L'homme de peu #21


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 31.1.18

Aux premières ombres

Il ne faudrait pas beaucoup secouer pour que sortent les larmes. Alors, tu restes assis dans ton fauteuil. Un livre, une tasse de thé, une cigarette pour la fin de chaque chapitre et pour le reste qui ballote au fond de ton ventre, tu oublies.
Et quoi de mieux qu’une belle histoire pour laisser de côté le roulis de l’âme. Les pages défilent sans toi. Du moins, sans ton corps, sans ta vie que tu prends soin d’écraser dans le cendrier ou de noyer dans ton Earl-grey, entre le noir et la bergamote. 
Les heures passent ainsi jusqu’aux premières ombres. Elles avancent rampantes, d’abord sur les murs puis sur le coin de ta page. Rapidement, elles taquinent un point, assombrissent une virgule et gagnent du terrain sur le prochain paragraphe. Tu allumes la lampe mais rien n’y fait. Le noir s’évertue à tout effacer autour de toi, attaque tes pieds, remonte le long de tes jambes. Te voilà à moitié rongé par l’obscurité. Tu lèves le livre au-dessus de ta tête. Au moins sauver l’histoire. Mais les ombres continuent leur chemin. Bientôt, on ne voit plus que ton visage étonnamment clair et le halo de la lampe. Ton corps n’est plus qu’une ombre parmi les ombres. Du livre, il ne reste que la couverture flottant dans l’air. Du cendrier qu’un point rouge incandescent. De la tasse de thé qu’un arrière-goût de larmes.
Cela fait partie du jeu de l’immobile. Tout sombre sur toi.

  • 27.1.18

L'homme de peu #20


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 26.1.18

Six heures trente

Tu tournes autour du pâté de maisons. Une marche lente entrecoupée par les arrêts du chien.
Près d’un lampadaire, il lève pour la première fois la patte, quelques centilitres pour celui-ci. Il en garde en réserve pour le prochain qu'il sait sentir meilleur ; l’odeur d’une femelle, te dis-tu esquissant un sourire tout en serrant la laisse.
Plus loin, il tire et te donne du fil à retordre. Il ralentit puis accélère en reniflant les pas d’un jeune garçon qui, distrait, fait tomber par petites flaques des morceaux de sa crème glacée. Tu t’excuses du comportement de ton chien auprès de la mère qui, à la vue du bestiau, te lance un regard réprobateur. Juste le temps d’ajouter que son garçon sème sa glace sur le trottoir qu’elle disparaît, sa progéniture serrée dans les bras.
La journée s’achève et tu sais que, dans cette grande artère de la ville, tu vas croiser du monde. Sortie des bureaux, foule compacte qui jaillit des bouches du métro. Tu aimes ça, traverser la foule avec ton chien. Tu as l’impression d’être des leurs, de revenir, toi aussi, de ta journée de travail. On pourrait presque le croire, si ce n’était le chien, bien sûr. Rares sont les personnes qui vont travailler avec leur animal de compagnie. 
Six heures trente. Tu sais que c’est l’heure où la rame la plus bondée va lâcher sa cargaison dans l’avenue. Des centaines de gens vont sortir de la terre pour te rencontrer. Ils ne le savent pas mais chaque jour, à la même heure, ils ont rendez-vous avec toi et ton chien pour votre bain quotidien. D’ailleurs, l’impatience grandit. Tu te prépares, fais en sorte de tenir plus fermement le chien. Lui aussi s’excite en remuant frénétiquement la queue. Tu raccourcis la laisse pour qu’il soit juste à côté de toi, qu’il ne déborde pas de la foule, qu’il n’effraie ou pire qu’il ne morde personne. 
Tu entends le souffle du métro. Tu te tiens juste en haut des escaliers, le regard fixe, les pieds bien à plat au sol, au milieu du passage. Ton chien, assis à tes pieds, tire la langue avec avidité. Le souffle puis la rumeur, des voix, des bruits de pas et bientôt la première vague qui t’engloutit.
Tu n’auras fait que dix euros, aujourd’hui.

