores, donnant à la lecture ce balancement musical qu'évoque le titre, cette impression de skat improvisé ( toutes les allitérations gutturales du perco (qui) crie son marc et casse/du sucre sur le dos du jour épris/ D'une aigrette rabougrie et bécas-/ Sonne pendue à l'heur où un geai/ La prendra"), ou cette finale de note bleue que connaissent les amoureux du jazz .../...
Lire l'article complet : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/feuilletons-rome-deguergue-marie-ange-sebasti-chantal-ravel-christophe-sanchez-g%C3%A9rard


Marilyse Leroux, dans la revue Texture
.../... On remarquera les coupes finales, riches, ouvertes, qui donnent à voir en décroché d’autres sens possibles, parfois contraires. Christophe Sanchez, dans la masse de gris silencieux qu’il sonde, aime faire ricocher les mots, les laisser libres de dire autre chose, en jouant sur leurs césures inattendues (« La fenêtre s’ouvre à l’ani- / Mal félidé aux beaux yeux »), leur homophonie (« sternes / cernes, s’étale / létal, mordu / Morgue… »), leur polysémie. Les mots bougent et changent comme le ciel à la fenêtre.
La forme contrainte, en ce sens, ne fige pas, ne caille pas, elle brille parfois en éclats singuliers jusqu’au calembour même, tel ce « piaf sot et étourdi » qui « Se prend l’aile / À la cuistre »… Ou ce temps à se faire / Des vœux brouillés ». Le gris, au bout du compte, doit bien contenir d’autres lumières comme les mots d’autres mots.  .../...
Lire l'article complet : http://revue-texture.fr/d-un-livre-l-autre-2017.html#morning




  • 7.2.17

#LesGens

Reprise des posts Facebook #LesGens : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Au sommaire : La tension de l'homme est en désordre, les premiers tintements du froid sont sur le parvis de l'église, l'homme aux bonbons débloque puis disparaît, la peau d'orange a peur, un garçon traîne une remorque rouge et dans un cou, une tache de vin étasunienne.














  • 28.1.17

7 variations sur le même thème #3

  1. Sur le chemin un point de soleil entre deux brassées d’air. C’est là que tu tires un souffle auprès d’un arbre éteint. Une buée glisse et se répand sur les bûches du temps. Tu ne bouges pas, un voile t’avale. De toi plus personne ne sait rien. Tu te confonds, tu es l’air, tu es l’eau. La rivière court après ton précipité bleu. Je te suis. 
  2. Un mirage dans son flottement te sert de masque. Tu marches à blanc. Ton corps se tord dans le reflet au ras de la terre. Une détrempe de clair et de sombre, et la volupté nous échappe. Dans le deuil des espaces et des mots, au-delà de la raison, ton corps cherche le décor.
  3. On sait le monde violent et beau. La souffrance comme faisant partie de l’existence. On sait aussi la chaleur des puissants qui la couve. Mais dans l'âpreté du soleil sur ta nuque, j’ai la patience dans le cœur et l’utopie solide. Sur l’éclat dans ton cou, je vois un espoir sourire à nos luttes.
  4. Je ne sais pas ce qui apaise ton corps. Ce qui d’une rosée calme tes déserts, t’accorde le repos après la fatigue. Je ne sais pas d’où vient le goût de terre dans ta bouche, ni comment dans tes veines coule la sève de tous les arbres. Je ne sais rien, alors je me cache en toi comme au milieu d’un bois. J’attends une clairière.
  5. La table est mise près du chêne. Les convives s’étonnent de la peau qui recouvre nos yeux.  Assis dans l’herbe ils taillent notre écorce au couteau. On est seuls à voir l’entaille saigner. Eux ils perdent la vue sur nos paupières closes. Les escarres du temps ne sont pas pour nous. Sous l’arbre rien ne peut nous blesser.
  6. Dans les taillis, souffle un vent qui affole les mouches. Un bataillon d’insectes se range à tes côtés. Ballotés par le grain, ils préfèrent ton maquis : ta chevelure ébouriffée où j’aime aussi me perdre. Ils y trouvent la paix, libérés des bourrasques. Pourtant moi je sais la tempête proche. Lorsque nos lentes viendront s’endormir pour pondre.
  7. L’averse a renflé le dedans. Comme une éponge tu bois l’eau. La garde enfouie, un surplus dans ton corps dont tu t’abreuves. Jamais ne dégorge cette eau tombée d’un ciel qu’on ne voit plus. Ton âme a besoin que l’eau circule, qu’aucun nuage ne se forme, que tout coule comme cette pluie que tu fais tienne. Je voudrais pleuvoir. 

  • 27.1.17

7 variations sur le même thème #2

  1. C’est à la tombée du jour que les grimaces s’affolent. Entre enfance et pudeur, c’est là que tu t’ébats. Tes yeux roulent pour chasser les poussières. Ton cœur s’écarte pour laisser entrer le jeu. Ton corps convulse aux prémices de l’envoûtement. La petite mort passe. Lentement tes paupières finissent leur course dans les cordes du rêve. J’avale le reste de la nuit comme un vampire pendu à ton cou.
  2. Les choses s’éclairent au pardon des misères. Il y a dans l’absolution une parole claire qui démêle tout écheveau. Pourtant la nuit crée un germe obscur dans le creux d’une chimère. Un gant de crin passe sur la peau du jour. Le grain biffe nos désirs. Une éraflure et on cherche le cri pour éteindre le feu.
  3. Rien n’échappe à nos yeux. Les gestes sont des temples d’où nos prières débordent. Genoux à terre, bouche ouverte, brassée d’air, tout atome compte, chaque mouvement parle. Le silence nous étreint à la caresse des paumes. A la ligne pure de la folie. A quoi bon les mots quand suffit le voyage des corps. 
  4. La blessure est un lien entre nos voix éraillées. On ne tient qu’à un vif. Il faut que giclent les sens comme une fièvre électrique, sans quoi on se prend des coups de tison. Incandescents jusqu’à émouvoir le mal, on n'existe que par la plaie. A la fêlure des lèvres, on suce le sang de nos baisers d’agonie.
  5. On ne voit que ce qu’on veut. Dans le miroir des yeux, un leurre se moque de nous. Si peu dans la réalité que le rêve même est une mauvaise fortune. Nos turpitudes sont des plumes trempées dans le mazout. On s’ébroue, on s’esbroufe pour ne pas voir ce qu’on voit. De nos bouches sort un beurre rance. Des principes périmés à enfiler des perles.
  6. C’est si beau mais si fragile. Nos corps étendus dans un bouillon rouge. Nous abolissons les barrières, démolissons des murs. Mais ils repoussent autant que le crin sur nos langues mêlées. On blèse, on répète, on bafoue. On s’en fout. La fracture est ouverte ; que le sang coule dans nos sourires.
  7. Au courage ampoulé du cicérone tu cherches des poux. La peur t’aide à affronter le désastre de l’arrogance. Tu sais que son assurance ne couvre pas la mort. Aussi saignant soit ton manque, tu lui voles dans le corps comme une poule dans les plumes d’un rapace. Je le sais, je t’ai senti picorer ma chair.
  • 21.1.17