  • 24.1.18

L'homme de peu #19


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 22.1.18

Du rouge pour le ciel

Tu dessines des arabesques sur ton cahier à spirale. Quelques volutes de fumée au-dessus d’une cheminée plantée sur une petite maison caricaturée. Deux pans de murs et un toit conique, une seule fenêtre à droite d’une porte entrouverte d’où sinue ce qui ressemble à un chemin de jardin qui descend jusqu’à une route. Là sont garées deux voitures, un rouge et une verte, contre un trait tracé à la règle qu’on comprend être le trottoir.
Ton crayon gris fait monter la fumée jusqu’au ciel au centre duquel trône un gros soleil rond avec de longues pattes velues en guise de rayons. Ton ciel étrangement n’est pas bleu mais haché de rayures rouges s’entremêlant les unes aux autres ; ce qui donne au paysage un air d’apocalypse comme si la maison était surplombée par plusieurs nuages menaçants.
Ta mère venue se pencher au-dessus de tes épaules te fait remarquer ce ciel étrange. Pourquoi le rouge et pas le bleu ? « Tu n’as pas un crayon bleu ? », s’aventure-t-elle à te demander. « Si c’est le cas, tu aurais pu dessiner un dégradé de gris et d’orange comme lorsque le soleil se couche et que le ciel s’embrase. Mais pas ce rouge-là, il ne convient pas. »
Tu ne l’écoutes pas et au lieu de répondre, tu continues à barbouiller le ciel de fumée, passes entre les flaques rouges, repasses, dépasses de la feuille, de plus en plus violemment si bien que tu en arrives à barbouiller tout le dessin. Plus de maison, plus de ciel ni de chemin, plus de voitures stationnées devant la maison. Uniquement un rouge sang mêlé à un brouillamini de gris. 
« Le feu ! Le feu ! », finis-tu par crier en écrasant de rage les deux crayons sur la feuille.
Dehors, on entend hurler plusieurs sirènes de pompiers tandis que du ciel tombe une pluie de cendres.

  • 20.1.18

Un peu de lait

C’est le début de l’été. Tu es assis au bout de la table familiale face à ta tasse de café. Les enfants sont montés dans leurs chambres. Ton épouse est près de toi, à lire un livre ou à faire semblant de lire un livre. L’air est doux et toutes les fenêtres de la maison sont ouvertes. Il doit être quasiment vingt heures. C’est toujours à cette heure-là que vous terminez le repas. Tu regardes par la fenêtre de la salle à manger cette soirée qui débute. Quelques nuages pommellent un ciel encore bleu. Pensif, tu suis leur glissement lent, leur étirement en toutes sortes de formes tarabiscotées. Pendant ce temps, le café refroidit.
Sans t’en rendre compte, tu le touilles depuis plusieurs minutes, perdu dans des idées confuses, tandis que les nuages continuent à s’effilocher vers la pénombre. Tu tends la petite cuillère dans leur direction comme pour agrémenter ton petit noir d’un peu de leur lait. Tu souris, reprends un instant tes esprits et descends le café d’une gorgée. L’âpreté du breuvage froid te tire une moue de dégoût. 
Péniblement, tu te hisses de ta chaise en prenant appui sur la table. A moitié redressé, les yeux encore pris dans le chassé-croisé des nuages, tu vois le jour s’enfuir à travers la fenêtre.
Un éclair, un peu de lait et le noir.

  • 17.1.18

L'homme de peu #18


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 16.1.18

Mastiquer

Au creux des joues, un remugle incisif,
quelque rugosité qui éveille les gencives.

Il y a entre les dents une ivresse à serrer,
plus près de la mastication que de la nervosité.

Mâcher même si l’odeur est nauséabonde,
personne ne remue vraiment le gras du monde.
  • 10.1.18

L'homme de peu #17

( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 6.1.18

Parution de « Les Gens » aux @EditionsTarmac

Après « Morning à la fenêtre » en 2016, je suis très heureux de vous annoncer cette nouvelle parution le 12 janvier aux éditions Tarmac.