7 variations sur le même thème #1

  1. Sur la peau du temps, traînent des mensonges. A la table des pensées, viennent des paroles du plus haut lieu des songes. Des mots dirigés qui écartent de la clairvoyance.
    Mais ce soir, quelque aïeul vit en nous, quelque ange qui nous connaît mieux que nous. Quelque fantôme qui tait nos erreurs en tirant la vérité nue. Celle-là même qui est tenue pour mystification.
  2. Le vent en tombant sonne le glas. Une danse folle entre les arbres, l’ultime chaos avant le grand saut, nous intime d’attendre l’oracle. Dans le sillage de nos bouches coule la vie en rémission. Du haut des tours jusqu’à la cime de notre amour, le silence s’accroche aux frondaisons comme nos mains sur nos tailles. Le temps est venu pour nos angelots assis à la table du diable de tirer la mort par la queue. 
  3. J’ai pris du retard sur tes allées et venues, sur tes colères et tes griefs malvenus. Tu m’as heurté au ventre quand l’espoir d’être ne tient plus qu’à un fil. Car tu es le fil, celui qui réconcilie les mailles à l’endroit, les mailles à l’envers. Repose-toi, assieds-toi à ma table et cesse de ressembler à un ange qui a embrassé le diable. 
  4. Tu as roulé sur la table, pris le parti d’en rire. La convulsion sévère de tes membres, le tremblement de ta voix et la bave autour de ta bouche sont autant de possessions mystérieuses. Qui te tient par le bras quand tu chantes d’une voix irréelle ? Qui te tourne le dos lorsque tes yeux quittent leurs orbites ? Qui se frotte à toi pour que tu éprouves autant de répulsions ? Ta chanson sort de ton hymen. Je ne suis pas loin de penser que je suis ton démon. 
  5. La mort nous a pris dans ses longs cheveux noirs. Elle nous regarde dans le blanc des yeux où se reflète une flamme qui s’étouffe. Nous sommes seuls près d’un grand arbre aux branches décaties. Le feu est passé, nous respirons ses cendres. Notre amour en est-il pour autant déchu ? Assis en tailleur au pied de la camarde, nos cœurs se jouent de la secousse. Tu roules, je conduis, les yeux fermés, l’horizon n’existe plus. Rien ici loin ne peut nous empêcher d’y croire.
  6. Tu as collé tes lèvres à la vitre gelée. Ta bouche a épousé le froid comme le ferait un châle noué autour de ton cou. La buée a disparu entre mille éclats de vide sur la surface oubliée du temps. Sur la vitre, un calque ourlé de tes lèvres a ouvert un chemin vers le large. Dans la gerçure, une destination inconnue. Sur ta peau, j’ai senti ce frémissement qui ne t’appartient pas. J’ai posé ma bouche sur les traces de la tienne pour nous protéger du temps qui nous sépare.
  7. C’est un monde fou qui s’est ouvert devant nous. Un monde avec un poignard à la main. Une boucle de mots taillés dans la masse de nos vies. Infini. Nos ventres ne tiennent plus, se tordent dans des torrents de douleurs diffuses. La répétition est fluide mais vaincus, nous sombrons dans la folie. Or il n’y a d’autre folie que toi.

  • 17.1.17

Fossile

Il y a eu des lunes trempées dans la mer, apparues nues et tendres dans la nuit. Je te parle d’un temps aujourd’hui fossile. Des levers de lune sur des années de fortune que tes mains recevaient en coupe. Lune pour l’autre au matin neuf, regards mêlés sur un croissant mouillé dans le café noir. Je te parle d’un temps aujourd’hui fossile. Dans la niaiserie qu’est l’amour lorsque le satellite ne redevient qu’un satellite. La coupe a versé derrière la face sombre le souvenir en éclipse. La nuit noire a transformé le calme en vide, la lune en monstre aux crocs acérés. Pleine et fatiguée des dernières lames, brillante comme un astre sur des brûlures exsangues.

  • 7.1.17

Laver la nuit

Du parapet qui plonge dans la rivière, tous les matins, je le vois près de l’eau, les pieds calés sur deux rochers, les yeux morts cherchant un reflet. L’éclat de l’eau file. Le soleil tend un éclair qui aveugle. Courbé sur sa mire, il cherche à se reconnaître dans le remous poisseux des algues vertes. Une main posée sur un genou cagneux, il contient ses tremblements pendant que de l’autre main, il asperge sa longue barbe tissée de poussières et de brumes. Le visage rincé de sa nuit d’errance, il dépose ses fesses molles entre les deux rochers, retourne son futal à mi-cuisses puis dénoue et retire ses godillots.

Les pieds dans l’eau comme deux esquifs en perdition, il reste des heures à regarder le ciel, assis dans la torpeur du jour. La rivière le laisse à sa mélancolie et se faufile lentement entre ses orteils. Le flot court entre goémons gélatineux et durillons noirs et emporte l’ivresse et la dureté des heures écoulées. Ensemble, ils éprouvent une paix et cherchent dans le ruissellement la raison et la force de continuer. Ensemble, ils négocient l’espoir d’un matin au reflet plus tendre, d’un jour plus ample, de l’heure où il pourra laver sa nuit dans une vasque d’eau claire.
Texte paru dans "Dehors, recueil sans abri" aux éditions Janus, 107 auteurs pour cet ouvrage au profit d'Action froid : http://actionfroid.org/la-poesie-solidaire.html


  • 31.12.16

Décapage

Je le devine derrière la fenêtre et saisis sans voir la levée d’un regard. J’entends tourner la poignée dans un crissement métallique. Je sens mordre ses yeux sur ma nuque. Depuis la vieille fenêtre, dans son grincement aigu si spécifique, il a ouvert un visage troublé entre les deux battants gonflés par l’humidité ; un œil dedans (la nuit) l’autre dehors (le jour) à guetter mon départ, ma démarche, mon envie, et ses regrets aussi.

Je perçois ses pensées dans l’encadrement. Je découpe sa carcasse voilée par l’épais rideau, camouflée comme celle d’un voleur qui aurait manqué son coup. Le front sur la peinture écaillée du chambranle, je vois la mine triste de celui qui sait qu’il ne dit pas assez, de celui qui croit que les belles paroles lui sont interdites.

Planqué derrière sa nuit, il a l'esprit piqué par l’odeur du bois vermoulu. A travers les volets, les mots peignent une fêlure. Il regarde s’enfuir le jour et son amertume décape tous nos silences.

  • 29.12.16

Le murmure

La solitude n’a d’horizon que si elle n’est pas subie. S’éloigner des autres, loin des brumes qui ne nous appartiennent pas, s’avère la solution à tout entendement du monde. C’est le sentiment qu’ailleurs existe une terre meilleure.

La porte qui laissa Jean s’échapper fut ouverte une nuit par un murmure qui fila dans sa tête ; une mélodie et une voix douce qui épelèrent des mots de liberté comme si un violon dispersait ses notes dans un ciel sans nuages. C’est avec ce murmure qu’il partit, qu’il s’enfuit sans bagages, sans rien d’autre qu’une envie de terre vierge. De collines en vallées, de longues marches à travers bois et marais, sous des nuits nues aux étoiles éteintes, Jean chemina sans comprendre pourquoi il laissait derrière lui le monde qu’il aimait. Le murmure était trop prégnant, trop entêtant pour qu’il ne le suivît pas. Il fut son chemin, chaque note à son pavé. Tel un automate dirigé par une force inconnue, il descendit des torrents de boue, traversa des glaciers aux pentes interminables, gravit des sommets vertigineux, brava le froid et le chaud, l’humide et le sec, sans ligne d’arrivée et sans même croire qu’un jour il arriverait quelque part. Jean erra ainsi de longs mois, étonné au fil du temps de sa force à affronter l’adversité. Laissé pour mort auprès de ses proches, amis et famille s’effacèrent peu à peu de sa mémoire tandis qu’il passait d’une vie ordinaire, de sa vie d’avant dans laquelle il était multiple et complexe, à une existence isolée par-delà les brumes. Lui neuf et simple, lui seul avec le murmure comme unique décor mental. 

Andrei Tarkovsky, Nostalghia, 1983



  • 24.12.16

Près du sous-bois

Le soleil tombe dans le sous-bois. Il est l’heure. L’heure du silence après l’agitation, après quelques jeux rapides, après avoir planqué les osselets rares derrière l’escalier et frappé les murs en évitant les vitres. Par les fenêtres, le soleil lézarde par tranche et pique les lits d’un rayon vif. Il fait chaud, très chaud et le silence peu à peu gagne sur nos batailles de polochons.
Les corps secoués de derniers soubresauts font grincer les sommiers. Les murmures circulent d’îlot en îlot, sautent et butent sur des respirations tremblantes pour venir mourir sur les derniers rangs. Au fond du dortoir, l’autorité veille. Dans le box, la lampe de chevet est allumée dans l’obscurité fabriquée par des rideaux tendus et noués entre eux pour masquer le soleil. Il faut le silence et il peine à s’installer.
Une ombre chinoise, tête ébouriffée, sort de son repaire, une lampe de poche braquée sur les têtes des récalcitrants. L’angoisse monte et galvanise l’envie de ne pas dormir. Les shorts collent les cuisses, les pieds puent et les yeux restent grand ouverts sur le trop de jour du dehors. Alors rampent les petits mots entre les matelas, petits papiers griffonnés de dessins grivois, bites au cul et chattes poilues – une ronde de rires étouffés à chaque passage de témoin. On lit qu’un tel a fait pipi au lit, qu’un autre est une poule mouillée ou que le mono est amoureux de la directrice. On s’excite, on se cherche, on se touche dans la pénombre qui désinhibe. Perdus des yeux, on s’entiche et on griffonne des cœurs au crayon gris, des équations passionnées à plusieurs inconnues, à charge d’une liaison pour toujours en additionnant nos initiales qui égaleront pour toujours un amour éternel. Et on se promet qu’après la sieste, quand le soleil se sera débarrassé des rideaux, on gravera tout ça à l’Opinel sur le grand pin près du sous-bois.
  • 13.12.16