LES GENS
(chroniques ordinaires)

Recueil de chroniques au format 12 x 21, dos carré collé
92 pages sur papier texturé vergé.
(image de couverture : Alain Mouton)

L'ouvrage est encore disponible pour quelques jours
en précommande au prix de 12 € au lieu de 14 €.

  • 3.1.18

L'homme de peu #16


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 2.1.18

Ivre

Ivre, le jour tremble,
à la joue une couperose
jusqu’au bout du nez
que la nuit va moucher
entre deux nuages épais
comme des piliers de bar.
  • 30.12.17

Couturier

Une fermeture éclair
pour le trou dans mon nuage.

Deux points de laine bleue
pour réparer l’accroc du froid.

Sourire au cri d’un enfant
pour rapiécer le creux de la vague.

Raccourcir les ourlets de brume
tombés aux chevilles de l’étang.

Tailler les ombres au couchant
pour évaser l’encolure du vent.

Bref, j’ai passé l’après-midi à recoudre le ciel.

  • 28.12.17

L'homme de peu #15


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 27.12.17

L'envers

Regarder l’envers de l’instant qui rôde entre deux averses. Y voir une nuée de lèvres tendues comme autant de baisers à voler ou au contraire un vol de corbeaux belliqueux qui se confond dans une cape d’ombre ; à moins que ce soit la même et seule vision avec laquelle il faudra compter demain aux heures où tu te crois poète.
  • 25.12.17

Feu passé

On attend autour d’un feu passé,
encore ivres des combats à mener.

Dehors la rue martèle des fêtes,
des arbres enroulés à nos têtes.

Le monde nous prête un courage,
un sourire dans une boule à neige.

Lentement on secoue les cendres
des lendemains grisés de rêves.
  • 25.12.17

Meurtrières

Le jour saigne
les dernières heures
d’avant l’ombre

et toi tu joues
à compter les morts
derrière la vitre.

Sur ta peau,
des meurtrières
par où regarder
les défuntes.
  • 23.12.17

L'homme de peu #14


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 22.12.17

L'homme de peu #13


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 20.12.17

Un peu de rouge sang

Aujourd’hui est une faim coincée dans le ventre de la semaine. Il lui faudrait un morceau de viande à cuire pour apaiser la lumière trop crue, un peu de rouge sang pour assouvir quelques pulsions carnivores.
À défaut, les heures se tordent, cherchent à se mettre quelque chose sous la langue, rôdent dans les rayons surgelés du temps pour sucer un vieux nuage ou gober un trait tordu dans le ciel. Un petit larcin pour calmer les contractions du jour.
  • 20.12.17

Mécanique

Quand le moteur du jour débraye, jeter une pensée espiègle dans le cambouis du ciel en soudant d’un regard une ombre grasse, en décalant d’un doigt les rouages d’un nuage ou en freinant d’un soupir l’effacement naissant d’un arbre ; puis s’en remettre au sommeil des bêtes sans vraiment comprendre à quoi rime toute cette mécanique.
  • 18.12.17

L'homme de peu #12


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 17.12.17

Un symbole

Un chemin dans le ciel s’embrase,
trace une ligne au reflet mouvant.

On pourrait y saisir un symbole,
conserver cette seconde éternelle

pour que chacun en fasse un souvenir.

  • 16.12.17

L'homme de peu #11


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 14.12.17

Coup de feu

Au loin, un coup de feu sans raison.
L’arbre frémit et lâche un oiseau apeuré.
Un chien fatigué aboie au silence d’après.
La voisine à la fenêtre tire à elle ses volets.
Sur la grève, une vague éclate dans l’ignorance générale.
Rien en somme que l’instant ne retient.
  • 13.12.17

L’homme de peu #10


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 12.12.17

Au bord d'un café noir

On a voulu tremper la lune
dans le ciel le plus sombre,

asseoir la nuit sur la digue
comme au bord d’un café noir,

décocher un sourire pour voir
si l’espoir ricochait dans l’eau,

puis on est partis sans rien dire,
une mélancolie sucrée sur les lèvres.
  • 10.12.17

Peu, contribution à Entendre-Voir sur @lairnu

Entendre-Voir, c'est la rubrique tenue par Mathilde Roux sur le site "L'air nu : Littérature Radio Numérique".