Les bas bruns

Elle raccommode des bas à la faible lueur du ciel qui se faufile par la fenêtre. Dehors, le jour s’époumone sous d’épais nuages, coiffant la rue d’une menace. Un jour comme un autre pour Louise qui ne veut pas allumer la lumière. L’électricité est trop coûteuse et c’est dans ce lacis du temps, dans la clarté que Dieu veut bien lui donner qu’elle se sent vivre. Toute à sa tâche de ravaudage et rien d’autre.
Les bas bruns crissent sous ses doigts de corne. La peau de ses mains est aussi rêche que du papier de verre. Des années qu’elle rattrape des accrocs avec son dé à coudre, qu’elle tire des bobines de fils couleur chair, qu’elle reprise tous les trous d’une vie de cénobite.
Mis à part le halo de lumière qui force la fenêtre et entoure Louise lui conférant l’allure d’une sainte, la pièce est plongée dans une obscurité angoissante. On entend le craquement de la vieille poutre surplombant l’âtre de la cheminée, le piétinement d’une souris en haut dans le grenier qui traverse la pièce d’une course affolée et le claquement de la pendule tous les quarts d’heure – le souffle de son balancier, la traîne du temps et le noir des ombres enfouies dans les murs battent son silence. 
Soudain le ciel s’obscurcit et la fenêtre s’éteint. Louise continue à l’aveugle des gestes maintes fois répétés, des gestes empiriques qui lui permettent d’enfiler l’aiguille, de tourner le fil, de le nouer sans qu’elle n’ait à scruter son ouvrage.
Le ciel tombe et il fait désormais nuit alors qu’il n’est que midi. Louise coud, Louise ferme les yeux, Louise enfile sans peine le fil dans le chas. La pendule marque son dernier quart d’heure. Le feu s’éteint et la souris mastique dans le coin de la pièce. Dehors, la neige descend lentement comme un corbillard. Louise reprisera jusqu’au bout de la bobine de fil.

  • 3.12.16

#LesGens - Semaine 33 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 33 : Une famille passe au temple, un femme court après ses mots, un homme fait sa ronde quotidienne, un autre est pris dans la torpeur du matin et le patron a arrêté de fumer.













  • 21.11.16

Pantone

A se tirer les vers du nez
Il ne sort que des plaintes
A plonger dans un déni expiré
Que des feuilles crayeuses
A vendre à la belle

Des oublis à cloisons
Des oublis à foisons

Le passé est une ordure
Où gisent des monstres
Planqués aux encoignures
Au corps des raclures
A la clameur des écumes

Un corps de mensonges
Un renâcle à tout songe

Au contour de mots gourds
S’allongent des fantômes
Aussi absents du monde  
Que souillant le Pantone
D’une vie décolorée

Au souvenir joufflu
Au souvenir têtu



  • 19.11.16

#LesGens - Semaine 32 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 32 : Un bébé emmailloté pour la nuit, un frisson à la station Comédie, une conversation entre amis et un couple au petit soir.









  • 14.11.16

Infini blanc

Un matelas de neige et le bruit friable de ses pas comme des cassures de polystyrène, il avance, en estimant prudemment chaque pesée de son corps, chaque preuve de son existence sur la matière molle et fragile. Il cherche les mots, de lointains mots qu’il invoquait jadis pour se sentir au monde, pour éprouver ses sens aussi bien que sa chair ; il cherche comment dire ce blanc qui l’entoure, comment rendre compte du vide que c’est l’infini blanc, à dégager l’impression de vacuité, le vertige de la disparition, mais aussi la perte de tout repère et la solitude qui en déraisonne. Par trop de blanc qui rend aveugle, qui masque son esprit d’une bâche définitive, il renonce à dire et s’abandonne à respirer la vaste étendue, les pieds automates et la tête piquée au ciel.

La neige et à défaut d’horizon, il chemine sans but. Quelques arbres peignés du même blanc tentent de l’arrêter mais s’enfoncent eux aussi – ils ne découpent plus aucune perspective. Ils sont dorénavant des impostures, plantés là pour tenter de borner ce qui n’est plus, ce qui n’a jamais été, probablement. Ses pas mécaniques sont ses seuls guides, au-delà les sensations hibernent : la vue devient trouble et oublieuse des dimensions, l’odorat est piégé sous les clous du froid, le goût du sang affleure à ses lèvres fendues et ses doigts s’engourdissent dans des gants garde-fous. Avec plus rien que le silence sur les épaules, il avance sans réfléchir. Désormais, même son ombre lui tourne le dos.


 © Craig Persel
http://www.craigpersel.com/



  • 8.11.16

On cause de Morning à la fenêtre #Morning

Ci-dessous des extraits de trois articles, notes de lecture, qui causent de « Morning à la fenêtre » paru en septembre dernier chez la toute jeune maison d'édition Tarmac, dirigée par Jean-Claude Goiri. Que les trois auteurs en soient ici une nouvelle fois remerciés.

(à noter la sortie en décembre du prochain ouvrage chez le même éditeur, un recueil de nouvelles de Thierry Radière, A un moment donné http://www.tarmaceditions.com/thierry-radiere-a-un-moment-donne)

-



Dominique Boudou, sur son blog Jacques Louvain
« .../... Dans Morning à la fenêtre, Christophe Sanchez est l'un de ces aventuriers du regard. Un réverbère, un goéland, une brassée de toits et la mer juste après. Autant d'éléments fragiles, il n'est pas sept heures, pour saisir les lignes de fuite dans le paysage.
Du jeudi cinq novembre deux mille quinze au mercredi treize janvier deux mille seize, le poème dresse au jour le jour l'état des lieux depuis l'observatoire promontoire de la fenêtre. En couples de quatrains proches parfois d'un chant aux accents de nuit blanche nougaresque et que le rejet d'un mot voire deux fait rebondir comme des galets. Lesquels composeraient pourquoi pas un nouveau poème modulable selon l'humeur du vagabondage immobile. .../... »
Lire l'article complet : http://dominique-boudou.blogspot.fr/2016/09/christophe-sanchez-morning-la-fenetre.html





Patrice Maltaverne, sur son blog de chroniques de poésie
« .../... Voilà donc un ensemble de poèmes-météo, à prendre au sens strict du terme, mais aussi au sens plus large de celui-ci. Car la météo est intérieure avant tout : on le voit bien, car, par exemple, lorsque les attentats du 13 novembre 2015 à Paris déteignent sur ces considérations d'extérieur, de leur sang versé.
Et l'imagination, donc la poésie, prennent le pas sur la description. Tant mieux, car je n'aurais pas aimé avoir affaire à un énième recueil de haïkus ! .../... »
Lire l'article complet : http://poesiechroniquetamalle.blogspot.fr/2016/10/morning-la-fenetre-de-christophe-sanchez.html




Jacques Ibanès, dans la revue Texture
« .../...saisir le temps dans sa spontanéité. Un temps dont le décompte est rappelé sans cesse : « La pendule balaie des miettes / D’heures tombées sur la table / A petits coups de tic et de tac / Qui rejoignent la rue à son / Silence perlé ».
Être ainsi dans l’attention au monde est une des meilleures façons de se rendre compte de son prodigieux foisonnement. À condition d’avoir les sens en éveil et sans trop mobiliser l’intellect, afin de mieux se laisser emplir par l’instant. Et il s’en passe, des choses, vues « Morning à la fenêtre » de Christophe Sanchez ! .../...  »
Lire l'article complet : http://revue-texture.fr/les-coups-de-coeur-de-jacques-785.html#sanchez

  • 7.11.16

#LesGens - Semaine 31 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 31 : Une fille entre dans mon rêve aussitôt sortie du rêve d'un autre, des bonbons et la vie, un regard du coin de l'oeil tourne court, des retrouvailles capillaires avec un vieil ami, des salopiauds sortent de la brume et un chant pour faire diversion.