À partir de photographies proposées par Mathilde, ce qu’une image fixe suggère à un auteur, ce qu’elle lui fait dire, ou comment il la transforme. Une page est ainsi composée de modules sonores de 1 à 5 minutes créés par les auteurs.
On peut y écouter les textes de Virginie Gautier, Laurent Herrou, Guillaume Vissac, Emmanuel Delabranche, Pierre Ménard, Michel Brosseau et aujourd'hui, dans sa nouvelle mise à jour, Ester Salmona, Patrice Cazelles ainsi que ma contribution dans un module sonore intitulé "peu".

C'est par ici que les images bougent avec le son : http://www.lairnu.net/entendre-voir/


  • 9.12.17

L'homme de peu #9


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 9.12.17

Déjà-vu

Sous ces airs de déjà-vu, voilà la nuit qui descend prendre son verre quotidien. Cul-sec, vider le jour sans que personne ne puisse rien y changer. La nuit est une vieille ivrogne. Une sangsue qui pompe la lumière chaque soir, accoudée au zinc. Et le pire c’est que, dès la première ombre, le crépuscule remet la sienne.
  • 8.12.17

A ces deux mouches

A ces deux mouches qui se rencontrent sous la lampe, je voudrais dire la tendresse de l’approche, les jeux d’enfants dans la cour d’école quand elles se cherchent des ailes, mais aussi l’automne qu’elles provoquent dans la main du soir
  • 8.12.17

L'homme de peu #8


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 7.12.17

Peau flétrie

Derrière la naïveté des nuages,
une pâle douleur se contient
entre deux brassées de ciel
aux couleurs surmenées.

Elle cache un visage inconnu
à la peau flétrie par les âges
qui ressemble à cette pomme
sur la table restée à l’air libre.

Avec un rien d’acide en plus
quand on y plante les dents,
un relent de sucs mal digérés
par l’estomac du monde.
  • 7.12.17

L'homme de peu #7


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 6.12.17

L'homme de peu #6



( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 4.12.17

L'homme de peu #5


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 2.12.17

Une idée ?

Accrochée à sa faible lumière,
une idée balance les pieds

d’un nuage à un autre nuage,
ne sachant que faire du regard

que porte sur elle des milliers
d’autres idées qui puent des pieds.
  • 2.12.17

L'homme de peu #4



( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 1.12.17

L'homme de peu #3



( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 30.11.17

Chair de houle

Percée par une lumière trop crue,
la mer frémit au survol de l’oiseau.

Une chair de houle te surprend
redoutant la vague puis le silence,

cette larme déposée sur ta peau
entre battements d’ailes et d’écume,

entre l’instant fixé et sa fuite,
entre la lumière, la mer et toi.
  • 30.11.17

L'homme de peu #2


( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 29.11.17

L'homme de peu #1



( Le titre de cette série est emprunté à "L'homme de peu" : recueil de poèmes de Jean-Claude Tardif publié aux éditions La Dragonne, 2002 )
  • 28.11.17

Vocabulaire à cordes

Parfois l’instant est si fragile qu’il parle une autre langue.

Pour le saisir, il faudrait d’autres mots que les siens, un vocabulaire à cordes que l’on pourrait frotter, une musique avec des notes aussi rondes qu’affûtées.

Mais tout verbe est lent, isolé dans son sens premier. A peine émis il est démis, achevé par sa propre vanité quand il s’agit comme ici d’un instant qui s’enfuit.
  • 27.11.17

Arythmie

Le  silence suit la lumière qui scintille sur la bande de terre entre les étangs. Elle forme une guirlande et ses éclats alternent, du rouge au blanc des phares qui glissent sur l’eau.

Derrière la vitre, un enfant figé découpe les séquences dans la buée, guette l’arythmie des feux dans le bruit des moteurs qui trouble le silence.

Le calme, les lumières sur la route ou le grondement des voitures, rien de tout cela ne dit vraiment qu’il existe.
  • 26.11.17

Le rite

Le jour enfile ses pantoufles, range ses godillots d’hiver bien alignés dans le placard, juste en-dessous du cintre qui, bec levé, accueille son manteau.