  • 7.11.16

A la crête

Sur la table de la salle à manger
Gît un poulet à la peau fraîche
Sa crête collée à la toile cirée
Luit dans la ligne d’une lampe nue
Qui plombe l’air

En haut dans la chambre rouge
Maman est allongée sur le flanc
Comme un vieille truie malade
Elle ronfle dans l’oreiller
Qui boit sa bave

Par la fenêtre de la cuisine
Un rayon de lune séduit
Une mouche aux ailes grasses
Elle se pose sur le poulet
Et suce sa chair rose

Maman tourne change de flanc
Et découvre son corps nu
Biffé comme une peau de poulet
La lampe grésille sous le halètement
De la mouche et de maman

Le dernier filament cède à la nuit
Une pointe de lumière absorbe
Les peaux et le temps devenus rouge
Sur les carcasses la mouche tourne
Maman est morte

  • 5.11.16

Lectures d'octobre 2016 #SlowReading

Lectures d'octobre : 2 romans, 7 recueils de poésie, 3 récits dont 1 dans des maisons inconnues.

romans


"Les fleurs bleues" de Queneau. Loufoques, voire complètement barrés, le Duc d'Auge et Cidrolin dorment et rêvent de leurs vies respectives, au Moyen-Age pour l'un, dans les années soixante pour l'autre et se confondent peu à peu au cours du livre jusqu'à se rejoindre. Attachant et réjouissant, attention, ce livre est addictif. On ne veut plus les quitter. A moins que ce ne soit eux qui ne nous lâchent plus.
Premier roman d'Edith Masson, "Des carpes et des muets" nous laissent aux prises avec les silences et les non-dits d'un petit village où le ventre de sa rivière révèle bien des mystères. Des ossements dans un sac plastique mais aussi tout se que drainent de tromperies, de mensonges et de veuleries les habitants de ce bourg.

 Poésies


Benoit Jeantet et ses "rêves sont priés de prendre une douche froide". Aphorismes, tranches de poésie, le tout décalé, où les objets, le ciel, la terre, les jours parlent et éprouvent toutes sortes de sentiments les plus humains. Marques de fabrique de l'écriture de Jeantet, on retrouve son humour et sa poésie du quotidien.
Brautigan "pleut en amour". Et c'est une bourrasque que de lire Richard Brautigan. Sous forme de journal, on l'accompagne dans ses pérégrinations et le danger serait de rentrer dans sa tête, on y serait bien à l'aise mais un peu abruti. Ecriture unique avec le sens aiguë de transformer la moindre phrase anodine en poème ; sa simplicité et sa pertinence font mouche.
Georges L. Godeau, ami et admirateur de Char et Autin-Grenier, déroule en petite prose, la vie des "petits", avec une acuité sensible sur leurs conditions mais aussi, croque les plus grands dans leur vacuité. La vie qui passe, la vie des gens, quoi.
"Les ombres nomades" d'Astrid Waliszek où l'auteur est aussi photographe. Une photo en noir et blanc accompagne un court texte en prose poétique et c'est tout un univers vu de l'intérieur des ombres qui se déroule. Ce que dit la photo et qui ne peut s'écrire mais aussi tout ce qui s'écrit quand la photo emporte un peu plus loin que le moment. On retrouve la sensibilité et la sensualité d'Astrid dans ces instantanés volés à la course du temps.

Récits


"Ma mère et moi" de Brahim Metiba. Décalage générationnel entre une mère et son fils. Entre un intellectuel qui vit en France et sa mère restée en Algérie. Entre un homosexuel et elle, qui voudrait qu'il épouse une musulmane. Albert Cohen et "le livre de sa mère" les accompagnent comme une tentative de réconciliation, de créer un échange. Texte court qui dit l'essentiel. J'aurais aimé néanmoins que l'auteur pousse un peu plus loin, au-delà de ces vingt-trois jours que retrace ce livre.
"Entrer dans des maisons inconnues" de Christian Garcin est un petit bijou de mise en situation avec de grands auteurs. Garcin les a tous fictionnellement rencontrés, les plus grands comme les moins connus. Et même si on ne les connait pas, on s'en fiche. Cette "intimité" que crée Christian Garcin avec ces écrivains nous incite à les découvrir. Même effet qu'avec les Clochards céleste de Thomas Vinau, lu il y a quelques semaines, dans lequel les portraits des écrivains aimés par l'auteur cueillent notre curiosité de les lire.


DateTitreAuteurGenreEditeurVidéo
04/10/2016Les fleurs bleuesRaymond QueneauRomanFolio / Gallimardhttps://youtu.be/veY7PU8IQvI
06/10/2016Extatis de "Entretiens imaginaires"Thierry RadièreBilletRevue FPM
08/10/2016Ma mére et moiBrahim MetibaRécitEditions du Mauconduit
10/10/2016nos rêves sont priés de prendre une douche froidBenoit JeantetPoésieJacques Flament Editions
11/10/2016De ciel et d'ombreLionel RayPoésieAl Manar
11/10/2016Entrer dans des maisons inconnues Christian GarcinFictionsFinitudehttps://youtu.be/59dcOvIU0GE
12/10/2016Il pleut en amourRichard BrautiganPoésieEd. L'incertainhttps://youtu.be/4JPmeNQUKPY
15/10/2016La vie est passéeGeorges L. GodeauPoésieLe dé bleu
17/10/2016MarsFritz ZornRécitFolio / Gallimard
19/10/2016Des carpes et des muetsEdith MassonRomanÉditions du Sonneurhttps://youtu.be/Us-tPFcEzyQ
21/10/2016Ouvrir l'éclairLouise WarrenPoésiePré # Carré
25/10/2016TrouéesEugène GuillevicPoésienrf / Gallimard
28/10/2016Ombres nomadesAstrid WaliszekPoésieJacques Flament Editions

  • 1.11.16

#LesGens - Semaine 30 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 30 : Une poétesse qui fonce les lignes, un homme qui affranchit, le gougnafier de la semaine, dans le bar-tabac ça stridule et un matin de taf pour le voisin.











#LesGens dans les livres


  • 31.10.16

Peur


Sous les tremblements
De ta terre blessée
Où l’ombre git sur le pavé
Ton corps chu sur des corps
A peur

Par les venelles sombres
Au courroux des mensonges
Blottis sous le manteau
Ta mère au ventre lourd
A peur

Dans la ville au pavé neuf
Aux cartons moisis de sang
Secoué par la rumeur noire
Ton peuple empesé du mal
Aura peur

Toujours


© Saul Leiter

  • 29.10.16

On cause des Rats #RatsTaupiers

Deux nouveaux articles sur les "Rats taupiers" paru en juin dernier aux Editions des Vanneaux.
Le premier écrit par Frédéric Fiolof, le 1er octobre, dans le numéro 1158 de la Nouvelle Quinzaine Littéraire. Le second, le 25 octobre, sur le site de poésie Terre à ciel et il est rédigé par Sabine Huynh.
Ci-dessous des extraits :

« Loin des ivresses libératrices et des nectars aux vertus propédeutiques, il y a un vin râpeux où l’on jette sa fatigue avec sa propre peau. Un vin de pauvres, de taiseux, de travailleurs harassés. Avec Rats taupiers, Christophe Sanchez signe un « portrait de père » sombre et émouvant. Interrogeant discrètement ce rendez-vous paternel manqué, comme son propre rapport à la perte et au souvenir, l’auteur restitue par fragments (tous titrés), dans une écriture qui allie prose poétique et récit brut, la figure d’un homme rivé au labeur, à la fatigue et à l’alcool. Un homme « qui est passé sans se voir ». Et sans le voir. .../... »
Lire l'article complet : https://www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr/mode-lecture/vins-minuscules-1174



« .../... Avec ce livre, Christophe Sanchez vérifie que le langage, contrairement au silence – « des taiseux de l’affect » (p. 147), « silence qui nous tenait » (p. 11), comprendre : silence qui enserrait comme des tenailles – possède le pouvoir de libérer, d’affranchir l’homme, de le sauver de sa condition, et de l’extraire du néant qu’étaient le patelin paternel, les apéros à répétition au troquet du coin, et les méchants pièges à rats. À travers ses mots, Christophe Sanchez se pose comme autre que celui qu’il est, comme quelqu’un qui est capable de s’extirper de la peau de cet être qu’il est devenu à cause du conditionnement familial et socio-économico-culturel, parce que c’est là que réside sa liberté fondamentale. Il le sait. Il en a donc fait quelque chose, de son enfance grise meurtrie par le silence du père : un livre. J’ajouterais que, même sans lire le livre, rien que cela, en soi, est admirable. Sanchez se libère en écrivant, il libérera également les lecteurs qui rencontreront son texte, notamment du sentiment de culpabilité qu’ils ont pu éprouver d’avoir fui leur père, car malgré tout, son texte tremble de tendresse. .../... »

  • 28.10.16