Il se prépare un thé aux fruits rouges avant de déplier le ciel pour la nuit.

Rien ne doit être laissé au hasard des nuages. Ils ont trop tendance à foutre le bazar.

  • 25.11.17

Google News Story 24/11/17

Trente-et-unième Google News Story et ce sera la dernière.
Voilà un mois, je décidais de m’imposer cette contrainte : écrire tous les matins sur les cinq premiers titres de l’actualité du jour extraits de la Une de Google News. L’idée était d’écrire autrement, autre chose en prenant les informations comme elles se déroulaient devant mes yeux, en essayant d’en tirer une histoire qui tienne « debout », d’en décaler les mauvaises ondes et d’en sourire un peu quand c’était possible.
J’y suis parvenu quelques rares fois. Pour le reste, je me suis retrouvé englouti sous la gravité des informations. Car voilà, la matière est lourde à malaxer et la transformer en fiction, au fil du temps, s’est avéré compliqué. De cette purée, la plupart du temps, ne sont sortis que des sortes d’éditoriaux bancals qui finalement n’ont pas apporté grand chose. Peu importe, les textes sont là, quelques-uns les ont lus, s’en sont amusés : c’est le principal.  

Titres du jour à 10h15 :

  • Agen: Un couple soupçonné d'avoir violé et tué une fillette de 17 mois.
  • Embouteillages à Bordeaux : l'interview d'Alain Juppé en intégralité.
  • Rénovations: l'État envisage un bonus-malus pour les propriétaires.
  • La peine d'Oscar Pistorius alourdie en appel.
  • #SoyezAuRdv contre les violences sexuelles: l'appel de femmes au président Macron.



GOOGLE NEWS STORY – 24 NOVEMBRE 2017


C’est une banalité de dire que l’information est souvent pesante et triste. Le bonheur ne fait pas vendre comme il ne fait pas cliquer sur les liens des différents titres. Ce sont l’agacement, la peine, la violence ou l’absurde qui sont en tête de gondole, rapidement résumés dans quelques mots bien sentis afin de nous donner l’envie de lire chaque article, d’en savoir plus. 

En savoir plus sur ce couple soupçonné d’avoir violé et tué une fillette de 17 mois. On clique, bien sûr, pour découvrir quels monstres se cachent sous cette phrase, quelle horrible histoire dans l’onglet suivant va nous être racontée. 

En savoir plus sur les embouteillages à Bordeaux. Ceux qui n’habitent pas cette ville pourraient ne pas s'attacher à cette information. Après tout, toutes les villes ont leurs embouteillages. Alors, on ajoute Alain Juppé, connu de tous. Et oui, le maire lui-même, l’ancien candidat à la présidentielle, parle de ces bouchons dans sa ville. De suite, c’est plus intéressant. On clique.

En savoir plus sur ce que prépare l’État concernant les rénovations de logements. Bonus/Malus, nous dit-on. On est interpellé. Dans quel camps, va-t-on se situer ? Bonus ou malus ? Va-t-on économiser un peu d’argent ou serons-nous ponctionnés encore un peu plus ? C’est angoissant. On clique.

En savoir plus sur ce champion magnifique que fut Oscar Pistorius. Bien sûr qu’on clique à nouveau. De la vie de cet athlète handicapé, aucun scénariste n’aurait pu pondre une histoire aussi rocambolesque. Une star déchu, c’est du clic à moudre.

En savoir plus sur ce nouveau hashtag #SoyezAuRdv. Après #metoo et #BalanceTonPorc, voilà un nouvel appel lancé sur les réseaux sociaux contre les violences sexuelles. Les femmes s’adressent désormais directement à notre président. On clique, pensez-vous : violence, sexe, femme et Macron, comment peut-on résister à tant de mots-clés si bien agencés.

Mais on pourrait aussi se contenter de ne lire que les titres. Ne pas cliquer serait alors comme une résistance à toute cette matière lourde qui nous pollue plus qu’elle nous informe.
Pour écrire ce texte, je n’ai cliqué sur aucun des liens. Pas envie d’en savoir plus.

  • 24.11.17